LE Docteur E. TURNER^
A/“ 2468. — Dessin de H. Axenfeld,
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EXIBAIT DE LA GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECISE ET DE CHIRURGIE
LÉS
PLANCHES ANATOMIQUES
J. DRVANDËR ET DE G. H. RTEF
Par le W E. TEltNEK
Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre titulaire de la Société anatomique, etc.
Dans les Opéra omnia Vesalii, Boerhaave et Albinus, à propos des planches anatomiques. qui ont précédé celles de l’auteur dont ils écrivent la vie, disent : « Carpus (Béranger » de Carpi) est le premier qui fit entailler dans le bois des » figures destinées à mettre sous les yeux des lecteurs rimage » des organes. Elles sont d’un dessin “rude (rudipictas arte), » il faut l’avouer ; mais ce senties premières et on les admire. » Vinrent ensuite les planches artistiques d’Albert Durer. » Après lui, le seul que nous ayons parmi ceux qui, les pre- » miers, ont essayé de représenter les organes par des figures, 3» est un médecin de Strasbourg, Gaultier Hermann Ryff, qui » publia, l’année 1541, dix-neuf planches in-folio, imprimées » à Strasbourg chez Balthasar Pistor (Beck, Boulanger), où, 3) dit-il, toutes les parties du corps humain sont représentées » aussi exactement que possible dans des dessins faits d’après » nature. Les figures de Carpus, effectivement, sont inférieures » à celles-ci. Beaucoup plus complètes, elles suivent l’ordre » des parties et donnent une explication assez exacte de la » tête et de l’encéphale. Enfin, elles n’ont été imitées ni de » Vésale ni d’aucun autre. On les regarde comme les prémices
» d’un art naissant qui allait bientôt atteindre la perfection. » Quant aux planches que Jean Dryander, de la Etesse, avait » promises en 1537, elles n’ont pas paru. A ce qui est pris 3) dans risagoge de Carpus, il a ajouté une figure qui donne » le simulacre des vaisseaux pulmonaires et deux autres » représentant les muscles superficiels. Les os de la cage » thoracique, l’estomac, les intestins, la rate, le foie, les reins, » les organes de la génération, la tête, ont été dessinés plus » tard, en 1541, après les premières planches de Vésale et » celles de Ryff, qui s’v trouvent reproduites. »
Or, dans cette petite revue historique, faite pour montrer la supériorité des planches de Vésale, il y a de nombreuses erreurs qui se sont perpétuées sous la grande autorité de Boerhaave et d’Albinus. D’abord Ryff ne mérite pas, comme on va le voir, l’hoiineur qui lui est fait ici,, et les seules belles figures de sa compilation, celles de la tête, appartiennent à Dryander.
Je n’ai pas à m’étendre sur les planches bien connues de Béranger de Carpi. Je rappellerai seulement qu’elles ont paru en 1521 avec ses énormes commentaires sur l’anatomie de Mundinus. Elles sont reproduites dans son court Isagoge de 1523, avec quelques figures nouvelles.
Dryander publia l’anatomie de la tête humaine, en 1536 et 1537. Son premier ouvrage a pour titre : Anatomia capüü humani, in Marpurgensi academiâ mperiori anno publicè exhibita per Johannem Dryandrum, medicum. Marpurgi, in officinâ Eucharii Cervicorni Agrippinatis, anno 1536, mense septenib.
Cet in-4° de 14 feuillets, extrêmement rare, puisque Haller le cite, sans l’avoir vu, d’après le catalogue de Thomassino, se trouve à la Bibliothèque nationale. Il est dédié à Jean Ficin, chancelier du très- illustre prince de Hesse, qui avait aidé à la fondation de l’Académie, de Marbourg, très-estimé des savants, etc... quœ inter dissecandum nuper in humani capitis anatomia , ad vivumtypis atque figuris exceperam, tibi ob id maxime nuncupandaputavi...
Puis le recteur de l’Académie de Marbourg annonce {rerum medicarum sludioso) que le prince Philippe de Hesse, plein de sollicitude pour son école de médecine, a décidé de son autorité royale que tous les ans deux cadavres de prisonniers ou de suppliciés serviraient aux démonstrations publiques d’anatomie; qu’avec cette permission Jean Dryander, profes¬ seur ordinaire de médecine, très-exercé dans ce genre d’études, en a fait deux avec le plus grand succès, l’une en juin 1535
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etr^iutre en mars 1536. Le recteur ne comprend pas comment rAllemagne (Germania) a négligé jusqu’à présent de recueillir les fruits qu’on peut retirer des études anatomiques. C’est pour leur restituer leur antiqûe splendeur que Dryandera été invité à publier les figures de l’anatomie de la tête humaine qui ont été si bien dessinées d'après nature sur ses prépara¬ tions. On tâchera plus tard (qms si placer e viderimus) de donner les figures d’anatomie du corps humain tout entier.
Après une pièce de vers {Reinhardus Hadamarius ad lectorem) commencent les planches, qui devaient être au nombre de douze ; nous allons voir que onze seulement pa- l'urent cette année-là. Elles sont toutes disposées de la même manière : sur le recto est la figure avec son numéro d’ordre j en face, au verso de la figure précédente, se trouve l’expli¬ cation. Quelques-unes donnent, en outre, les instruments qui ont servi à la préparation.
N° 1. Cuir chevelu avec incision cruciale; une ficelle autour de la tête au niveau du front; instruments.
N° 2. Les deux enveloppes extérieures du crâne rabattues ; os â nu ; instruments, scie courbe, etc.
N® 3. La calotte du crâne, sciée circulairement, est enlevée et mise de côté ; la dure-mère est rabattue, le cerveau apparaît sous la pie-mère.
N“ 4. La pie-mère est enlevée ; cerveau â nu.
5. La moitié droite du cerveau est conservée ; l’autre est coupée jusqu’aux ventricules, pour montrer les membranes de séparation de la dure-mère.
N“ 6. La coupe horizontale à trois travers de doigts de profondeur, pour montrer les ventricules latéraux, qui appa¬ raissent sous forme de croissants.
N“ 7. Tout le cerveau enlevé pour mettre à découvert le cervelet et l’origine des nerfs ; le pressoir d’Avicenne (tor- cular).
N“ 8. Cervelçt enlevé à moitié; description peu compréhen¬ sible du quatrième ventricule, probablement ouverture du canal qui sera l’aqueduc de Sylvius.
N° 9. La partie inférieure du crâne où le cou est implanté.
N" 10. Trois figures : I. Tête de profil : suture coronale sur le côté; les os qui la forment. IL Tête de face : milieu de la suture coronale et cavité des yeux. III. La mâchoire inférieure avec ses dents.
11. Deux figures : le reste des os du crâne avec les su¬ tures de la partie postérieure et supérieure de la tête.
Ces quatre dernières figures des os de la tête ont été
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copiées sur les deux petits squelettes de Béranger de Carpi. La première appartient au squelette Vu de face; les trois autres au squelette vu de dos qui tient dans la main droite une tête de profil et dans la gauche une autre tête présentant le sommet ou vertex. Elles sont exactement pareilles, mais considérablement agrandies.
Au verso du 11“ 11 on lit ; Finis figurarum anatomiœ capitis humanié
Totius autem corporis humani singulas partes anatomico negocio absolutas adeoque ad vivum expressas expectabis brevi.
Contrairement à ce qu’on a toujours répété partout, d’au¬ tres figures n’ont pas tardé à paraître. Quelques-unes même portent la date 1536, bien qu’elles se trouvent dans l’ouvrage suivant, dont le titre est inscrit dans un frontispice très- curieux de composition :
Anatomiœ, hoc est, corporis humani dissectionis pars prior,
. in quasingula quœ ad caput spectantrecensenturmembra, atque singulœ partes, singulis suis ad vivum commodissime expressis figuris delineantur. Omnia recens nata.
Per lo. Dryandrum medicum et mathematicum.
Item
Ana- i Porci, ex traditione Cophonis. to- j
- mia * Infantis, ex Gabriele de Zerbis.
Marpurgi apud Eucharium Cervicornum.
A nno 1537, mense Junio.
C’est la première partie de l’Anatomie universelle du coi’ps humain, que Dryander s’était promis de faire et qu’il n’a pu achever. Nous allons voir tout à l’heure où il l’a laissée.
In-4 de 36 feuillets, beaucoup moins rare que le précédent. On y retrouve le même avertissement du recteur de l’Aca¬ démie de Marbourg, la même dédicace , de Dryander à Jean Ficin, les mêmes vers au lecteur de Reinhard d’Hadamar (ville du duché de Nassau). Après un grand discours de J. Dryander sur l’utilité de l’anatomie, prononcé à Marbourg le 25 octobre 1536, viennent les figures de l’anatomie de la tête dessinées d’après nature. Les sept premières avec leurs explications sont entièrement conformes à celles de la pre¬ mière édition, avec cette petite différence qu’en tête de chaque page on lit : à gauche, Anatomia, id est dissectionis, etc. ; à
droite, capîtis Kumâni figura prima, secunda, ter lia, etc. Pour la huitième, l’explication est plus complète, et la planche à été mise dans un autre sens. La neuvième figure représente la cavité huccale, la langue avec épiglotte. La planche portant le n“ 9 dans l’édition précédente (base du crâne où le cou est implanté, â laquelle on a ajouté la mâchoire inférieure) forme ici : Capitis Jiitmani figura âedma. Les figures H' et 12® sont un peu différentes des autres; elles ont été dessinées sur dé • pièces montées chacune sur un socle qui porte une inscription ; la première INEVITABILE FATUM, la seconde HOMO BtJLLA, avec la même date 4536. Elles sont destinées â montrer la forme et . la position des os et des sutures dù crâne. Ma^ré cela les quatre figures d’après Béranger d:e Carpi, sortes de schémas d’un dessin beaucoup plus simple, ont été conservées avec une explication nouvelle, mais sans numéros .
Ces douze planches de l’anatomie de la tête sont précédées et suivies d’une même figure schématique assez compliquée mais fort curieuse : ünkersalk figura omnium partium capitis Mmanicum sud eæplicatione. Personne, que je sache, n’a songé à faire remarquer qu’elle est la reproduction exacte d’une grossière esquisse â la plume qui se trouve répétée deux fois dans l’ouvrage de Magnus Hundt {Anthropologium éc hominis dignüate, naturâ et pfoprietatibus, etc. Lipsi«, 4501, in-d). Les lettres explicatives mêmes ont été conser¬ vées ; le dessin seul est meilleur. Si l’on avait la curiosité de les eoraparer l’une avec l’autre, on pourrait les voir dans un même volume de la bibliothèque Mazarine, n® 455113.
Après avoir terminé l’anatomie de la tête humaine, Dryandér prévient le lecteur qu’il n’a pas pu, partim per ■occupationes,
. partim per sculptores, rédiger l’explication des planèhes représentant les organes de la cavité thoracique, ni composer l’anatomie du troisième ventre (comme on disait alors et qui était le premier pour les anatomistes). Ils’est décidé adonner comme avant-goût aux hommes studieux lès figures de l’ou vrage commencé, qu’il a placées ici en appendice pour qu’elles puissent servir en attendant les autres.
Le thorax revêtu de ses parties molles, detractd priori cuticulâ, avec la date 1537.
Les poumons vus par leur face postérieure, avec la trachée et ses divisions.
Le cœur et les gros vaisseaux qui en partent.
Le thorax osseux.
Une nouvelle pièce de vers. Ad anatomiœ contemptorem, termine le volume. Nous y voyons que le nom de famille de
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Rêinhard d’Hadamar était Lorich, professeur de rhétorique à l’Académie de Marbourg.
J’aurais dû dire déjà que toutes ces planches ont été dessi¬ nées par le même artiste, un inconnu qui a laissé les initiales G. V. B., et le plus- souvent l’une d’elles, G, combinées de différentes façons avec un compas ouvert. Cette variété dé monogrammes a conduit Brulliot à une singulière méprise (Dict. des monogr., 2® part. Le n° 2834)., la figure onzième de Dryander, signée G., est attribuée à un graveur en bois allemand du xvi® siècle, et le n“ 2839, la figure quatrième du même ouvrage et du même artiste, signée G. V. B., appartient cette fois à un graveur sur bois italien du xvii® siècle.
Je me suis arrêté un peu longuement sur ces deux ouvrages de Dryander parce quaucun historien en France n’en a tenu compte. Lmth (IJist. de l’anat., p. 367) n’avait pas pu se procurer même l’anatomie de la tête de 1537. M. le docteur Chéreau {Dict. encych, art. Anatomie) n’en parle même pas.
Les six premières planches de Vésale, imprimées à Venise en 1538 et dessinées par un peintre célèbre de cette époque, Joannes Stephunus Calcarensis, sont presque aussi incon¬ nues. Elles ont été cependant décrites par L. Choulant {Geschichte und Bibliographie der Anatomischen Abbildung. . . Leipsik, 1852), mais dans un ordre qu’il faut changer. La première, avec la dédicace à Narcissus Vertunus, de Magde- bourg (Parthenopæus), contient la veine porte, avec le foie et la rate, Jecur sanguificationis officina... Generationis or- gana... Lsi deuxième, Venæ cavæ, jecorariœ descriplio quæ sanguis omnium partium nutrimentum per universum corpus diffunditur. La troisième, Arteria magna... ex sinistro cor dis sinu oriens, et vitalem spiritum toto corpori deferens, natu- ràlemque calorem per contractionem et dilatationem tem- perans. La quatrième, Humani corporis ossa parte anteriori expressa. La cinquième, Lateralis o-xeXstou figuræ designatio, avec ce distique sur le nombre des os : ‘
Adde qtmter dénis bis centum senaque, habebis Quam sis multiplici conditus osse, semel.
Enfin ,1a sixième planche, à Urgo delineatum.
Ce sont de très-grandes feuilles, imprimées d’un seul côté. La figure principale a 43 centimètres de hauteur. L’explication est sur les côtés. Elles sont rarissimes et ne se trouvent pas dans les bibliothèques de Paris. Les cinq dernières ont été reproduites dans de moindres dimensions par Ryff, mais leur
dessin grossier ne peut donner qu’une faible idée de ces planches célèbres qui avaient été dessinées par un grand artiste.
En 1541, rimprimeur Christian Egenolf publie àMarbourg :
Anatomia Mundin% ad Vetustissimorum eorundemque aliquot manùscri'ptorum codicum fidem collata, jusloque suo ordine reslituta, per Joannem Bryandrum, medicum, prof essor em Marpurgensem ;
Âdjèctæ sunt qmrunicumque partium corporis ad vivum eæpressæ figurœ;
Adsunt et scholia non indocta quæ prolixorum commenta- riorum vice esse passant . . .
Cet autre in-4 de 67 feuillets donne uniquement le texte de ce manuel d’anatomie de Mondini, qui datait de 1315 et qui avait été l’objet de tant de commentaires avant Dryander. Le professeur de l’université de'Màrbourg ne trouve rien de plus parfait que ce petit livre élémentaire, qui n’est pas sorti des écoles depuis plus , de deux c^nts ans. Il doit être conservé encore, malgré la barbarie de son style, bien que, dit-il dans sa préface àHieronymus Glauberger, savant jurisconsulte de Francfort, on ne veuille admettre aujourd’hui pour les études que dés ouvrages bien écrits, comme ceux d’Alexandre Benedetti, Jean d’Andernach, André Lucana, Vésale et autres. Il s’est borné à ajouter quelques annotations très-courtes au texte de Mondini, mais il l’a illustré de nombreuses figures: d’abord celles de l’anatomie de la tête et de la poitrine, énu¬ mérées plus haut, et six planches nouvelles, sorte de schémas, assez peu exacts du reste, des organes de la cavité abdotni- nale, savoir : I, la masse intestinale; II, le foie, l’estomac et la rate en place ; III, la rate et ses vaisseaux ; IV, le foie à cinq lobes; V, les organes de la génération de l’iiommé, et Vl, ceux de la femme. Toutes les autres planches du livre sont em¬ pruntées à Béranger de Carpi : les six corps entiers, pour la démonstration des muscles de la paroi abdominale antérieure, dessinés de nouveau par le même artiste aux initiales G. B. Deux corps de femmes assis avec le ventre ouvert pour montrer les organes de la génération. Plusieurs figures déta¬ chées par trop réduites dans leurs dimensions les veines superficielles du membre supérieur et du membre inférieur, les os de la main et du pied. Enfin les trois écorchés (tou¬ jours de Béranger de Carpi), destinés à niontrer tous les muscles superficiels du corps : le premier a fronte, tenant une corde ; le deuxième a tergo, le bras gaucho fléchi, l’autre
étendu ; le troisième un Christ en croix où l’on y 'oil très-bien les muscles des bras, ut reddarttur medici cauti circa sectiones ulcerim atque vulnerum.
Les squelettes, de face et de dos, qui se trouvent tout à fait à la fin du livre de Dryander avec une description qui a' pour 'titre ; Osteotome, id est, ossiurn corporis humani divisio,. ex Galeno prcecipue collecta, ont été empruntés aux six premières •planches’ de Vésale; 'mais ils sont d’un dessin grossier et malheureusement réduits à 13 centimètres de hauteur.
'■ La même année 1541 parut l’oùvrage' de Rylf :
Des aller, furtrefflich sten hochsten vund adelicKsten ~gs'chopffs aller Creaturen... Das ist des Menschen warhaf- ftige heschreibung oder Anatomi... (je ne continué pas, ce titre a une page), erstmals inn tutsche sprach verfasset ‘Dùrch 'Magistrum Gualtherum Hermenium Ryff, argentinum [medicum. MDXLL A la fin : Zu Straszburg bey Balthassar Beck.
La dédicacé à Albert (IV dit le Bel), ducdeMecklembourg, prince dé Vendalie, comte de, Scbwerin, Rosfock et Stargard, ^est datée du 1“ septembre 1541.
Cet in-folio de 73 feuillets, imprimé en caractères gothi¬ ques, se trouve à la bibliothèque Mazarine, n® 4465. Il con¬ tient, plusieurs fois répétées, dix-neuf figures qui, suivant Douglas (RiôL anat:, 2® édit., 1634, p. 91), auraient été pu¬ bliées séparément à Strasbourg, avec explications en langiie 'allemande, sans titre, avec cette courte préface au bienveillant lecteur : «Ici je t’ai mis sous les yeux ce qu’il y a d’essentiel ' dans l’anatomie, la véritable anatomie, avec la représentation des organes externes et internes... publiée pour la première fois en langue allemande, comme il n’a jamais été fait, ni vu, ni lu jusqu’à ces temps. »
' Ces mêmes figures de Ryff,. au nombre de dix -neuf, ont été exactement reproduites à Paris, chez Christian Wechel, en 1543, avec texte latin, sous ce titre : Anatomia omnium cor¬ poris partium descriptio,picturæ lineamentis singula membfa ad vivum exprimens in tabulas redacta, opéra et dHîgenüa M. Gualteri. H. Byjf, argentini medici.
Quitus prcemissi sunt Phlebotomia Canones aliquot... opéra ejusdem.
La première figure a pour sujet ; Omnium hum. corp. interiorum menibrorum seu niscerum ocularis descriptio. Dans les cavités thoraciques et abdominales ouvertes d’un ; corps d’homme assis, Rylf a logé trois planches de Dryander. On y. reconnaît facilement, en effet, le cœur avec ses deux
incisions ventriculaires (feuillet 39 de Y Anatomia Mundini) ; réstomac, le foie . et la rate, avec la masse intestinale rejetée sur le côté (feuillet f5) pour montrer les organes de la géné¬ ration (feuillet 24).
La deuxième figure : Generationis membra in muliebri sexu. Dans la cavité abdominale ouverte d’un corps de femme faisant pendant à la figure précédente, se retrouvent les organes de la génération de la femme du feuillet 25 du même livre de Dryander.
La troisième, Omnium venarum hum. corp. ocularis demonstratio, est une mauvaise reproduction de la seconde des six premières planches de Vésale. Le foie est sur la ligne médiane. Naturellement la rate et la veine porte, qui for¬ maient la première planche de Vésale, manquent ici.
La quatrième, Arteria magna aorti ex sinistro cor dis sinu oriens et vitalem spiritum toti corpori deferens, naturalemque calorem per contractionem et dilatationem temperans, e^'t aussi une reproduction des premières planches de Vésale, gui avait admis pour la grande artère 187 branches. Ryff, bien entendu, conserve ce nombre, mais il. ajoute à la planche de Vésale le cœur aux incisions ventriculaires de Dryander et fait représenter d’une façon grotesque les détails de la tête qu’il ne pouvait comprendre.
Les deux écorchés (a fronte et a tergo) qui viennent en¬ suite, destinés à montrer tous les muscles' du corps situés imm-édiatement sous la peau, ont peut-être été imités de Béranger de Carpi, mais ils ne sont pas copiés cette fois.
Quant aux figures de l’anatomie de la tête, neuf sur dix sont la reproduction exacte de celles de Dryander. Byff a laissé de côté la onzième et la douzième, parce qu’elles étaient un peu trop spéciales, et il a remplacé la cinquième, trop diffi¬ cile à comprendre pour lui, par une autre à moitié copiée [Cranium a substantia cerebri evacuatum).
Ces figures de l’anatomie de la tête humaine, au nombre de dix pour Ryff (Dryander en a douze), ont dû leur succès à leur plus grand format. En effet, leur dessin paraît plus correct au premier abord ; mais on s’aperçoit bientôt, en les examinan plus attentivement, qu’elles sont inférieures à celles dont il s’est servi. Une remarque encore : les instruments qui accom¬ pagnent les deux premières figures de Ryff sont les mêmes qui se trouvaient déjà dans les planches correspondantes de Dryander, publiées en 1536 et 1537.
. Enfin les trois squelettes (Hum. corp. ossa parte anteriori expressa, ’Sxù.erhv a tergo delineatum, Lateralis o-xîXetoô figurœ
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designatio), sonlde très-grossieres reproductions des squelettes des six premières planches de Vésale maladroitement réduits ■ à de moindres proportions. On y a conservé les lettres expli¬ catives, les explications et le distique sur le nombre des os.
Ainsi Rylf a tout copié. Il n’était pas anatomiste et l’on s’accorde à dire qu’il vivait de compilations. Wechel n’en savait probablement rien, et dans sa publication il a vu seu¬ lement l’utilité qui en résulterait pour l’étude de l’anatomie. Il dit dans sa préface au lecteur qu’avec ces planches et les quatre livres des l7islitutmis anatomiques de Guinter d’An- dernach il sera beaucoup plus facile de comprendre, d’ap- prèndre et de retenir les plus minutieuses particularités dü corps humain : la place et la figure de tous les os, les rameaux des veines, des arières et des nerfs, les connexions des muscles avec tous les autres organes, intérieurs et exté¬ rieurs...
Ainsi Lmlh (Hist. de Vanaf., p. 366) se trompe quand il dit queRyfif «a recommandé la lecture de l’anatomie de Guinter et que c’est sans doute pour cette raison qu’il n’a pas décrit lui-même beaucoup d’organes dont il donne la figure. » C’est Wechel, comme on vient de le voir, qui a parlé de Guinter.
Je dois ajouter qu’il n’y a pas eu de traduction française du livre de Ryffj comme quelques auteurs Font écrit, et à propos d’erreurs,' qu’on me permette en passant d’en relever une bien autrement grave qui s’est glissée dans le Dict. ENCYCL. DES SC. MÉD., t. IV, p. 226, OÙ il est question des «c Tabulæ de Louis Vassæus, de Châlons (1540), qui se font surtout remarquer par une finesse extrême et par une expres¬ sion nette des plus petits détails. » Or ces Tabulæ sont des tableaux très-complets (et non pas des figures) où Loys Wassé a résumé ce que Galien et d’autres savants avaient écrit sur l’anatomie pour rendre plus facile la voie qui conduit au divin ouvrage de Galien sur l’usage des parties du corps humain. C’est la phrase de Douglas (Bibl. anat., p. 73) : Hœ tabulæ adeo sunt gratiorèsquodnullafere in corpore tam minuta pars sit quœ ibi non pervestigatur, qui, traduite trop légèrement, a fait tout le mal. Eloy {Dici. hist. de la méd., 1755, t. II, p. 438) ne s’y était pas laissé prendre. Voici sa traduction : « Il n’y a presque pas une partie du corps humain, si petite qu’elle soit, dont on ne trouve une description dans ces tables. » Après le titre du livre : Ludovici Vassœi catalaunensis in anatomen corporis Jiumani tabulæ quatuor, 1540, .Douglas ajoute que Jean Ganappe en a donné en
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1555, à Paris, une édilioa en français dans laquelle Tordre suivi par l’auteur a été un peu modifié • mais de figures point.
Enfin, au mois de mars 1542, Christian Egenolf fit paraître à Francfort un autre ouvrage de Dryander en.,allemand : Der gantzen Artzney gemeiner Inhalt, in-folio de 110 feuülets que je n’ai pu me procurer. Il est décrit par Ghoulant (ouvr. çit.), il contiendrait un grand nombre de figures prises de tous côtés dans différents auteurs. C’est sans doute ce dernier ouvrage qui a fait dire à Malgaigne (Introd. aux Œuvres complètes d’Ambroise Paré, p. ccvii) que «Dryander publia en allemand, de 1538 â 1547, des traités d’anatomie et de médecine où il semble avoir pris pour guides les arabistes des écoles italiennes ». D’après les descriptions qui précèdent, on peut juger de l’inexactitude de cette appréciation.
Cette revue, dont on voudra bien nous pardonner la lon-r gueur, va nous permettre d’établir avec sûreté les conclusions suivantes : , .
Les planches de Carpus (Bérangér de Carpi) ont paru, a Bologne en 1521, dans les Commentaires sur l'anatomie de Mondini, et en 1523 dans Vlsagoge. Bestinées à des in-8, elles sont malheureusement trop petites. Malgré cela, il faut recon¬ naître qu’elles sont très-remarquables par la hardiesse du dessin, et presque toutes fort belles au point de vue artistique. Autre édition moins bonne, pour les figures : Anatomia Carpi. Venetiis... 1535.
Jean Dryander a donné les douze planches de l’anatomie de la tête, et les quatre planches sur la .cavité de la poitrine en 1536 et 1537, à Marbourg.
Les six premières planches de Yésale, dessinées par Jean de Calcar, imprimées et publiées à Venise, sont de 1538.
On sait que, makré le privilège de l’empereur, du roi de • France et de la république de Venise, qui devait les couvrir, ces planches ont été l’objet d’indignes contrefaçons, dont Vésale se plaint amèrement dans la lettre (septembre 1542) à son illustre ami Oporin, professeur de langue grecque à Bâle, pour l’impression de ses deux ouvrages d’anatomie parus en 1543 : De humani corporis fabrica, libri septem, et leur Epitome. Voici ce qu’on y trouve à l’adresse de Ryff ; Cæterum Argentinensis ille quem Fuchsius (Apologia adversus Gualtherum Ryffium,Basi\eæ, 1536, in-8) tantis conviciis ob quœdam denuo transcripta proscindit quemque ego longe alio jure quam ipse plagarium appellare possem, de studiis pessime est méritas, quod tabulas, quæ nunquam salis magnœ studiosis proponi poterunt, tam fœde contraxerit et turpis-
sime pictas ac prœter omnium rationemcircumscriptas cum Augustani versmie tanquam suas emiserit . Seulement il ne faudrait pas traduire et turpissime pictas par et de les bar¬ bouiller de hideux coloriages, comme l’a fait Firmin Didot {Essai sur la gravure sur bois, p. 90) ; turpissime pictas veut dire simplement très-mal dessinées.
Vésale fait ensuite allusion aux ouvrages de Dryander, publiés par Christian Egenolf, à Marbourg, 1541, et à Francfort, mars 1542 ; mais il y a une nuance au commen¬ cement de la phrase que personne n’a songé à faire ressortir : Hujus gloriœ is invidere visus est, qui undicumque citra delectum compilatis ex aliorum libris, imaginibus Marpurgi et Francofordiœ ejus generis libres adhuc emittere pergit.
Malgré la nuance, Dryander garda rancune à Vésale de ce reproche, peut-être un peu sévère, et dans la suite, comme tant d’autres, il se donna le malin plaisir de critiquer les dé¬ couvertes de son jeune et redoutable rival, qui devait rester le grand réformateur de l’anatomie.
EXTRAIT DE LA GAZETTE HEBDOMADAIRE DE MÉDECIXE ET DE CHIRURGIE
LES SIX PREMIÈRES
PLANCHES ANATOMIQUES DE VÉSALE
ET LEDRS CONTREFAÇONS
Par le Ë. TËBSîER
Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre titulaire de la Société anatomique, etc.
Dans un précédent travail {Gaz. hebd., 1876, n“^ 50 et 5^), à propos des planches anatomiques de Dryander et de Ryff, j’ai dû seulement énumérer les six premières planches "de Vésale, imprimées à Venise en 1538. Mais cela ne suffit pas, puisque, malgré la description qu’en a donnée L. Ghoulant {Geschichte und Bibliographie des anatomischen Abbil- dung, etc. Leipsig, 1852), elles sont restées tout à fait incon¬ nues. Signalées deux fois dans la préface des Opéra omnia Vesalii sans que Boerhaave et Albinus eh aient indiqué le nombre, elles ont été négligées par la plupart des historiens. M. Burggraeve {Etudes sur André Vésale. Gand, 1841) dit (p. 60) qu’elles parurent en 1540; M. Ghéreau répète cette erreur et en fait une autre en ajoutant qu’elles « vinrent enri¬ chir le De hümanicorporis FABRicA {Dict. encycl. dessc. méd.,
p. 226).
Gependant Vésale lui-même en avait longuement parlé dans la lettre à Jean Oporin, son ami très-cher, professeur de langue grecque à Bâle et qui avait en même temps une imprimerie. Oporin présente celte lettre au lecteur en ces termes : « Quoniam Epislola, quam una cum Tabulis, ad hosce deHumani corporis fabrica libres et ipsorum Epitomen paratis, ab Andrea Vesalio exitalia missam accepimus, plera-
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que coiitinere iiobis visa est, quorum aliûquin Lectoreminitio admonendum putassemus, quæque^typographis, præcipue ita parvi Principum décréta pendentibus, et ad ea quæ in rei litte- rariæ usum evulgantur depravanda natis, significanda vide- bantur : operæ pretium duximus, illam ita quoque, uti ad nos missa est, candidis Lectoribus communicare. » Je prends dans l’édition de 1543 ce qui, dans cette lettre, arapportànotre sujet: « Nam quid Principum décréta apud Bibliopolas, et in omnibus angulis nunc densissime satos Typographes valeant, abunde in meis anatomicis tabulis ante annos très Venetiis primum impressis, et postmodum misere passim depravatis, majoribusque intérim titulis eæornatis, est animadvertere. Au- guslœ enim, mea ad Narcissum Vertunum, Cœsdris et regni Neapolitani primarium medicum, rarumque profecto nostrœ (Btatis medicorum eœemplar, subducta Epistola, nescio quid rabula Germanice est prœfatus et præter meritum in Avi- cennam reliquosque Arabes blaterans, me inter quosdam succinctos Galenos commémorât et {ut emptori fucum faceret) me coegisse in sex tabulas falso asserit, quæ Galenus pluribus quam trigenta libris diffuse complexus est; dein Latina se Germanico idiomate douasse subjungens, attestatur Grœcas et Arabicas voces ab ipso adhibitas; quum intérim non solum taies omnino subduxerit, sed ea omiserit quæ convertere nequivit, quorumque nomine tabulæ in 'primis debebant esse commendatiores. Præterquam quodVenetam sculpturam per¬ verse istic sunt imitati. Hoc Augustano sculptore longe rudior imperitiorque extitit, qui Coloniæ iisdem tabulis manum admovit, quantumvis illic nescio quis intypographi gratiam scribai, non tantum ex meis tabulis hominis con- structionem melius quam ex humanæ fabricæ resectione intueri posse, verum etiam ipsos ex elegantissimis fecisse multo elegantiores : quam tamen et picturam valde corrun puerit et nervorum delineationem parum faciliter imitatam adjecerit, quam ego characterum adjecto indice, uni atque alteri amico, qui id tantisper dum ipse eam ederem, a me expectabant, ruditer delineaveram. Parisiis très priores eleganter expresserunt, aliis intérim propter sculpturæ, uti conjicio, difficultatem omissis ; quam potius a prioribus, si studiosorum habita èsset ratio, abstinendumfuisset.Cæterum Argentinensis ille quem Fuchsius tantisconviciis obquædam denuo transcripta proscindit, quemque ego longe alio jure quam ipse plagarium appellare possem, de studiis pessime est meritus, quod tabulas, quæ nunquam satis mag'nœ stu- diosis P oponi poterunt, tam fæde contraxerit et turpissime
pictas ac prœter othnem jrationem circumscriptas cum Augustani versione tanquam suas emiserit. Hujus gloriœ is invidere visus est, quiundicumque citra delictum compilatù ex aliorum libris, imaginibus Marpurgi et Francofordiæ
ejus generis libres adhuc emittere pergit .
Venetiis, mm calendas septembres (i 542).
Ces six premières planches, grandes feuilles volantes, im¬ primées d’un seul côté et sans numéros d’ordre, ont été mal classées par L. Choulant (ouvrage cité), qui les a décrites d’après l’exemplaire (le seul connu) que possédait son éditeur, Rodolphe Weigel, de Leipsig. Evidemment, la première feuille est celle qui contient la dédicace à Narcissus Vertunus Parthenopæus, et la dernière, l’écusson placé au pied d’un tronc d’arbre coupé, où on lit : Imprimebat VenetiisB. Vitalis, Venetus, sumptibus Joànnis Stephani Calcarensis. Prostant veiro ex officina D. Bernardini. A{nm) 1538.
La dédicace, sur laquelle nous allons revenir, occupe lè tiers supérieur de la première planche. Les deux tiers infé¬ rieurs sont remplis par des figures. La principale représente le foie et la rate avec les branches de la veine porte; deux autres plus petites, les organes de la génération dans les deux sexes avec les vaisseaux sanguins et spermatiques ; elles ont pour litre : Jecur sanguificationis officina. . . ; Generationis organa... L’explication de la figure principale se trouve à gauche; les plus petites n’en ont pas. Dans la marge infé¬ rieure, branches de la veine porte, au nombre de huit (L. Choulant, ouvr. cit., p. 191).
. Voici le texte de cette importante dédicace que ne pourrait remplacer une traduction :
Prœstantissimo clarissimoque Viro Domino D. Narcisse VertunoParthenopœo, Cæsariæ majestatis medico primario, Domino Suo et patrono, Andræas Wesalius Bruxellensis.S.D. (Vesalius s’écrivait alors par un W, ce qui montre bien que le nom de Vésale vient de la ville de Wesel, dont sa famille était originaire. Son nom primitif était Witiiig). Non ita pridem, Narcisse doctissime, quumPatavii ad medicinæ chi- rurgicæ lectionem delectus, inflammationis curationem per^ tractarem, divi Hippocratis et Galeni de remlsione ac deri- vatione sententiam explicaturus, venas obiter in charta delineavi, ita ratusquidper %a.P Hippocrates intellexisset, facile posse demonstrari. Nosti namque quantum hac tempestate, ea dictio dissentionum atque contentionum, etiam inter eruditos, de vena secanda cqncitaverit, dum alii fibrarum consensum ac rectitudinem, alii aliud
nescio, quid, indicasse Hippocratem affirmant. Verum ilia venarum delineatio tantopere medicinæ professoribus stu- diosisque omnibus arrisit, ut arteriarum quoque et ner- voruni descriptionem, a me obnixe contenderent. Quia vero ad meam pertinebat professionem Anatomes administration ipsis deesse non debui, potissimum quum scirem. ejusmodi lineamenta, . his qui secanti adfuissent, non médiocre com- modum allatura. Alias siquidem aut partium corporis, aut simplicium pharmacorum cognitionem ex solis picturis, seu formulis velle assequi, ut arduuni, sic quoque vanum ac impossibile omnino arbitror : sed ad memoriam rerum con- firmandam apprime conducere, nemo negaverit. Cæterum cum plurimi hœc frustra imituri conarentur, rem prælio commisi, atque illis tabellis, alias adjunximus, quibus meum o-x£)>£Tov nuper in studiosorum gratiam constructum Joannes Stepbanus, iiisignis riostri sæcüli pictor, tribus partibus appo- sitissime expres.sit, magno sane usu eorum, qui non modo tionestum, aut pulchrum, sed etiam utile ac necessarium judicant summi opificis solertiam artifiçiumque contemplari et domicilium illud animœ {ut Plato ait) introspicere. Prœ- terea singulis partibus, quanquam id in præsenti négocia non admodum ex senlentia confiai potuit, sua nomina ascripsimus, barbaris, quœ etiam peritiores in plurimorum libris subinde remorari soient, minime prœtermissis. Quod uutem ad rei veritatem attinet, nullum hic apicem ductum puta, quem Patavini studiosi in hujus anni consectionc, a me demonstratum non attestabuntur ut intérim sileam de Parisinis prœceptoribus meis longe doctissimis Lovaniensibus medicis, apud quos non semel Anatomen publiceadministravi. Porro ut noms hic noster conatus, alicujus patrocinio corn-
mendatior . Si gratum tibi ac studiosis fore intellexero,
aliquando majora adjiciam. Vale. Patavii, calend. Apri. An. salutis M. D. XXXVIII.
Nous y voyons que « peu de temps après sa nomination à la chaire de médecine .chirurgicaledePadoue,V:ésale, devântfaire des leçons sur le traitement de l’inflammation, avait, pour ex¬ pliquer les doctrines du divin Hippocrate et de Galien sur la révulsion et la dérivation, fait faire une planche des veines, persuadé qu’il était qu’on pouvait facilement démontrer ce
que Hippocrate avait entendu par -mt iÇ-v . Cette planche
plut tellement aux professeurs de médecine et à tous les étu¬ diants qu’ils le supplièrent de donner aussi la description des artères et des nerfs, et comme l’administration de Fanatomie dépêhdaît de son êrrseignemcnt, il n’a pu manquer de le
faire...... Il ne faut pas croire, dit-il très-judipieusemeiit,
qu’on puisse arriver par ce seul moyen à la connaissance des parties du corps; mais personne ne niera qu’il ne serve à se rappeler lés choses. Voyant enfin qu’elles étaient trop difficiles à copier, il a fait imprimer ces planches en y joignant les trois autres où Joannes Stephanus, peintre illustre de son temps, avaitsupérieureihentreprésentédans des positions différentes le squelette préparé tout récemmen t pour l’usage des études .; . . . Il affirme que tout ce qu’il a fait dessiner il l’a montré à Ses auditeurs de Padoue dans l’année. Il atteste aussi ses très- savants maîtres de Paris et les médecins de Louvain, chez lesquels il a plus, d’une fois démontré publiquemént l’ana¬ tomie.» On sait que les maîtres auxquels il fait allusion sont Jacques Sylvius et Jean Guinter d’Andernach. .
La deuxième planche ne contient qu’une seule gravure sur bois occupant toute la leuille; elle a 43 centimètres de hau¬ teur. G’est le système veineux complet; avec le folCj à cinq lobes. En haut le titre : Venm eam, jecorariWi xotlnç^ etc. ; en bas, branches des veines caves, au nombre de 168. L’ex¬ plication est sur les deux côtés de la figure.
La troisième planche donne une gravure de la même dimen¬ sion que la précédente et offrant la même disposition. En haut le titre :Artem magna, àopTri,et'c. ; en bas, le nombre dé ses branches ; 147. C’est le système artériel avec le cœur non ouvert et les reins : «Les deux carotides internes qui vont se jeter dans le rcta de Galien ; par devant se voient les
deux plexus veineux des ventricules latéraux à leur point de départ. Ils sont désignés ici comme Plexus reticularis ad cerebri basim, Rete mirabile, iii quo vitalis spiritus ad ani¬ maient prœparatur, tandis que dans les livres De corporis humant fabrica (1543, p. 310, 621, 642), ce réseau est considéré comme existant chez les animaux et non chez l’homme. » (L. Choulant, ouvr. cité.) ::
La quatrième planche montre un squelette debout vu dé face,-le bras gauche pendant le long du corps^ le bras droit fléchi, la main droite dirigée en haut, Ouverte. La figure occupe le côté droit de la feuille. L’explication est à gauche avec les noms des os en grec, latin, héhreu et arahe.
La cinquième planche, disposée comme la précédente, donne le même squelette vu de profil, le bras gauche pendant, le droit demi-fléchi. Dans la marge inférieure est le distique sur le nombre des os : Adde quater dénis bis centum senaque, etc.
Dans la sixième planche, le même squelette, vu de dos,
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est placé cette fois, à gauche et l'explication à droite. Je rap¬ pelle réçusson qui. s’y trouve au pied d’un tronc d’arbre coupé avec l’inscription : Imprimebat..... Anno 1538. Dans la marge inférieure, on a mis le privilège du pape, deTempereur et de la république de Venise, qui devait garantir ces planches de la contrefaçon, sous des peines sévères.
Vésale nous a appris lui-même ce que valaient lés décrets des souverains auprès des libraires {nam quid prindpum décréta apud biblippolas.....). Mais avant de décrire les; con¬ trefaçons dont il s’est plaint si amèrement: et qui ont surgi dès 1539 malgré ce puissant privilège, je dois faire remarquer que les six premières planches de Vésale n’ont pas servi à son grand liyre d’anatomie ni à VEpilome. Il dit lui-même quelque part que c’était un essai, une première tentative. Les trois squeledes, vus de face, cle profil et de dos, ont des attitudes tout à fait différentes, et des autres planches de Venise une seule peut-être a été consei’vée, et encore après avoir subi de profondes modifications {De 1mm. corp. fabr. Ubriseptem, p. 313(1) ; la même figure est répétée deux fois dsLUsVEpitome). ,
. Les trois squelettes des six premières planches dé Vésale, qu’on pourrait appeler les squelettes de Jean de Calcar, se retrouvent cependant ailleurs que dans les contrefaçons. On ne s’était guère douté jusqu’à présent que ce sont les trois petits squelettes, réduits de 43 à 12 centimètres, inversés, qui se voient aux feuillets 76 :et 77 des Andreæ Vesalüniagnæ chirurgiæ libri septem, in-8 publié en 4 569, à Venise:, par Prosper Borgarutius. Il leur a adjoint un quatrième squelette -beaucoup plus mal dessiné que les 'trois autres et qui s’en distingue encore par l’absence de lettres explicatives. Boer^ haave et Albinps {Opéra omnia Vesalü, p. 933), les ont fait reproduire sur cuivre exactement tous les quatre et dans les mêmes dimensions; les lettres des, trois premiers ont été conservées, bien qu’elles ne servent dans le texte à aucune démonstration. Je possède une feuille (71), plus large que haute, signée Lesueur l’aisué, dépendant de je ne sais quel ouvrage, où sont grossièrement représentées ces trois ré-
• (i) C’est en réalité la page 413, parce qu’il y a eu erreur dans l’impression : après la page 312 bn a recommencé 213. Bien que celte faute ait été relevée dans Yerrala de Vésale, on continue, L. Chbulaiit comme les autres,’ à croire que l’édition de 1555 contient 165 pages de plus, que celle de 1543,. et qu’en conséquence elle est plus complète. La difiërence est de 65 pages seulement, et d’autre part les caractères sont plus gros. Ceux qui se donnent la peine de lire savent bien qu’il ri’y a entre lés deux éditions que dé minimes cliangcnients difficiles à trouver.
(ludions des squelettes originaux de Jean de Galcar ou des six premières planches de Vésale.
J’arrive aux contrefaçons. La première est celle d’Augs- bourg, où la lettre à Narcissus Vertunus a été remplacée par laprùfacede cet enragé d’xillemand, qui reproche a Vésale d’avoir voulu renfermer en six tableaux ce que Galien avait à peine mis en trente livres. Haller {Bib. mat., I, p. 180) nous en donne le titre ; Ein gar Kunstlich, allen Z eib und Wundarzten neitzliches Werk in 6 Figuven, mit lanKalt aller Blutscliag und Flechsadern samt den Gebeineii des gantzen Leibes (un très-bel ouvrage,, extrêmement utile aux médecins et chirurgiens, en 6 figures, contenant tous les vaisseaux ainsi que les os de tout le corps), Augsbourg, 1539, in-fol. Et il ajoute : Âuctorem Johannem de Necker vocat Trew. Nonne Vesdlii? '
L. Cboulant (ouvr. cité, p. 53) nous apprend que c’est la contrefaçon non pas de Johan, mais de Jobst (de Necker), dont il a vu une édition imprimée à Cologne, chez 0.0. und J. , in-fol. avec le même titre auquel on a ajouté seulement : Audi andrer künsten Leibhabern (ainsi qu’aux amateurs des autres arts). Il est dit, en effet, dans la préface de cette édition, que ce chef-d’œuvre a été écrit par André Vésale eri latin, édité et dessiné par l’habile peintre Johannes >Stephanus et imprimé par Bernard Vitalis à Venise. 11 y 'a aussi la petite malice sur les trente livres de Galien mis en six tableaux. {.Also hat Stephanus Jntemplœus in sechs Figur gebracht, was Galenus in sechs gantzen, subtilen, auch hochmitzlichen buchern gehaudlet hat, und yetzund ist durch Andream Wessalium in sechs kunstliche und nutzlich Figur mit her- lichen verstand zusamen getsagen, was durch den Galenum wolin dreissig, odernoch mer buchern lang und vil gesch- riben ist, welches kunstlich Werck dureh Andream Wes¬ salium latinisch beschriben, darnach auss verlegen und aurichten des kunslreichen Malers Joannis Stephani durch den Bernardum Vitalem ein Venediger mit fteyss in den ûruck gebracht ist worden.)
Les six feuilles d’Augsbourg, imprimées, d’un seul côté, ont des figures tout à fait pareilles à celles de Vésale. On a mis sur la droite une traduction allemande de l’explication en latin, qui est conservée à gauche. Ce serait la meilleure imi¬ tation des six premières plancheWe Venise ; et cëpendant Vésale s’écrie : Præterquam quod Venetam sculpturam per¬ verse isticsunt imitatif Dans l’édition sans date signalée par L. Cboulant, les figures, quoique copiées sur la précédente.
sont encore plus imparfaites. Elles sont, absolument, disposées de la même manière, seulement le texte latin est imprimé en italique.
La contrefaçon de Cologne,, dont.Vésale parle, ensuite, est celle, qui contient une mauvaise reproduction de, la planche des nerfs, qu’il avait communiquée à quelques amis. On sait, en effet (Epist.docens venam asdillarem dexlri mbiti in dolore laterdli secandam. Bâle, 1539), que Yésale . avait deux planches de nerfs, pno.nce/ê&n septem paria delineata sunt, in altéra universæ dorsalis medulœ ramuli exprimuntur^ qu’il gardait en réserve jusqu’à ce qu’il eut celle des muscles et de toutes les parties intérieures.:.... EL bien, c’est la première qui a été si grossièrement défigurée à Cologne par Macrôlios. L. Choulant (ouvr. cité, p. 52) en donne une ré¬ duction, et il décrit minutieusement cette feuille rarissime, imprimée d’un seul côté comme les autres et dans les mêmes dimensions. « Elle représente, dit-il, un cerveau de grandeur naturelle coupé horizontalement, de manière à faire voir les ventricules latéraux; au-dessous les nerfs, qui partent de, la base, et .un morceau du palais, le nerf vague, avee. sa distri¬ bution dans la poitrine et ‘ la cavité abdominale. » Les nerfs sont plus gros que nature. Quelques explications sont gravées sur bois, d’autres sont imprimées en caractères typogra^ phiques. En haut on lit : Gerebrnm animalis fans et prin- cipium, sensum volimtarium per nerms communicans ab se et dorsali meduUd enatos universo corpori L’explication. en latin se trouve à gauche, en italique. A droite : Ægidius Macfolios medicinæ apud Agrippam. Coloniam prof essor analoinicus studiosis. Andréas Wesalius, quo nemo post Galenum in anatome diligentius et verius versatus est, tabulis aliquot superiore anno editis maximam commoditatem stUr diosis, quibus non datur àvTo^taç copia,: creavitA Sed ut anitnus hominis docti oeiosus esse nequit, ita singularis industria, ab eodem istam quoque tabulam, quœ nervorum syzygiam septenariam, sensuuni scilicet instrumenta et loea, ob oculos evidentissime ponit, elegantissime expressit. Eam ms dUdum nacti, quanqüam depictani tantunmodo, verum adeo concinne, ut arbitrer authorem in omnium manibus illam. esse optavisse, typographis tradidimus ne soli nos, quod plurique per invidiam.faciunt, thèsauro tali frueremur. Cur enim mn thesaurum appellem quod ingeniosam naturæ machinam exprimit et docet? Nec priores sex tabulœ, quœ venarum, arteriarum ét sceleti. imagines dant, quicquam habent tam ingeniosum, quod cum prima ista (sic enim
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nuncupare îibet,quod prima hominis et veluHprincipium de- pingat) sit comparandum. Valete, Je ne puis faire l’injure au lecteur, quel 'qu’il soit, de mettre en français un latin si simple. Pas n’est besoin d’insister davantage, et je renvoie au grand ouvrage d’anatomie (édition de 1543, p. 319)-, où l’on trouvera la planche originale de Vésale (la deuxième figure).
Chose singulière! On ne connaît pas les trois premières planches contrefaites à Paris ni l’éditeur qui les à données seules, (.( à cause de la difficulté de graver les autres, suppose Vésale, et cependant, dit-il, les étudiants pouvaient bien mieux se passer des premièi’es. » On soupçonne, il est vrai, Christian Wechel, qui les aurait remplacées en 1543 par la compilation de Ryff, parue en 1541 à Strasbourg, chez Bal¬ thasar Beck, et dont nous avons déjà parlé {Gaz. hèbd., 1876, n» 52).
Dans cettè contrefaçon de Strasbourg, on a copié cinq planches sur six, les cinq dernières, savoir : la distribution des veines et des artères dans tout le corps et les trois sque¬ lettes; on trouve ces derniers aux pages 354 et 355 du beau livre de Tagault : De chirurgica institutione, imprimé par Wechel en 1543 (1). Je serais tenté de croire que Borga- rutius, voyant cette mauvaise contrefaçon des trois squelettes des six premières planches de Yésale dans la Chirurgie de Tagault,- s’est déterminé à les faire graver de nouveau et à les mettre à la même place (après le livre des luxations), dans la Grande Chirurgie de Vésale, qu’il a publiée, en 1569. Il a eu probablement cette double intention de donner une meit- leureidée des trois squelettes de Jean de Calcar, et de rap¬ peler qu’ils appartenaient à Vésale. Ils sont malheureusement trop petits.
J’ai déjà fait remarquer la nuance des reproches que Vésale adresse à Christian Egenolph pour les ouvrages de Dryander, publiés à Strasbourg, 1541, et à Francfort, 1542. Ces livres, dont les figures ont été prises de tous côtés dans les ouvrages des autres, ne pouvaient convenir à Vésale; mais il est loin de jeter cette fois à leurs auteurs l’épithète de pla¬ giaires. Je me bornerai à rappeler que dans V Anatomie de
(1) Ce n’est pas un livre rare. La bibliothèque de la Faculté de médecine en possède deux exemplaires. L’un d’eux contient l’opuscule de 'Wechel, qui donne avec les canons de la saignée les dix-neuf planches de la compilation de Ryff. Ces deux ouvrages, sortis de l’imprimerie de Christian 'VVechel, la même année 1543, ayant le même foi-mat et des figures pareilles (les trois squelettes), bien que tout à fait indépendants l’un de l’autre, ont été reliés ensemble.
Mondinus annotée et illustrée par Di^ander, les deux petits squelettes seulement ont été grossièrement imités de Vésale, et que je n’ai pu me procurer l’ouvrage publié à Francfort en 1542, sous le titre: Z)er gantzen Artzenei gemeiner Inhalt. Je termine en faisant observer que des six premières
[danches imprimées à Venise en 1538, très-probablement es squelettes seuls ont été dessinés par Jean de Calcar. On attribue à tort à ce peintre célèbre toutes les figures de Y Anatomie de Vésale, qui comprend les sept livres De humant corporis fabrica et leur Epitome. Un travail prochain, mais écrit cependant depuis plusieurs mois, cherche à établir ce qui lui revient dans cette œuvre prodigieuse. La première partie contient l’histoire du portrait d’André Vésale de Bruxelles par Johann Stephan Von Calcar, qui se trouve au musée du Louvre, n” 95 de l’école italienne.
FIN
extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie
LE
PORTRilT D’ANDRÉ VÉSÂLE
AU MUSÉE DU LOUVRE
LES PLANCHES ANATOMIQÜES DU GRAND LIVRE D’ANATOMIE ET DE L’ÉPITOME (1543)
PAR
I.e D> E. TCaiVER
Ancien interne des hôpitaux de Paris Membre titulaire de la Société anatomique, etc.
Tout occupé d’autre chose, le i septembre 1875, dans une visite au musée céramique de la Manufacture de Sèvres, je m’arrêtai devant la belle plaque de porcelaine, exécutée par madame Adélaïde Ducluseau, représentant un inconnu d’après le Tintoret. La perfection de Toeuvre m’avait attiré. La date ANNO 1540, ætatis26, inscrite sur le piédestal de la colonne où s’appuie le personnage, fixa mon attention, et comme depuis quelque temps je fais des recherches sur l’album de portraits du commencement du xvi® siècle, que la tradition fait remonter à la famille du grand maître de Boisy, je ipe promis de découvrir aussi le nom de ce grave jeune homme de vingt-cinq ans, La tentative était un peu téméraire, mais ma curiosité fut vive¬ ment excitée, et je continuai ma promenade à travers l’admi¬ rable musée, fort préoccupé de ces pavots placés dans l’écus¬ son du portrait, et que je disais en plaisantant être les armoi¬ ries d’un médecin. Bientôt je m’absorbai dans la contempla¬ tion de la coupe et des morceaux de couvercle qui composent le spécimen des faïences dites de Henri II, pour lesquelles
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j’étais venu à Sèvres, et ma satisfaction étant complète, après avoir vu le cadre qui renferme les quatre carreaux émaillés provenant de la chapelle du château d’Oiron, et un cinquième carreau de même provenance, exposé à part avec une note de M. Benjamin Fillon, je revins avec mon projet de recher¬ ches. . , 1 '
Dès le lendemain, je pus consulter le catalogue du musée du Louvre. Le portrait attribué au Tintoret était rendu à Johann Stéphan Von Calcar {Notice des tableaux, par Frédéric Villot, 1874). — «95. PORTRAIT D’HOMME. Hauteur,
I “, 09 ; largeur, 0”,88; toile, fig. à mi-corps, de gi*. nat.
II a la barbe rousse et fourchue, la tête nue, vue de trois quarts, tournée à gauche, et les cheveux courts ; il est vêtu d’une robe noire, mise par dessus un pourpoint violet ; la main gauche pose sur la hanche, et la droite, appuyée sur le piédestal d’une colonne, tient un papier. On remarque sur la colonne un écusson portant d’azur à trois têtes de pavots d’or, timbré d’un casque d’acier, grillé, fermé et surmonté d’un cimier formé de deux pavots d’or et accompagné de lambrequins azur et or. Au-dessous on lit cette inscription : Anno 1540, ÆTATis 26. Le blason est répété sur la bague' que porte le personnage avec l’addition des trois lettres ; N. V. B. »
Je ne reproduis pas ici l’article bibliographique de F. Villot sur Jean de Calcar, parce qu’il contient quelques erreurs. Il suffira au lecteur de savoir que dans cet article le nom de Vésale revient si souvent que ma première idée fut de chercher la date de la naissance du célèbre anatomiste, 1514. En 1540 il était donc dans sa vingt-sixième année. De plus, il est né à Bruxelles. Des trois lettres du chaton de la bague N. V. B, les deux dernières indiquaient assez Vesalius Bruxellensis ; mais il s’appelait Andræas, et U y a une N. Un simple examen avec une loupe, au musée du Louvre, permet de s’assurer
?[u’on s’est trompé et que la première lettre est bien un A. nutile d’ailleurs de discuter sur cette lettre microscopique. Il vaut mieux avoir recours à l’estampe de Vésale, qui se trouve au commencement de TEpitome et du Grand livre d’anatomie. On y voit les mêmes dates à deux ans de distance : Ann.æt. XXVIII. — M. D. XLII. Plus de pavots dans cette gra¬ vure sur bois; mais elle porte la devise des chirurgiens : OCIVS, IVGVNDE ET TVTO.
J’étais donc en présence du portrait du grand Vésale, et ce portrait était un chef-d’œuvre! Pour moi, médecin, tomber sur le réformateur de l’anatomie, c’était avoir la main heu¬ reuse. Aussitôt les recherches commencèrent avec ardeur, et
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pendant ce temps je me demandais comment il se faisait que les collections du Louvre eussent gardé plus de cent soixante -dix ans ce tableau sous la dénomination d’un per¬ sonnage inconnu, quand le texte de Vasari pouvait si bien servir à le faire connaître; comment Félibien, Sandrart, et après eux Bailly, Lépicié, Depiles et F. Villot ne l’ont pas deviné; comment celui-ci laisse imprimer, en Î874, une dernière édition de sa notice sans avoir égard à l’article Jean de Calcar de I’Histoire des peintres, où M. Charles Blanc signale enfin le portrait d’André Vésale (livraison 496, éc. ital., 119, déc. 1867). Peut-être que le peu de fermeté de la conclusion : «En voilà bien assez pour appuyer notre hypo¬ thèse et lui donner au moins de la vraisemblance », et les quelques erreurs qui se sont glissées dans cet article lui ont retiré un peu de son importance. J’y reviendrai dans la deuxième partie de cê travail, qui a pour sujet les planches anatomiques de Vésale.
On admet généralement aujourd’hui qu’elles sont toutes de Jean de Calcar, et, sans faire de distinction, on les comprend sous le nom beaucoup trop vague de l’Anatomie de Vésale. Or, il y a les planches du Grand livre d’anatomie et celles de l’Epitome, publiées la même année 1543, et l’on verra bientôt qu’elles sont loin d’être pareilles. De plus, en 1538 avaient déjà paru à Venise six premières planches ; trois de celles-ci, sûrement, ont été dessinées par Joannes Stephanus Calcarensis {Gaz. hebd., 1877, n” 17). Toutes les autres sont-elles de ce peintre? Voilà ce qu’on ne s’est pas donné la peine de rechercher. On conviendra cependant qu’il est très- intéressant de savoir ce qui appartient à Jean de Calcar dans l’œuvre immense des planches de Vésale.
M. Ch. Blanc (ouvr. cit.) et Ambroise Firmin Didot (Essai sur l’histoire de la gravure sur bois, p. 91), comme tant d’autres, paraissent même ignorer Texistence de TEpitome, à moins qu’ils ne le confondent avec le Grand livre d’ana¬ tomie. L’illustre éditeur s’extasie devant la perfection des gravures du grand ouvrage , De humani corporis fabrica libri septem, dont il possède les magnifiques exemplaires de 1543 et 1555. Que serait devenue son admiration si elle s’était portée sur les planches de TEpitome, qui sont de beaucoup supérieures? Pour faire la lumière au milieu de cette confu¬ sion, il fallait une étude plus longue et plus attentive. Cette tâche, tout naturellement, devait échoir à un médecin.
LE PORTRAIT d’ANDRÉ VÉSALE PAR JEAN DE CALCAR.
L’histoire en est fort curieuse. On sait tout d’abord qu’il n’a pas toujours été attribué à ce peintre. Et cependant on lit dans Vasari (Le vite depiu eccellentissimi pittori, scultori e architectori, in Fiorenza, appresso i Giunti, in-foL, 1568, IIF p., V, 1), à l’article Vita de Marc Antonio Bolognese e
■ d'altri intagliatori, p. 319 ; «Corne furono anco glundici )) pezzi di carte grandi di notoraia, che furono fatteda Andrea » Vessalio, e disegnate da Giovanni di Calcare Fiaramingo, » pittore eccellentissimo, le quali furono poi ritratto in minof » foglio e intagliati in rame dal Yalverde che scrisse délia » notomia dopo Vessalio. » Et à l’article Tisiano da Cador, pittore (IIP p., V, 11, p. 818) ; «E stato con esse lui fra gli » altri un Giovanni Fiammingo che di figure, cosi piccole, » corne grandi, e stato assai laudato maestro, e ne i ritratti » maraviglioso, corne se vide in Napoli, dove e vivuto alcun » tempo, e fmalmente morto. Furono de man di costui (il che » gli dovera in tutti i tempi essere d’onore), i disegni dell’ » Anatomia, che fece intagliare, e mandar fuori con la sua » opéra l’eccellentissimo Andrea Vessalio. » Et dans le même volume, à la page 858 : « Connobi ancora in Napoli, e fu mio » amicissimo, l’anno 1545, Giovanni di Calker, pittore Fiam- » mingo, molto rare, e tanto pratico nella maniera d’Italia, » che le sue opéré non erano conosciute per mano di Fiam- » mingo. Ma costui mori giovane in Napoli montre si sperava » grand cose di lui: il quale disegno la sua Notomia al » Vessalio. »
C’est cette dernière phrase seulement que conserve Félibien dans la trop courte mention qu’il fait de Calcar [Entretiens, 1666, p. 78) : « Il y eut encore un Flamand, nommé Jean de Calker, qui imita la même manière de peindre (Titien). C’est
■ de lui les figures d’anatomie qui sont dans Vésale. II mourut à Naples, encore fort jeune. »
Enfin Sandrart (Deutsche Academie . Nurnberg, 1675,
1. 1, p. 243, Johann de Calchar) redit aussi: « C’est lui qui a fait les dessins du beau livre d’ Anatomie de Vésale, et leur perfection atteste qu’ils sont d’un grand artiste. » Sandrart, (mi lui attribue par erreur les portraits - de l’ouvrage de Vasari (éd. de 1568), nous apprend qu’il mourut en 1546. On admet généralement qu’il était né en 1499, à Calcar dans le duché de Clèves. ’
Vésale lui-même l’avait nommé deux fois. La première dans
la dédicace des six premières planches à Narcissus Vertunus Parthenopæus, datée de Padoue, calendes d’avril 1538 {Gaz. hebd., 1877, n” 17), Il livre à l’impression trois planches qu’il avait déjà, auxquelles il en ajoute trois autres, atque illis iabellis, alias adjunximus quibus meum (jxsli-clv, nuper in studiosorum gratiam construclum, Joannes Stephanus, insignis nostri seculi pictor, tribus parlïbus appositissime expressif. Et sur la dernière planche, l’écusson où on lit : Imprimebat Venetiis B. Vitalis, Venetus, sumptibus Joannis Stephani Calcarensis. Prostant vero in offixina B. Bernar¬ dini. A. 1538. Ce sont les planches qui furent présentées par le'père de Vésale à l’empereur Charles-Quint. Neque unquam obliviscar qua voluptate tabulas meas anatomicasinspexeris, quamque curiose de singulis percunctatus sis, quas pater meus Andréas Majestaiis tuæ â pharmacis primarius juxta ac fidelissimus aliquando tuendas obtulit (preîsice du Grand ouvrage). Puis à la fin de la lettre à Nicolaus Florenatus (Epistola docens venam axillarem dextri cubiti in dolore laterali secandam), datée de Padoue, chez les fils du très- illustre comte Gabriel d’Ortembourg, calendes de janvier M.D.XXXIX, et imprimée à Bâle la même année, au mois d’avril, chez Robert Winter (le prédécesseur d’Oporin), on voit que Joannes Stephanus avait cessé de dessiner pour Vésale : Quamobrem si corporum dabitur opportunitas et suam operam Joannes Stephanus, insignis nostrœ œtatis pictor, nondenegaverit, nequaquamego eum laborem subterfugero. Contrairement à ce qu’on a pu écrire sans le vérifier, ce peintre n’est nommé nulle part ailleurs dans les ouvrages de Vésale, et surtout il n’y est jamais appelé Calcarensis, comme on le répète un peu à la légère.
On devine comment l’artiste éminent et le grand anato¬ miste se sont rencontrés en Italie, VIngeniorum vera Altrix de cette belle époque de la Renaissance. Vésale y est conduit avec les armées de Charles-Quint, et en 1537 le sénat de Venise le nomme professeur de médecine chirurgicale à l’université de Padoue. En 1536, Giovanni Fiammingo vient se perfectionner à l’école de Titien. C’est de Venise que Jean de Calcar aura été attiré à Padoue pour dessiner les pièces anatomiques préparées par Vésale. Il ne faut pas oublier qu’ils étaient du même pays. Vésale était né à Bruxelles, mais sa famille était originaire de Wesel (on a d’abord écrit V^esalius, et la ville de Wesel, comme celle de Calcar, faisait partie du duché de Clèves); s’ils ne se connaissaient pas déjà cette circonstance a dû les rapprocher. Vésale, voyant l’har
bileté de son compati’iote et son ardeur au travail, n’aura pas eu de peine à lui faire comprendre le service qu’il pou¬ vait lui rendre. L’infatigable anatomiste songeait à relever les erreurs de Galien ; il préparait une nouvelle édition du livre de Jean Guinter d’Andernach (appelé bien à tort Gontier), qui enseigna d’abord le grec à Louvain, et devint ensuite profes¬ seur d’anatomie à Paris: Institutionum anatomicarum secundum Galeni sententiam ad candidatos medicinæ libri quatuor per Joannem Guinterium Andernacum, me- dicum, ab Andrea Wesalio Bruæellensi, auctiores et emen- datiores redditi. Venetiis, in officina D. Bernardini, M.D.XXXVIII. Des planches anatomiques devaient singu¬ lièrement aider à saper l’édifice du médecin de Pergame, auquel personne n’osait to'.icher : de là les six premières planches de Venise. Il y avait encore deux planches de nerfs queVésale conservait jusqu’à ce qu’il eut celles des muscles et des organes intérieurs, quand, nous dit-il quelques lignes après, la coopération de Joannes Stephanus lui fit défaut (Epistola docens venam....). Ainsi, à ce moment, janvier 1539, Galcar ne dessinait plus sur bois. A l’école de Titien il était devenu un grand peintre, et le portrait de 1540 en est une preuve manifeste. Mais cette date prouve aussi que des relations s'étaient renouées entre eux, et nous rechercherons si Galcar n’aurait pas consenti à dessiner alors les cinq planches de muscles et les deux figures nues de l’Epi- tome, qui n’ont pas d’égales dans toute l’œuvre de Vésale.
D’après ces documents historiques, lorsque le portrait qui nous occupe vint enrichir par les soins de Colbert les col¬ lections de Louis XIV, comme en fait foi l’inventaire manus¬ crit de Bailly (1710), il n’était pas difficile de savoir le nom du personnage qu’il représentait et qui cependant est demeuré si longtemps inconnu. Ce précieux document attribue, en effet, à Jean Van Galcard «un tableau représentant un portrait d’homme, la main droite appuyée sur un piédestal et la gauche sur le côté ; figure comme nature, ayant de hauteur trois pieds et demi sur deux pieds six pouces de large, x Avec l’inscription ANNO 1540, ÆTATIS 26, et ce qu’on savait de l’histoire de Galcar, on aurait pu, n’est-il pas vrai ?
. dès cette époque, reconnaître le portrait d’André Vésale. S’il en avait été ainsi, la célébrité du grand anatomiste eut sauvé Ca.lcar de l’oubli, et son œuvre admirable n’eut pas été sans raison plausible donnée à un autre, au Tintoret, auquel elle est restée attribuée jusqu’en 1848. On fait généralement remonter cette erreur au catalogue de Lépicié, qui, dans le
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tome II, 1754, décrit parmi les tableaux duTintoret ale portrait d'un Vénitien, sur toile, 3 pieds 7 p. 1/2 sur 3 pieds de large. Ce portrait représente un Vénitien avec une longue barbe, la tête nue et les cheveux courts ; il est vêtu d’une robe noire dont les manches sont pendantes, et d’une espèce de pour¬ point d’étoffe violette. Son attitude est simple et noble : il a la main gauche posée sur la hanche et de la main droite il tient un papier. La tête et les mains sont d’une grande beauté et dignes du pinceau de Titien. »
Sauf la forme ovale, la longue barbe, l’absence des dates et de l’écusson, on ne peut nier que cette description se rapporte au tableau de Jean de Calcar de l’inventaire de Bailly. Peut-être ne l’ont-ils pas cru ceux qui n’en ont pas parlé jus¬ qu’en 4801. Desallier d’Argenville (1762) est de ce nombre.
Le catalogue de 1793 est une simple énumération par salies des tableaux connus. Il n’y a pas de description, et notre portrait n’y est pas mentionné. Mais en 1801 on a reçu l’ordre de ranger par écoles et par maîtres les tableaux du musée Napoléon. On suit malheureusement la route ouverte par Lépicié, et sans s’occuper de la forme ovale, des dimensions, des dates, on l’attribue au Tintoret : « N® 1206. Portrait d’homme. Il représente un Vénitien. La barbe est rousse, la tête nue et les cheveux sont courts. Il est vêtu d’une robe noire dont les manches sont pendantes et d’une espèce de pourpoint d’étoffe violette. La main gauche est posée sur la hanche et de la droite il tient un papier. y>
Dès lors, avec quelques légères variantes dans la description, les catalogues continueront à l’attribuer au Tintoret jusqu’en 1849. Ainsi fait la notice des tableaux exposés dans les gale¬ ries du musée Napoléon en 1810. Déjà ce n’est plus un Vénitien : «N" 1177. Portrait d’homme, dont la barbe rousse est fourchue, la tête nue et les cheveux courts. Il est couvert d’une robe noire sur un pourpoint violet, la main gauche pose sur la hanche et la droite tient un papier. »
En 1816 le musée Napoléon est devenu le musée Royal; mais la description du n® 1067 n’a pas changé; elle reste la même en 1826 et 1827 au n» 1208.
Le catalogue de 1830 offre une très-légère différence dans la rédaction. Il donne enfin les dimensions du tableau : « N® 1243. Portrait d’Jiomme. Il a la barbe rousse et four¬ chue, etc. Hauteur, 1“,09 ; largeur, 0“,88. »
^ En 1833 et 1836 même numéro 1243, même description. J’ai rendu ainsi compte de tous les catalogues qui se trouvent à la Bibliothèque nationale.
Avant de poursuivre, revenons un peu en arrière et repor¬ tons-nous en 1828, l’année où parut, sous le nom de Galeries du musée de France, la continuation de l’ouvrage de Filliol (10 volumes avec ce titre : Galeries du musée Napoléon , 1802 à 1815). La planche 47 du tome XI donne le portrait qui nous occupe. Le dessinateur ne s’est pas donné la peine de mettre l’inscription ANNO 1540, ÆTATIS 26. Je passe son nom avec celui du graveur, et je me hâte d’enregistrer ici le morceau précieux contenu dans la 8' livraison et qui est très-
firobablement le produit de l’imagination d’Auguste Jal, le utur auteur du Dictionnaire critique de biographie et d’histoire publié en 1864 :
« Tintoret (Jacopo-Robusti dit le). Portrait d’homme. En toile. Hauteur, 1“,10 ou 3 p. 4 p. 7 1. ; largeur, 0”“,87 ou 2 p. 8 p. Voici un des plus beaux portraits que possède le musée Royal. Le nom de l’original nous est inconnu; et de fait il ne nous importe guère. Qu’il soit Capulet ou Montagu, Guelfe ou Gibelin, aïeul de la tendre et malheureuse Desdemona ou descendant du doge Faliero, voilà ce que nous ne pren¬ drons pas la peine d’éclaircir, quoique ce ne fût pas encore tout à fait impossible. Par l’inscription que le peintre a placée sur le socle de la colonne où ce personnage a pris un point d’appui, nous savons que l’ouvrage fut exécuté en 1540 et que le modèle du Tintoret avait vingt-six ans ; nous voyons des armoiries qui pourraient nous guider dans nos recherches et peut-être qu’à l’aide des cinq pommes d’or de ce blason nous parviendrons à découvrir le nom du gentilhomme à qui il appartint, comme à une croix surmontée d’une mitre entre quatre nierlettes le savant Mumblazen reconnut la demeure des abbés d’Abingthon (Walter Scott, Kenilworth, ch. xii) ; mais, encore une fois, que nous importe? Le jeune homme qui nous occupe a l’air réfléchi, sa méditation ne provient pas sans doute de la lecture du billet qu’il a dans la main droite; ou bien le billet ne traite ni d’intérêt d’amour, ni d’affaires d’ambition, car la figure de celui qui l’a reçu ne porte l’empreinte d’aucune passion vive, d’aucun désir brû¬ lant. Notre gentilhomme pose devant le chevalet du Tintoret et s’ennuie un peu de la contrainte où sa vanité l’a placé ; il a voulu que le célèbre élève de Titien fît son portrait, et il paye l’honneur qu’il en reçoit.
»Le style de ce morceau du Tintoret est noble sans affecta¬ tion. La tête est bien dessinée ; sa chevelure . courte et sa barbe rousse et fourchue lui donnent un caractère qu’il n’a pas tenu à l’artiste de rendre plus distingué, mais qui est
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cépendant loin d’être laid. Le ton vigoureux et blond à la fois de sa carnation est superbe j le modelé. de ses joues, dé son front et de son nez est énergique. Les mains de ce portrait sont admirables. Les accessoires sont faits avec une facilité et Une vigueur dignes d’éloges. Ce tableau, que nous regrettons de ne pouvoir louer plus convenablement, est l’œuvre d’un coloriste habile en même temps que d’un homme de goût. »
Mais pourquoi l’avoir attribué au Tintoref? Je dis à mon tour : Qu’importe ! puisque tout l’éloge est pour Calcar !
Je dois faire observer en passant que l’indication du re¬ cueil de Sandon, donnée parF. Villot, n’est pasexacte. Dans le III vol.jpl. 18, se voit unes' atue. J’ai dû feuilleter les quinze volumes de l’ouvrage et les quatre du supplément sans pou¬ voir trouver le portrait attribué au Tintoret.
En 1841, lorsque M. Burggraeve publia ses Etudes sur Yésale, le nom de Calcar n’était pas encore au catalogue du musée du Louvre^ La très-fidèle reproduction sur porcelaine de madame A. Ducluseau porte avec sa signature la date 1842 d’après le Tintoret. A cette époque, le vent était à l’oubli pour Johann Step Lan von Calcar ! Et l’auteur belge met en tête de son livre un portrait de Vésale fidèlement reproduit par M. Onghena d’après une gravure sur bois de l’Anatomie (éd. de Bâle, 1555), sans faire remarquer que cette gravure se trouve déjà dans l’édition de 1543 et dans l’Epitome, et qu’elle se voit aussi un peu modifiée dans les Opéra omnia Ÿësalii de Boerhaave et Àlbinus. Quoi qu’il en soit, dire que le portrait arrangé par M. Onghena est une reproduction fidèle de la célèbre gravure sur bois, vraiment c’est plus que de l’exagération; Qu’on ait supprimé le sujet sur lequel Yésale fait la démonstration des muscles qui meuvent les doigts, je le comprends; mais pourquoi n’avoir pas conservé les mains du portrait et la table où se trouvent inscrites la date impor¬ tante AN. ÆT.X’XYIII.M.D.XLII, et la devise des chirurgiens OCIYS, lYCYNDE ET TYTO. En revanche, on a ajouté l’écusson du frontispice, qui est assurément intéressant mais qui demandait une explication (1):
C’est d’après le même type que le sculpteur belge M. Geefs a fait la statue érigée le 31 décembre 4847 sur l’une des places publiques de Bruxelles et que le peintre Hamman a composé ce tableau dont la lithographie, œuvre remarquable de Môuilleron,' est si répandue. Pourquoi faut-il citer encore
P) Ce sont trois belettes. Or belette en flamand se dit we%el. II u’en fallait’ pas davantage pour en faire les armoiries de Vésale.
le portrait donné à T Académie de médecine par le baron Portai, si audacieusement attribué à Titien et qui est tout simplement un tableau ancien composé d’après la même estampe de Vésale.? Il y a lieu de s’étonner vraiment que per¬ sonne n’ait saisi ces diverses occasions de revenir aux citations deVasari sur Jean de Calcar et défaire des recherches sur un portrait qui devait intéresser si vivement. Bien qu’il ne fût pas attribué à ce grand artiste par les catalogues qui conservaient le nom du Tintoret, quelques personnes, savaient cependant qu’il était de lui. Dès 1842, la première édition du Diction¬ naire UNIVERSEL d’histoire ET DE GÉOGRAPHIE de Bouillet, dans les quelques lignes consacrées à Jean de Calcar, si¬ gnale, au musée royal, un de ses meilleurs portraits.
C’est seulement après 1848 que F. Viilot a eu l’honneur de rendre a Calcar ce qui lui appartenait. «Cette peinture, dit-il, qui était restée attribuée au Tintoret dans la notice de 1841, n’est évidemment pas de ce maître. Nous avons cru devoir lui rendre sa plus ancienne attribution, qui nous semble incontestable » (Not. des tabl. du musée du Louvre, 1849, école italienne). En 1852, F. Yillot, dans une 2" édit., fait quelques corrections à son article Jean van Calcar, qu’il nomme ■ définitivement Johann Stephan von Calcar. Il ajoute ce renseignement précieux : « Le blason est répété sur la bague que porte le personnage avec l’addition des trois lettres N. V. B. » Chose singulière ! Cette découverte ne l’en¬ gage point encore à faire d’autres recherches ! il ne dit pas comme M. Jal : « Que m’importe? » mais il passe outre.
En 1860, le Magasin pittoresque reproduit par la ^avure l’œuvre restituée à Jean de Calcar. L’auteur de la notice qui accompagne le portrait parle en fort bons termes des planches de Yésale, mais il ne s’inquiète nullement desavoir quel est le jeune _ homme si fier et si digne qu’il a sous les yeux ; il ne rapporte même pas les trois lettres initiales N. Y. B. Et cepen¬ dant tout le mystère est là !
M. Ch. Blanc a essayé de le pénétrer en 1867. Mais, comme je l’ai déjà dit, sa conclusion n’a pas été assez ferme. Pour reconnaître Yésale dans le portrait du Louvre, il s’est servi de la gravure sur bois de 1543 et croit être arrivé à une démonstration par la ressemblance des deux physionomies qu’il décrit dans les plus minutieux détails. A mon avis, on devine simplement la même personne par le rapprochement des dates. J’ai fait remarquer déjà combien les portraits com¬ posés d’après l’estampe de Yésale sont différents de celui de Jean de Calcar que nous connaissons maintenant. C’est bien
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le même personnage assurément, mais les deux visages pré¬ sentent la différence énorme qui ne peut manquer d’exister entre une petite gravure sur bois faite à la hâte (1) et un por¬ trait de grandeur naturelle soigneusement peint sur toile. On verra d’ailleurs bientôt que le dessin de la gravure ne doit pas être de Caicar. Aussi M. Ch. Blanc ajoute-t-il très-juste¬ ment : « Nous avons poussé plus loin nos investigations, et nous avons fait plusieurs remarques sinon décisives du moins importantes et assez fortes par leur concordance. D’une part on lit sur le tableau : 1540, œtatis 26, et sur la gravure ; 1542, œtatis 28. Les deux personnes ont donc le même âge, l’une ayant vingt-six ans en 1540, et l’autre vingt-huit en 1542 (1). D’autre part, dans la peinture du Louvre on voit sur l’une des bagues de la main gauche les lettres initiales, parfaitement lisibles M. Y. B. (et non pas N. V. B, comme il est dit dans la notice deüL Villot). Or ces initiales M. V. B. on peut les traduire : Magister Vesalius Bruæellensis, maître Tésale Bruxellois.
L’erreur était facile à commettre. Mais pourquoi n’avoir pas songé à t’A d’André et n’avoir pas vu dans cette appa¬ rence d’M un A dont les jambages sont un peu écartés. Je m’imagine en outre que le peintre. a dû encore exagérer cet écartement pour rendre plus distincte une aussi petite lettre. Est-il besoin de faire remarquer d’ailleurs que jamais per¬ sonne n’a dit : Magister Vesalius ? tandis qu’on voit en tête de ses livres, partout, Andréas Vesalius Bruæellensis, les trois initiales A. V. B. du chaton de la bague.
B n’y a donc aujourd’hui plus de doute sur le portrait de Jean de Caicar. Le personnage qu’il représente est sûrement André Vésale, et il y a urgence à mettre son nom au catalogue du musée du Louvre â la place qu’il devrait occuper depuis 1867. On comprend bien mieux maintenant, sous ce puissant coloris et ce dessin irréprochable, la distinction du modèle, sa dignité, sa nationalité même ; â voir ces cheveux tirant sur le roux, cette barbe roüsse, ces lèvres épaisses, cette blonde carnation, on retrouve agréablement le vrai Vésale, un Fla¬ mand, bien différent de cette tête à l’œil farouche, au teint brun, du faux portrait donné à l’Académie de médecine par le baron Portai. En faisant la part des changements apportés à
_ (1) Et comme de souvenir. Infidélité dans les reproductions des gravures de cette époque. Voyez les planches de Marc-Antoine d’après Raphaël.
(1) Pour être exact, il aurait fallu dire : vingt-cing ans en 1540 et vingt-sept ans
là physionomie par vingt années de plus, on reconnaît les mêmes traits dans le célèbre tableau attribué à Titien, sous le n» 80 du musée Pitti, à Florence.
LES PLANCHES ANATOMIQUES DE VÉSALE.
Quand lés artistes et ceux qui s’occupent de beaUx-arts parlent des planches de Vésale, ils disent tous, comme l’his¬ torien Vasari ; l’Anatomie de Vésale (De humani corporis fahrica). Cette indication est inexacte et tro]» vague, surtout lorsqu’il s’agit de déterminer ce qui, dans cette œuvre pro¬ digieuse, revient à Jean de Calcar.
Outre les six premières planches de Venise (Gaz. hebd., 1877, n” 17), imprimées en 1538, et qui furent l’objet de nombreuses contrefaçons énumérées dans la fameuse lettre à Oporin, datée de Venise 24 août (1542), nom calendas septem¬ bres, parurent, en 1543, le Grand ouvrage d’anatomie et le « Suoruin de humani corporis fabrica librorum Epitome». Ils avaient été envoyés en même temps à l’imprimerie d’Oporin, à Bâle. La dédicace du Grand ouvrage à Chafles-Quint est datée de Padoue, 1®'' août 1542 (calendas augusti) ; celle de l’Epitome au prince Philippe, son fils, est du 13 août 1542 (idihus augusti). Sur la dernière feuille du Grand ouvrage, on lit au recto : Basiliæ ex officina Joannis Oporini, M.D.XLUI, mense junio, et au verso se trouve la marque de l’imprimeur : ARION avec sa lyre sur un dauphin en mer, entouré de cette devise : INVIA VIRTVTI NVLLA EST VlAi Ala fin de l’Epîtome, qui paraît inachevé ou manquer de ses dernières feuilles, il n’y a pas de date d’impression. Ils se sont donc trompés ceux qui ont cru qu’il avait été publié avant le. Grand ouvrage, n’ayant eu égard qu’à la date de la dédicace, 1542. Impriîués en même temps, ces deux livres ont absolument le même frontispice. Le portrait à mi-corps atteste que Vésale les avait achevés l’un et l’autre dans sa vingt-huitième année. Le format de TEpitome est un peu plus grand (folio maximo), ce qui a permis de mettre au- dessous du frontispice l’avertissement au lecteur. Au-dessous du frontispice du Grand ouvrage il y a seulement dans l’édition de 1543, et Basiliæ per Joannem Oporinum dans celle de 1555.
Le texte de l’Epitome occupe les feuilles B, G, D, E, F ; le portrait à mi-corps est au recto de la feuille G.
Viennent ensuite les cinq planches de muscles. Le squelette de profil est au recto de la feuille K; puis les figures nues dé
l’homme et de la femme, avec la desciiption des parties exté¬ rieures placée de chaque côté et finissant au verso de la feuille L ; enfin deux feuilles imprimées d’un seul côté repré¬ sentant les artères et les veines dans la figure principale, et autour, divers organes séparés destinés à être découpés et collés sur la cinquième planche des muscles. Ces feuilles imprimées d’un seul côté se retrouvent dans le Grand ouvrage, p. 313, ainsi que le squelette, p. 164; les autres sont propres à l’Epitome. Sauf le squelette, elles ont toutes 43 centimètres de hauteur : c’est pourquoi elles n’ont pu entrer dans le Grand ouvrage sans être pliées en deux.
Les grandes planches de ce livre {De hum,, corp. fahricd) mesurent seulement 34 centimètres; il y en a vingt- cinq. Les autres, en nombre infini et de toutes dimensions, sont inter¬ calées dans le texte, chacune avec son explication particu¬ lière. Les trois squelettes, complètement différents de ceux des six premières planches de Venise, sont d’un dessin admi¬ rable, et bien mieux posés. Le premier, de face, s’appuie sur une bêche ; le second, de profil (celui de VEpitome), médite sur un crâne qu’il tient sous sa main gauche; le troisième, de dos et un peu de trois quarts, a les mains jointes dans l’atti¬ tude de l’affliction. Le sol sur lequel repose ce dernier présente aussi un tronc d’arbre coupé, mais point d’écusson avec le nom de Calcar. L’artiste qui l’a dessiné aurait bien dû mettre des initiales sur un des rochers voisins, au lieu de ce lézard qui ne peut faire songer qu’à la gloire naissante de Bernard Palissy. Les quatorze planches de muscles ne présen¬ tent, aucune, les organes disséqués placés à terre qu’on remarque dans toutes celles de l’Epitome. Des autres grandes planches, je me bornerai à signaler celle des nerfs, qui manque dans l’Epitome, bien qu’elle soit annoncée dans l’avertisse¬ ment au lecteur. Mesurant 43 centimètres, elle est pliée en deux et occupe les pages 353 et 354 du Grand ouvrage.
Dans la même année 1543, deux mois seulement après, parut aussi, à Bâlè, avec les mêmes gravures sur bois, une édition de l’Epitome, traduite en allemand par Albanus Torinus. Cette fois la planche des nerfs s’y trouve. Quelques bois, empruntés au Grand ouvrage, ont été maladroitement ajoutés à cette publication et la déparent ; mais ils attestent que ces trois livres sont sortis de la même imprimerie. Ils ont tous les trois le même frontispice et le même portrait à mi-corps. Le titre seul est différent. L. Choulant dit que le signes, placé en haut du frontispice et qui ressemble à un phi majuscule, est le monogramme de JeanOporin. Ce quiten-
drait à le faire croire, c’est que dans l’édition de 1555 on l’a supprimé pour mettre en bas «Per lOANNEM OPORINUM ».
J’ai eu entre les mains un exemplaire de cette édition rarissime, en 1876, à la vente Trosser, et j’ai pu le feuilleter tout à mon aise. Le portrait est placé au dos du frontispice. Comme pour l’édition latine, chaque feuille est désignée par une lettre, mais la pagination est différente. La feuille A contient la dédicace de Vésale au prince Philippe, et au verso celle d’Albanus zum Thor à Christophe, fils du duc de Wur¬ temberg et Teck. Elle est datée du 5 août 1543 (Alban de la Porte, professeur à Bâle, était de Zurich). Le texte comprend les feuilles B, C, D, E, F, G. Les lettres illustrées qui commen¬ cent les six chapitres sont celles du Grand ouvrage et de l’édition latine de l’Epitome. Au verso de la feuille G les figures commencent par la 5® planche des muscles. Viennent ensuite les deux feuilles imprimées d’un seul côté destinées à être dé¬ coupées et collées sur la précédente. La feuille H donne, sous l’explicalion des figures, au recto, le fœtus et ses enveloppes, qu’on retrouve p. 282 du Grand ouvrage, et au verso quatre figures du cœur, p. 565, 566, 567 du même livre. Feuille I, 4® et 3® planches des muscles. Feuille K, au-dessous des explications, au recto, l’utérus et ses annexes, p. 380 et au verso fig. 24, p. 277 du Grand ouvrage. Feuille L, 2® et 4” planches des muscles. Feuille M, avec les explications, au recto, les figures delà p. 378 du Gi’and ouvrage, et, au verso. Celles de la p. 364. Feuille N, le squelette de profil; à côté, fig. 27 de la p. 381 du Grand ouvrage; au verso de cette feuille et au recto de la feuille O, les deux figures nues de l’homme et de la femme avec la description des parties exté¬ rieures qui se termine au verso. Feuille P, explications. A la fin se voit la planche des nerfs, où on lit, en bas, à droite: « Imprimé à Bâle par Johan Herpst, dit Oporin, et terminé le 9® Jour du mois d’août 1543. » (Herbst, en allemand moderne, veut dire automne, et d’automne, en grec, on a fait Oporin.)
Le magnifique exemplaire sur vélin de l’Anatomie de Vésale, avec figures superposées, que possède l’université de Louvain, au dire de M. Burggraeve (p. 75, ouvr. cité) semble être l’Epitome. Cependant le même travail a été fait récem¬ ment dans l’exemplaire de l’édition de 1555 que possède la bibliothèque de l’Ecole de médecine de Paris (p. 505).
Maintenant, qui a dessiné ces grandes et belles planches, et surtout les cinq planches de muscles et les deux figures mies de l’homme et de la femme, lesquelles ne se trouvent pas dans le Grand ouvrage d’anatomie? C’est ici qu’il faut
faire intervenir la citation de Vasari, que personne n’a invo¬ quée : € El les onze morceaux di carte grandi di Notomia, dessinés par le célèbre peintre flamand Jean de Calcar. » Vasari n’avait-il pas alors en vue les planches de l’Epitome, qui sont de grande dimension et précisément au nombre de onze? Il est très-probable que Vésale les avait mises à part dans ce livre, parce que, telles qu’elles étaient, elles ne pou¬ vaient pas se prêter aux descriptions méthodiques du Grand ouvrée. Elles avaient dû lui servir dans ses démonstrations publiques. Quoi qu’il en soit, l’Epitome, dédié au prince Philippe qui n’avait alors que quatorze ans, ne pourrait-il pas être considéré comme l’album des dessins anatomiques de Jean de Calcar? Contrairement à l’opinion générale, je ne puis admettre que cet artiste, devenu le grand peintre de 1540, ait dessiné les planches du Grand ouvrage d’anatomie. Le frontispice et le portrait à mi-corps ne sont pas même de lui. Vésale nous apprend d’ailleurs qu’il a eu affaire à plusieurs peintres et graveurs, dont il lui a fallu diriger avec vigilance la main et les idées. Il exprime d’une façon saisissante ses tribulations : « Neque sculptoribus etpictoribus meitaeæerci- tandum dabo, ut sæpius ob eorum hominum morositatem me illis infeliciorem esse putarem qui ad sectionem mihi obtigissent. f> (Ep. rad. chyn., p. 194.) Il ne faut pas oublier non plus que lors de la composition du Grand ouvrage, achevé en aoiit 1542, Calcar ne dessinait plus pour Vésale : . depuis 1539 il était tout entier à la peinture. C’est donc avant cette époque qu’on doit placer l’exécution des magnifiques dessins de l'Epitome. Quant au frontispice et au portrait à mi-corps, Calcar était déjà à Naples lorsqu’ils ont été com¬ posés. Il faut bien en convenir du reste, le portrait à mi-corps n’est point un portrait, mais une estampe destinée à prouver que Vésale était dans sa vingt- huitième année quand ses deux ouvrages, achevés en 1542, furent envoyés à l’impri¬ merie.
Je crois aussi que la planche reproduite dans le livre de L. Choulant au tiers de sa grandeur, p. 43, et signée d’un K, n’est pas non plus une étude originale de Kalkcr (Jean de Galcp), comme pense l’auteur allemand, mais bien plutôt un dessin au crayon rouge d’après quelques figures du Grand ouvrage d’anatomie.
Ainsi on ne connaît pas les auteurs (dessinateurs et gra¬ veurs) des planches du Grand ouvrage. On sait seulement que Vésale avait envoyé les bois tout préparés de Venise à Bâle (lettre à Oporin). Il est donc, très-probable que si quel-
qiies dessins ont été faits à Padoue d’après nature, les bois ont été exécutés à Venise avant 1542.
Les planches deVésale, faites primitivement pour les études anatomiques, sont devenues depuis, à cause de leur beauté, des modèles pour les artistes. Mais je ne puis pardonner à De Piles, de l’Académie royale de peinture et de sculpture, d’avoir laissé mettre dans un livre qui porte son nom {Abrégé
d'anatomie accommodée aux arts . , 1667), que les douze
planches de François Tortebat prises dans Vésale (les 3% 4% 6% 7% 8® et 9® sont propres à YEpitome) étaient de Titien, quand ce même De Piles devait donner quelques années plus tard un Abrégé de la vie des peintres où, à l’article Jean de Calcar, il répète, comme ses devanciers : « C’est lui qui
a dessiné les figures anatomiques du livre de Vésale . »
Assurément il connaissait l’ouvrage de Vasari; mais il a trouvé plus commode de faire son article d’après Sandrart dont il reproduit les erreurs, que de rechercher dans l’histo¬ rien célèbre les trois citations rapportées exprès en italien au commencement de cette notice. M. Ch. Blanc montre aussi qu’il n’a pas été puiser à cette source si connue, quand il dit : « Le biographe toscan le nomme, lui, Giovanni Fiam- mingo, Jean le Flamand, suivant l’habitude qu’avaient les Italiens de joindi'e au prénom des artistes le nom de leur ville natale ou de leur pays. Calcar est une ville de Westphalie qui fait partie du duché de Clèves. Jean de Calcar était donc un Allemand, un Tedesco, plutôt qu’un Fiammingo. Mais Vasari n’y regardait pas de si près quand il s’agissait d’un artiste étranger. »
Si le biographe toscan place hors ligne, parmi les élèves de Titien, un Giovanni Fiammingo qui faisait des portraits mer¬ veilleux et devait être honoré dans tous les temps par ses des¬ sins anatomiques de l’ouvrage de Vésale, il le nomme dans deux autres endroits Giovanni di Calcare Fiammingo, pittore eccellentissimo et Giovanni di Calker, pittore Fiammingo. Vasari ne pouvait l’appeler autrement que tout le monde et Tedesco eut été une injure, puisque la ville de Calcar et cette partie du duché de Clèves sont sur la rive gauche du Rhin. Il faut convenir du reste que, pour un étranger, il a été très- bien traité {e stato assaHaudato maestro). M. Ch. Blanc se trompe encore quand il écrit qu’ André Vésale lui-même, dans sa lettre à Oporin, «fait honneur de ses dessins à Jean de Calcar, qu’il appelle Johannes Stephanus Calcarensis. » A. Fir- min Didot, Fr. Villot et bien d’autres, sans y avoir regardé davantage, retrouvent la même chose dans la préface du livre
d’anatomie. J’ai déjà dit où Vésale nomme deux fois Joannes Stephanus sans ajouter Calcarensis, et, je le répète, il n’en parle nulle part ailleurs.
Tant d’erreurs se sont accumulées sur ce point qu’il me faut absolument citer les deux premières phrases de cette fameuse lettre à Oporin Vimprimeur du livre de Vésale, mais professeur de langue grecque à Bâle. tAccipies..... per mediolamnses mercatores Damnas, tabulas ad meos de hummi corporis fabricâ libres et eorumdem epitomen sulptas. ütinam tam intégré ac tuto Basileam perferantur, atque sedulo cum sculptore, et Nicolao Stopio, hic Bombergorum negotiorum fidelissimo curatore, in humahiorihus studiis apprime versato juvene, eas composui; ne aligna ex parte alterantur aliudve incommodum ipsis vectura inférât. » Après cela, comment Ambroise Firmin Didot écrit-il : « En envoyant à Oporin les dessins originaux de l’Anatomie du corps humain, avec les bois gravés dans une moindre dimension, Vésale lui annonce que le graveur lui-même, ira les lui porter en compagnie du gérant de rimprimerie de Bomberg; il espère qu’ils lui arriveront sans accident. » Mais le commencement de cette lettre a donné lieu aune confusion bien plus singulière encore. On lit dans la préface des Opéra omniaVesalii, deBoerbaaveetAlbinus : ^Pictoreusus videtur precipue Jeanne Stephano, insigni ea ætate artifice, cujus opéra et industria imprimis egere se scribit ipse «wwo 1539. Laudat et prestitam sibi in his opérant a Nicolao Stopio. Sculptorem quoque suum commémorât ibidem, non nominat, quem omnium artificiosissimum Johannem Calcar fuisse cognoscimus. ütique versati in arte viri, hujusce manum agnoscere vel hoc seculo fatentur. » Si bien que des noms de la même personne on a fait deux artistes, un peintre et un gra¬ veur. Cette erreur étrange a été reproduite par M. Burggraeve, qui, embarrassé de choisir entre Giovanni Stephano et Hans Van Kalcker, comme il les appelle, se décide à penser que Vésale R bien pu lui-même faire ses dessins. « Cette supposi¬ tion, dit-il page 75, acquiert une grande valeur quand on songe que presque tous les grands anatomistes ont été égale¬ ment d’excellents dessinateurs. Scarpa, Cuvier nous en four¬ nissent des exemples remarquables. »
On me permettra d’adresser à M. Ch. Blanc le seul repi-oche de ne s’être pas fait aider par un médecin dans cette tâche difficile. Sa notice, d’ailleurs très-intéressante, y aurait gagné en précision, et par cela même elle aurait eu sans doute plus
de relentissement. J’ai été heureux d’y trouver cette décla¬ ration très-nette : «Sans compter que ce peintre n’a pas été graveur, mais dessinateur sur bois ; aussi n’est-ce pas lui qui a entaillé dans le bois des figures pour l’Anatomie de Yésale. » Il fallait s’arrêter là et ne pas ajouter : « mais bien un certain Valverde que Vasari a nommé et qui écrivit sur l’anatomie après Vésale. » Car Valverde n’était pas un graveur, mais un médecin espagnol, « né au diocèse de Palencia, dans le royaume de Léon. Il étudia à Padoue sous Realdus Golumbus, et passa ensuite à Rome, où il fut médecin du cardinal Jean Tolet qui devint archevêque de Compostelle... C’est à ce mé¬ decin que l’Espagne doit l’émulation qu’on y vit depuis lui dans l’étude de l’anatomie quand il publia les planches de Vésale qu’il avait fait graver en cuivre, à Rome, par Gaspar Bezzerra, l’ouvrier le plus habile de son temps, en 4556. »' (Eloi, Dictionnaire hist. de la méd. anc. et mod., 2® édit.,^ 4778.)
Et maintenant cette notice, plus heureuse que l’article de I’Histoire des peintres, fera-t-elle savoir que le musée du Louvre possède un magnifique portrait d’André Vésale par Jean de Calcar? Ce portrait est une merveille. Il est donc à souhaiter qu’on en fasse de nombreuses repro¬ ductions et surtout une belle gravure pour le plus grand bonheur du monde médical et chirurgical. Quant aux planches anatomiques, il demeure certain que Joannes Stephanus Calcarensis a dessiné au moins les trois squelettes des six premières planches de Venise; que les grandes planches de l’Epitome (gV undici pedzi di carte grandi)-, et en particulier les cinq planches de muscles et les deux figures nues de l’homme et de la femme, doivent être attribuées à ce grand artiste ; que, contraire! ent à ce que l’on répète partout, les figures du livre d’anatomie de Vésale {De humani cor- poris fabricâ) ne sont pas de Jean de Calcar. Les plan¬ ches, de 43 centimètres, qui s’y trouyent pliées en deux à cause de leur trop grande dimension, appartiennent à YEpitome.
Dans un autre travail, je dirai ce que sont devenues les planches des deux ouvrages de Vésale imprimés à Bâle en 4543; comment elles ont servi pendant près de deux siècles aux auteurs <jui ont traité de l’anatomie humaine ; comment, bien plus longtemps encore, les peintres et les sculpteurs y ont étudié l’anatomie artistique.
Joannes Imperialis {Muséum historicum, Venise, 4640)
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donne à Vésale ce distique dont il ne connaît pas l’ori¬ gine :
Qui vivis hominum depinxit membra figuris,
Æternum vivis vivet imaginibus.
C’est J. Aubry (Auberius), de Moulins, qui l’avait adressé à son maître Dulaurens. Ne revient-il pas, en eïet, de droit à l’immortel auteur des prodigieuses planches anatomiques du XVI® siècle?
FIN
PARIS — IMPRIMERIE DE E. MARTINET.
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CE QUE SONT DEVENUES
LES
PLANCHES ANATOMIQUES
DE VÉSALE
r'u.'bliées en. 1543
On sait (Gaz. liebd., 18”7, n“ 33) que cette année 1543, deux mois après l’apparition du Grand ouvrage d’anatomie (De humani corporis fabrica libri septem) et de son Epitome, sortit de la même imprimerie l’Epitome d’André Vésale tra¬ duit en allemand par Albanus Torinus. On y retrouve le même frontispice, le portrait à* mi-corps, les mêmes lettres illus¬ trées. Il contient toutes les planches de l’Epitome et, de plus, quelques bois du Grand ouvrage. Il faut donc le comprendre dans la publication de 1543. On peut y rattacher encore la Lettre sur la racine de squine (Bâle, 1546), in-4 imprimé aussi chez J. Oporin, avec le portrait à mi-corps et quelques lettres illustrées. A la fin de ce dernier ouvrage, v ésale se plaint de la contrefaçon de Thomas Gemini, qui venait de paraître à Londres (1545). Je m’y arrêterai longuement; mais aupara¬ vant je dois parler de quelques éditions du Grand ouvrage.
LES ÉDITIONS ULTÉRIEURES.
L’édition de 1555 a étç revue et corrigée par Vésale lui- même. Il y a bien, en effet, quelques corrections, quelques suppressions et additions ; mais elle est loin' d’être aussi aug¬ mentée que l’ont prétendu ceux qui, pour tout examen, se sont contentés de regarder au nombre des pages. Et encore n’ont-ils pas vu une erreur de typographie qui a fait donner à l’édition de 1543 cent pages de moins ; en outre, l’édition de
TDRNER. 1
1555 est imprimée en caractères plus gros. Sauf trois figures explicalivesetquelqucsplanchesdpminimeimportance(p.560, 588,674), ce sont les mêmes bois qui ont servi à la 2' édition ; aussi quelques-uns manquent-ils de la netteté première. En revanche, l’impression du texte est splendide. Haller a dit avec raison (Meth. stud. med., 1751, p. 271) : « Hinc qui utramque editionem sib'i comparare possit; sccundæ textum et tabulas primæ considéré deberet. »
Le portrait de Vésale à mi-corps est pareil. Le frontispice n’a subi que de légères modifications. L’homme de la fenêtre à gauche est vêtu. Le squelette tient une faux au' lieu d’une houlette. Deux bêtes au lieu d’une sont introduites à droite. Le manteau du personnage debout à côté n’a plus de festons. Le privilège {cum Cœsâreæ Maiest. Galliarum Regix, ac Senatus Veneti gratia et privilegio, ut in diplomatis eorundem continetur) n’est plus écrit dans un cadre, mais sur une planche à vivisections. Le monogramme qui dési¬ gnait Jean Oporin, a été supprimé; il était devenu inutile, puisqu’on a ajouté au bas du frontispice : Basileæ, per loANNEM Oporinvm. En somme, l’ordonnance du dessin (une leçon d’anatomie) est la même. C’est une copie moins bonne, à mon avis, que l’original. Au centre est Vésale, la tête un peu plus de face. La manche droite du/êt > ment est collante. Le cadavre et les objets qui sont sur la table devant lui présen¬ tent aussi de très-légères modifications. L’écusson des belettes est plus grand. Le titre ; Andreæ Vesalii Brüxellensis, invictissimi Câroli V imperatoris medici, de humani corporis fabrica libri septem (André Vésale n’est plus professeur à l’école de médecine de Padoue). A la fin : Basileæ, exofficina Joannis Oporini, anno salutis per Christum partæ MDLV, mense Auguste. Puis la marque de l’imprimeur un peu modi¬ fiée aussi. Au-dessous de la devise : invia virtüti nulla est VIA, Arion avec sa lyre est remplacé par un homme debout qui joue du violon, un pied sur la terre, l’autre sur un dauphin en mer. Je ne suis pas de l’avis de L. Choulant (ouvr. cité), qui trouve souvent l’impression des gravures de cette édition plus belle et plus vigoureuse. Sauf le texte, elle est certaine¬ ment inférieure à la première édition de 1543, qui est bien autrement précieuse. Les lettres illustrées surtout sont loin d’être aussi belles. Les quatre grandes initiales O, T, Q, I, ont été conservées et permettent la comparaison avec un grand V, qui a été ajouté avec une composition nouvelle (Marsyas attaché à un arbre et écorché vif). Toutes les autres petites lettres, dessinées sans doute par le même artiste qui
a fait le grand V, présentent les mêmes sujets, mais bien moins heureusement traités.
Cette édition de 1555 a été reproduite en 1568 à Venise avec le même titre, apud Franciscum Franciscium Senensem et Johannem Criegher Germanum, en un moindre format et avec des caractères plus fins. C’est un petit in-folio de 510 pages, très-soigné, sans frontispice et sans portrait. Les gravures sur bois sont malheureusement réduites à de plus petites dimensions, mais néanmoins fort belles. Dans sa dédi¬ cace (c Antonio Monticatino, doctori in Ferrariensi gym- nasio clariss. », François de Franciscis, imprimeur à Sienne, dit qu’il a ainsi rapetissé le volume énorme de Vésale pour la commodité des étudiants, «studiosorum gratia, eorum præsertimquibusres domi est angustior. Porro icônes exculpsit Joannes Criegher Poraeranus, juvenis diligentissiraus. Caetera vero quantis studiis et quantis nostris sumptibus confecta sint, incredibile est; sed arduunri tamen hoc opus... Venetiis, XV cal. Februarii, M. D. LXVIII (24 janvier 1568)». Suivant L. Choulant, Criegher serait Kruger. Pourquoi?
Les mêmes bois ont servi à une deuxième édition, Venise, 1604, chez Jocm. Anton, et Jac. de Franciscis, les fils du précédent libraire. Quoique répondant page par page à la précédente, elle a été imprimée de nouveau. On y a ajouté
avec un titre à part : « Universa antiquorum Anatome . et
Rufo Ephesio tribus tabellis (tableaux, et non pas figures) expli- cata per Fabium Paulinum, ut et fragmentum Sorani de Matrice. »
Saufletextedu Grand ouvraged’ anatomie publié, sansfigurès, à Lyon, chez J. Tornœsius, 2 vol. in-16 1552; à Francfort, 1604 et 1632, in-4, et de l’Epitome àParis, chez André Wechel, 1560, in-8, Wittemberg, 1582, in-8, il n’y a pas d’autres éditionsrégulièresdes œuvres anatomiques de Vésale jusqu’aux Opéra omnia Vesalii de Boerhaave et Albinus, Leyde, 1725, deux grands in-folios où se trouvent, exactement gravées sur cuivre par Wandélaer, toutes les planches du Graad ouvrage et de l’Epitome. Le frontispice et le portrait à mi-corps (par trop modifié) sont loin de valoir les gravures sur bois origi¬ nales.
Je ferai remarquer en passant que les Opéra omnia Vesalii ne contiennent pas le Commentaire 'sur le neuvième livre de Rhazes (1537), ni la lettre sur la saignée au bras droit dans la douleur pleurétique (1539). Par contre, on y a ajoute les observations anatomiques de G. Falloppe pour la réponse de Vésale. (Anatomicorum observationum examen.)
LES CONTREFAÇONS OU IMITATIONS.
Toutes les autres publications où se trouvent les planches de Vésale sont des contrefaçons, des compilations où les éditeurs se sont plu à déformer ses œuvres sans trop chercher à dissimuler leur fraude.
Thomas Gemini. — La première contrefaçon, la plus célèbre, qui a donné lieu dans la suite à un grand nombre d’imita¬ tions, est celle de Thomas Gemini. Elle a paru en 1545, deux ans après l’apparition du Grand ouvrage d’anatomie et de l’Epi- tome. Compendiosa totius anatomiæ delineaiio œre exarata, per Thomam Geminum, Londini. Ce titre est au bas d’un grand frontispice assez compliqué ayant au milieu les armes d’An¬ gleterre entourées de figures allégoriques, entre autres : Victoria, Justifia, Prudentia. A la fin du volume : Londini^ in officina Joannis Herfordie, anno Domini 1545, mense octobri, in-folio composé de 44 feuillets imprimés des deux côtés et de 40 planches, ce qui fait, avec le frontispice, 85 feuillets sans pagination.
Le texte comprend d’abord la dédicace : Serenissimo in- victissimoque Angliœ, Franciæ et Hiberniæ (Irlande) Régi, Henrico octave, fidei defensori, suœque Ecclesiæ Anglicanæ simul et Hiberniæ sub Christo,capitisupremo, signée Thomas Geminus Lysensis. Cette anatomie est son œuvre, primam meam fœturam, dit-il. Cependant pour tes planches il a suivi (copié) André Vésale de Brüxelles, l’homme le plus habile en cet art à son époque ; mais s’il l’a suivi, il Ta atteint par un chemin de traverse. Secutusvero ilium sum, et plane (ni me fallit opinio) assecutus sum; sed per transver sam semitam. Ce que Vésale avait mis assez confusément dans d’énormes livres, il l’a résumé dans un volume beaucoup plus commode pour les étudiants, et quoique d’un prix incomparablement moins élevé, son ouvrage contient cepen¬ dant, comme l’autre, toute l’anatomie. Le compilateur anglais a pris, en effet, un chemin très-court. D’abord le texte de l’Epitome avec les deux figures nues de l’homme et de la femme, un chapitre du Grand ouvrage sur le nombre des os, é Brevis enumeratio uniVqrsorum corporis ossium » (éd. 1543, p. 162, ch. XL, De ossium numéro, dont on a supprimé les deux premières phrases , puis 39 planches exactement co¬ piées .sur celles du Grand ouvrage, dont il a reproduit aussi exactement les explications. Voilà le procédé du graveur
Gemini, qui se serait fait aider par Nieholas Udall (1) et d’autres, car il ne savait ni l’anatomie, ni le latin, ni même l’anglais ; sauf l’arrangement, quelques notes et la dédicace, tout a été pris dans le Grand livre d’anatomie de Yésale et son Epitome.
Les figures nues de l’homme et de la femme, réduites de 43 à un peu moins de 34 centimètres, ont subi une légère modification. Représentant pour Vésale les parties extérieures du corps, ces deux figures personnifient pour les artistes la Force et la Beauté, Hercule et Vénus. Thomas Gemini les a transformées en Adam et Eve. Pour qu’on ne pût s’y tromper, à la place de la tête que l’homme de Vésale tenait dans la main gauche, il a mis une pomme, et du crâne qui était à terre il a fait sortir un serpent.
Qu’on me permette de mentionner ici une dernière trans¬ formation de ces deux figures de l’Epitome de Vésale; on peut la voir dans l’ouvrage de François-Michel Disdier, maître ès arts en chirurgie, démonstrateur en anatomie et autres matières chirurgicales, etc., avec ce titre : Exposition exacte des tableaux anatomiques en taille douce des différentes
parties du corps humain . , 1758, encadré dans un joli
frontispice de F. Boucher. Voici d’abord le texte : « Expli¬ cation de la planche première. Dans le dessein que nous avons formé de présenter au public un ouvrage qui a pour objet la connaissance des parties du corps humain, nous pensons ne pouvoir mieux le commencer qu’en exposant sous les yeux des curieux la représentation de nos premiers parents tels qu’ils étaient aussitôt après leur prévarication, car comme les différentes maladies qu’ils essuyèrent pendant le cours de leur vie, et auxquelles nous sommes nous-mêmes exposés pendant celui de la nôtre, doivent leur source funeste à cette première désobéissance aux ordres de l’Etre suprême, nous sommes, par une malheureuse suite, dans la nécessité indispensable de nous appliquer à l’étude de l’anatomie, afin de pouvoir combattre victorieusement les différentes indispo¬ sitions qui nous surviennent; aussi nous croyons qu’il est à propos de commencer ce travail par l’examen des premiers auteurs qui nous y ont assujettis.
» La première figure représente Adam déplorant la perte de son innocence, tenant e’ncore dans la main gauche le reste
(1) L’auteur de Ralph Royster Doyster, la plus ancienne -comédie anglaise connue Ou suppose qu’elle a été composée en 15i0 et imprimée pom- la première fois en
de la funeste pomme que lui donna sa compagne, et ayant voilé ses parties génitales avec les feuilles de figuier.
» La seconde figure représente Eve dans l’état de confusion où la réduisit son péché, tenant s'a main droite sur le lieu que la pudeur oblige naturellement de cacher. La description des parties extérieures du corps humain devant avoir lieu dans une autre figure, nous nous sommes dispensés de la placer ici, en faisant néanmoins observer qu’on n’apercevra aucune trace de V ombilic dans ces deux sujets, parce que cette partie étant le résultat de la ligature du cordon ombilical lors de la naissance de l’enfant, nos premiers pères n’ayant point été soumis à cette opération de chirurgie, puisqu’ils ont été créés d’une autre manière que le reste des hommes, ne doivent point avoir de nombril. »
La planche est signée : Natoire invenit. Vasseur sculps. C’est l’homme et la femme de l'Epitome, déjà transformés en Adam et Eve par Gemini, qui ont servi de modèles. Ils sont de moindre dimension. Le bras de la femme, étendu comme dans le modèle, n’aurait pu rentrer dans le cadre; l’artiste a dû le placer autrement, la face dorsale de la main contre le corps; aussi est-il trop court et d’un dessin sensiblement plus mauvais que le reste. Le tout est arrangé au goût de l’époque et l’ensemble ne manque pas de grâce. Les cheveux, allongés, tombent en boucles sur les épaules. La feuille de figuier est à sa place. La pomme et le serpent comme dans Gemini. Les ombilics ont été supprimés pour se conformer à l’idée de Disdier, qui, j’ai à peine besoin de le dire, ne parle pas de Vésale.
Les 39 planches de Gemini, avec leurs explications copiées dans le Grand ouvrage d’anatomie, ne sont pas divisées en sept livres, mais elles se suivent dans le même ordre. Du livre I" (os et cartilages) on n’a conservé que les trois squelettes; on a omis maladroitement les figures de tous les os isolés, qui pouvaient si bien servir aux études, ainsi que les ongles, Los hyoïde, les cartilages du larynx et de la trachée. Les figures des autres livres ont été reproduites intégralement. Ainsi, livre II, les quatorze grandes planches de muscles, une planche démuselés isolés, une autre planche comprenant les muscles du larynx et les muscles du pénis. (Cette deuxième partie de la planche est inversée ) — Livre III, cinq planches du système vasculaire, la dernière se trouve aussi dans l’Epitome, elle est réduite, comme les autres, aux dimensions des figures du Grand ouvrage. — A partir du livre IV, les figures ont les mêmes numéros que dans Vésale. Trois planches des nerfs
i à VIII (la dernière est la planche des nerfs de l'Epitoine). — Le livre V, organes de la digestion et annexes; reins I à XXII ; la planche des organes génitaux de la femme est à part, I à IX. — Livre VI, les poumons et le cœur forment une seule planche I à XIII. — Livre VII, les planches du cerveau avec le crâne et les osselets de l’ouïe sont réparties en quatre pages 1, 2, 3, 4, mais les numéros I à XXIIII sont placés ])ar erreur sur deux rangs, ainsi que l’explique une note. Eniin, une dernière planche donne les figures de l’œil I à XIX ; on y a ajouté le cochon lié sur la planche à vivisections qui se trouve à la fin du livre VII et la table avec les instruments de dissection qui termine le premier livre.
Ces détails minutieux étaient indispensables pour bien faire connaître la compilation de Th. Gemini, dont on a fait des imitations ou des copies en Allemagne et en France.
• Les planches de Gemini, gravées sur cuivre, sont d’ailleurs très-belles, très-nettes et très-exactes, de 4 à 5 millimètres seulement moins grandes que celtes du Grand ouvrage, 33 centimèt. Aussi Vésale croit-il devoir se plaindre seulement de la réduction fâcheuse des figures de l’Epitonaej qui avaient 43 centimètres. « Comme récemment en Angleterre, où les figures de mon Epitome ont été si mat reproduites sur cuivre qu’il n’a pu venir à l’idée de personne qu’elles étaient de moi; car pour ne parler que des vaisseaux sanguins, ils ont été à ce point obscurcis qu’on ne se douterait pas du soin que j’ai mis à les faire représenter. Ajoutez qu’en Angleterre tout a été ridiculement diminué outre mesure, et l’on sait pourtant que les figures de cette sorte ne sont jamais assez grandes. Je m’étonne que ces ineptes imitateurs n’aient pas tenu compte de ce que j’avais dit dans les privilèges et les diplômes qui m’avaient été octroyés : que je préférais mettre mes planches â la disposition des typographes plutôt que de les voir reproduire si peu fidèlement..... Et l’on s’imagine que les éditions nouvelles sont d’autant meilleures qu’elles sont décorées parleurs auteurs des titres les plus pompeux. Si les dieux ne m’abandonnent pas, je promets d’employer tous les moyens possibles pour réduire à néant ces imitateurs maladroits et tous ceux qui ont l’habitude de se servir des travaux des autres parce qu’ils sont incapables de rien faire
de nouveau . » C’est ainsi que finit la lettre sur la racine
de squine, datée de Ratisbonne, ides de juin 1546. Lj frère de Vésale, François, qui fait imprimer cette lettre à Bâle répète la même chose dans sa dédicace au grand-duc it Toscane Côme de Médicis.
Quoi qu’il en soit, la création de Gemini, prise tout entière, texte et figures, dans les livres de Vésale, eut une grande vogue.
En 1552, une deuxième édition parut à Londres : c’est la traduction en anglais de la précédente par Nicholas Udall. Sur le frontispice, on a substitué le portrait d’Edouard VI aux armes d’Angleterre. Dans la troisième édition, 1559, printed at London Within the Blac Friars, by Thomas Gemini, le portrait de la reine Elisabeth a remplacé celui d’Edouard VI. Ce serait le plus ancien portrait gravé de cette reine. Il se trouve dans le IV® volume des Typographical antiquities de Dibdin, p. 538.
La première imitation de Gemini est celle de Jacques Bawman de Zurich, imprimée à Nuremberg par Jules-Paul Fabricius au mois d’août 1551, in-folio en langue allemande, caractères gothiques. L’exemplaire de la Bibliothèque natio¬ nale a quelques figures en moins.
Anatomia Deutsch. Fin hurtze Auszug, etc, (Court extrait de la description de tous les membres du corps humain tiré des livres du très-savant docteur André Vésale, de Bruxelles, premier médecin de Sa Majesté rom. imp., avec des figures et leur explication, traduit en faveur des ama¬ teurs de cet art qui ont le désir d’étudier l’inexprimable mer¬ veille de Dieu dans la nature et particulièrement pour les chirurgiens de la nation allemande). Au-dessous l’aigle noir à deux têtes d’Allemagne avec un écusson portant les armes de la ville de Nuremberg, et au bas delà page : Gedruckt zu Nürnherg bey Jul. Paul. Fabricio, menée Augusto 1551.
La dédicace au bourgmestre de la ville de Nuremberg est signée Jacob Bawman, Wundarzt (chirurgien). Le texte et les explications remplissent 78 feuillets : les parties semblables et dissemblables; le texte de l’Epitome en 6 chapitres; la description des parties extérieures de l’homme et de la femme ; le nombre des os ; l’explication des 40 planches, qui sont exactement celles de Gemini, où l’on a remplacé la légende latine par une légende allemande. Plus finement gravées peut-être, elles, sont remarquables par leur grande netteté. La planche des muscles du pénis, inversée dans Gemini, est redressée ici.
Une 2® édition du même ouvrage, publiée en 1575 avec ce titre : Anatomia, das ist Fin kurtze Mare Beschreybung, etc. (.Anatomie, ou courte, claire description du corps humain, tirée des livres du savant docteur André Vésale, de nouveau publiée en langue allemandepar Jacques Bowman, chirurgien
de Zurich), In Truck verfertiget, contenant 80 feuillets im¬ primés et 40 gravures tirées sur les planches précédentes, ne nous est pas connue.
Je devrais placer ici l’Anatomie de Valverde, parue en 1556, mais j’y reviendrai. Je continue les imitations de Gemini :
Analomes totius ære insculpta delineatio, cui addita est Epitome innumeris mendis repurgata, quam de corporis humani fabrica conscripsit clariss. And. Vesalius; Eique accessit partium corporis tum simpliciumtum compositarum brevis elucidatio per Jacobum Grevinum, Claromontanum, Bellovacum, medicum Paris. Lutetiæ Parisiorum apud AndreaniWechelum,sub Pegaso, in vico Bellovaco, M.D.LXV. In-folio de 52 feuillets, sans compter ceux du titre et de la dédicace. Le verso du titre est couvert d’une belle composition représentant les armes du héros de la dédicace, Philippe de Boulainvilliers-Dammartin, comte de Courtenay et de Fâucam- herge. L’écusson est soutenu par deux hommes couverts de poils. En bas, sur fond noir dans un cadre, l’inscription : Sœpe manent suprema cadentes, ayant de chaque côté des # couronnés.
Le typographe André Wechel, « qui s’est promis de ne jamais manquer l’occasion d’être utile au public, rappelle la supériorité des livres d’anatomie de Yésale, où se trouvent décrites avec soin les parties les plus menues qui avaient été passées sous silence par les anciens, et il ajoute que les graveurs se sont plu à reproduire des planches dont l’origine n’est pas douteuse ; dès qu’il les a eues dans les mains, il a cru devoir satisfaire l’impatience générale en les ajoutant au texte de l’Epitome, qui avait paru si plein de fautes dans les dernières années, et que le très-savant médecin Jacques Grévin avait bien voulu corriger et augmenter de quelques annotations. » C’est tout simplement le livre de Thomas Gemini annoté par J. Grévin pour Wechel. Les figures, en effet, sont absolument pareilles et disposées dans le même ordre, avec la légende latine ; mais elles sont moins nettes, d’un dessin plus mou. En revanche, l’impression du livre est meilleure. Le texte ancien est en lettres italiques ; les notes de Grévin, après chaque chapitre de l’Epitome, en petits ca¬ ractères romains ; au feuillet 50, on a ajouté les explications qui avaient été omises dans Gemini pour quelques os du crâne et les osselets de l’ouïe. Le livre se termine par : « JacobiGrevini, Claromontani, Bell., medici Paris, âd partium compositarum delineationes expositio, de hominis pro- creatione » , aussi en petits caractères romains.
Eli 1569, le même ouvrage paraît en français : Les portraicls anatomiques de toutes les parties du corps humain, gravez en taille douce, par le commandement de feu Henry huictième, roid" Angleterre. Ensemble l'abrégé d'André Vésale et l' expli¬ cation d'iceux, accompagnée d'une déclaration anatomique par Jacques Grévin, de Clermont en Beauvoisis, médecin de Paris. A Paris, chez André Wechel, M.D.LXIX. In-folio de 106 pages, sans compter le titre et l’avertissement au lecteur. Ce*^ sont les mêmes cuivi’es qui ont servi à l’impres- siou des planches, souvent un peu effacées. Le contenu du livre est toujours le même. Après l’avertissement de J. Grévin au lecteur sur les noms français imposés à quelques parties du corps humain, sorte de dictionnaire fort curieux, se trouve la traduction de l’Epitome d’André Yésale, justement appelé abrégé ; à la page 19, la hrefve déclaration des parties du corps humain, tantsimplesque composées, avec une préface et 12 cha¬ pitres dontle dernier a pour titre : De la procréation de l’homme, se compose des annotations de l’édition précédente traduites en français. Après son explication anatomique, Grévin a dressé un tableau original, page 28, qui reflète les théo¬ ries médicales de l’époque, « Méthodique division et dénom¬ brement de toutes les parties du corps humain. » Yientensuite la première figure, qui représente les parties extérieures tant de l’homme que de la femme (Adam et Eve de Gemini); page 29 € les noms des parties extérieures du corps, lesquelles appa¬ raissent sans aucune decouppeure (dissection) î>, et à la fin de la page 30 «bref dénombrement de tous les os du corps », l’un et l’autre traduits de Vésale. Enfin, les planches avec « l’explication des charactères marquez en chaque figure » ; page 106, «à Paris, de l’imprimerie d’André Wéchel, rüe S.-Jean-de-Beauvais, au Cheval Volant. »
Une autre imitation de la compilation de Gemini parut en - 1601 à Cologne : c’est celle d’Henricus Botterus. Elle a un frontispice avec ce titre :Andreœ Vesalii Bruxellensis suorum de humani corporis fabrica lihrorum Epitome cum iconibus elegantissimis juxta Germanam authoris delineationem arti- ficiose jam pridem ex œre expressis : additis unicuique notis et indicibus alphabeticis, quibus philosophiæ ac medicinæ studiosi ad facilem et absolutam anatomes cognitionem tanqUam manu ducantur. Opus perinsigne, nunc primum in Germania renatum, hacque forma quam emendatissime editum anno 1600. A la base du frontispice : Coloniæ Ubiorum formis et expensis Joan. Buxmacheri et Georgii Mentingi.
Dans la lettre dédicatoire «amplissimis nobilibus, pru-
-4î-
dentissirais atque integerrimis viris ac D.D. consulibus ac scnatoribus, inclytæ, imperialis et hansealicæ civitatis Colo- niensis ad Rhenum..... Datum Coloniæ Agrippinæ, 7 calend. septemb., anno saluliferi partus 4600», signée « Henricus Botteras D., ac facultatis medicinæ pro tempore decanus», 011 voit qu’on avait fini par croire que Vésale lui-même avait joint à l’abrégé de ses livres les figures du Grand ouvrage. «Eosdem libres ipsemet in succinctam Epitomen non gra-
valius contraxit, ac magni operis tabulas sive figuras . ,
huic compendio subjunxit . » Cet opuscule, déjà publié
ailleurs, et non sans avantage pour ceux qui l’avaient copié, les exemplaires des éditions précédentes étant en grande partie épuisés, les héritiers de Hogenberg, chez nous, ont eotrepris de le mettre de nouveau sous presse ; et de même qu’ils avaient fait des cartes de géographie et de chorégraphié pour le grand monde, ils ont voulu montrer leur sollicitude envers les arts libéraux en représentant le microcosme, c’est- à-dire l’homme.
Après un « hexastichon ad studiosos » pour leur recom¬ mander son ouvrage, et un mauvais portrait de Vésale d’après l’estampe de 1542, le doyen H. Bolterus donne comme Gemini le texte de l’Epitome et la description des parties extérieures avec le fragment du chapitre xl du Grand ouvrage sur le nombre des os, puis le premier groupe des planches désignées par les lettres A, B, G, D, E, F, G, H, I, K, L, M, 0,-P, Q, R, S, T, V, X, Y, Z, suivi de l’explication des figures. Le deuxième groupe des planches, a, b, c, d, e, f, g, h, i, k, l, m, n, O, P, q, r, est à la fin du livre. La même marque se trouvait déjà sur les planches de Bawman, qui ont seulement la légende allemande. Celles-ci sont évidemment pareilles; on y a ajouté une légende latine, souvent gravée assez grossière¬ ment. Cet in-folio contient aussi 45 feuillets imprimés des deux côtés, et avec le frontispice, la dédicace et le portrait, 49 sans pagination. Les squelettes B et G sont sur le même feuillet; tous les autres feuillets des planches sont gravés d’un seul côté. Je possède un exemplaire de cette édition, qui manque dans les bibliothèques de Paris.
Sur la dernière page, avant la 2“ série des figures, on voit que l’ouvrage a été imprimé par Etienne Hemmerden de Cologne en 1601. Le frontispice et la lettre dédicatoire ont été faits l’année précédente.
Le même livre a été publié à Amsterdam en 1617, avec un titre un peu différent dans le même frontispice : Anatomia viri in hoc genere princip. Andreœ Vescilii Bruxellensis, in
qm Ma humani corporis fabrica, iconibus elegantissimis, juxta genuimm auctoris delineationem œre incisis, lectori
ob ocUÏos ponüur, additis, etc . Amstelodami excudelat
Joannes Janssonius, 1617. L’ovale qui contient ce titre est soutenu de chaque côté par un squelette vu de profil. Parmi les autres ornements au-dessus, un cochon et un singe, les animaux qu’on avait jusque-là disséqués le plus habituellement. Au-dessous, trois petits dessins, celui du milieu plus grand, empruntés très-probablement à des ouvrages d’anatomie an¬ térieurs. Tout est pareil, la lettre dédicatoire datée de 1600, le texte, les planches et même l’inscription de la fin : Coloniœ Agrippinœ typis, Stephani Eemmerden, anno M. DCl. Mais sur T2 on a mis XVII, pour transformer la date 1601 en 1617, ce qui pourrait faire supposer que Joannes Janssonius, dans l’édition d’Amsterdam, s’est servi du livre imprimé en 1601 et s’est contenté de faire graver un titre nouveau.
Enfin, en 1642, le même typographe publia une dernière édition du même livre, avec des annotations de Nicolas Fonteyn, médecin à Amsterdam. Un grand frontispice donne ce titre : Librorum Andreœ Vesalii Bruxellensis De humani corporis fabrica Epitome, curit annotationibus Nicolai Fontani Amstelœdamensis medici, sur une draperie soutenue par un corps nu à gauche, un squelette (mal dessiné) àdroite. En haut, les armes de Frédéric-Henri de Nassau. Au-dessous une leçon d’anatomie : cinq personnages autour d’un cadavre de femme, le ventre ouvert pour laisser voir les vaisseaux, les reins, les ovaires et l’utérus. En bas Amstelodami, apud Joannem. Janssonium, ch. h. cKUi.
La dédicace du médecin d’Amsterdam, datée du 10 septembre 1642, à très-haut prince Frédéric Henri de Nassau, prince d’Orange. général en chef de l’armée des provinces unies de Belgique, gouverneur de laFrise, de Groningue, Hollande, etc., dont le fils va épouser la fille du grand roi d’Angleterre Charles ?■•, est pleine de louanges. «Auriacus vivat felix, multosque per annos Imperet in Batavia. » Nicolas Fonteyn était un savant et un littérateur. Son « drama cercopithecium » est imprimé aussitôt après la dédicace. Dans l’avertissement au lecteur, il dit qu’il a cédé difficilement à la prière de J. Janssonius, qui lui demandait de joindre quelques annota¬ tions aux planches qu’il voulait imprimer de nouveau et dont les cuivres étaient évidemment en sa possession. Nous venons devoir qu’il avait déjà publié sous son nom, en 1617, le reste de l’édition de Cologne imprimée en 1601. Vient ensuite le mauvais portrait de Vésale d’après l’estampe de 1542. Onya
^upprimé les inscriptions du bord de la table et l’on a mis au-dessous ANDREÆ VESALJI, œt. 28.
Le texte latin de l’Epitome est accompagné des notes de Nicolas Fonteyn après chaque chapitre, comme dans l’édition de Wechel pour les notes de Grévin. On trouve dans ces notes trois figures nouvelles assez insignifiantes. Les parties exté¬ rieures et le nombre des os sont sans annotations. Les planches n’ont pas toutes conservé la légende allemande. On dirait celles de Bawman laissées par les héritiers de Hogenberg. Les explications des figures XXI, XXII, XXIII, XXIV pour les os de la tète, le sphénoïde et les osselets de l’ouïe, manquent comme dans l’édition première de Gemini.
En résumé, cette première contrefaçon des planches de Vésale n’a été reproduite que sous trois formes ; 1“ Gemini, Wechel, Grévin, avec légende latine ; 2“ Bawman, avec légende allemande ; 3“ Botteras, Janssonius et Nicolas Fontanus, avec légendes latine et allemande,
J. Yalverde. — La deuxième contrefaçon est celle de Valverde, qui écrivit sur l’anatomie après Vésale (1556). Le titre de son ouvrage est dans un beau frontispice Historia de la composicion del cuerpo humano, escrita per John de Valverde de Humasco. En bas : Impressapor Antonio Salamanca y Antonio Lafrerii, en Roma, anno deM.D.LVl. Au dos de cette feuille, le privilège du pape Paul IV, daté du 4 mai 1556.
La dédicace «Alillustriss. y reverendiss. S. Don Fray Poan de ïoledo, cardenal y arçobispo de Santiago, el dotor joan de Valverde, su raedico » , porte la date de Rome, 13 septembre 1554.
Après l’avertissement au lecteur, la table des chapitres et la table des matières, dont l’ensemble forme 12 feuillets non numérotés, le texte de l’ouvrage comprend 106 feuillets. Il est divisé en 7 livres, comme celui de Vésale, dont on a conservé les titres mais qu’on a cru devoir mettre dans un ordre diffé¬ rent. Les vaisseaux et les nerfs sont à la fin. Pour les planches avec leurs explications, elles forment ensemble 60 feuillets et sont placées par groupes à la fin de chaque livre correspondant. « Quand il publia les planches de Vésale qu’il avait fait graver en cuivre à Rome par Gaspard Bezerra, l’artiste le plus habile de son temps, il fit quelques additions aux descriptions de cet auteur et il ajouta à ses planches quatre figures nouvelles. La première marque la direction et le cours des fibres qui composent les muscles de l’extérieur du corps; la seconde représente une femme grosse; la troi-
sième et la quatrième indiquent toutes les veines qui se trouvent à la surface externe du corps humain. Tout ce que Ton peut dire à l’avantage de Valverde, c’est que si ses travaux sont louables dans le fond, ils ne suffisent cependant pas pour lui assigner une place parmi les anatomistes de premier rang» (Eloy, Dict. hist. de la méd. anc. et mod., 1778, 2' édit.). Je vais revenir sur cette citation. ’
Les planches qui seules nous intéressent ici sont au nombre de 42. On s’est servi pour les faire de la contrefaçon de Gemini on de l’imitation de Bawman, ce qui est tout un. On en a supprimé quelques-unes, ajouté d’autres et modifié légèrement un plus grand nombre. Toutes sont réduites de 33 centimètres 5 millimètres à 23 centimètres : elles sont, par conséquent, beaucoup trop petites; mais de là est venu leur succès, parce qu’elles ont pu entrer dans des livres d’un petit format. Celles de Gemini, faites pour les grands in-folio, n’ont dû leur vogue qu’à leur beauté, c’est-à-dire leur res¬ semblance avec les planches originales de Vésale.
Dans les planches de ’Valverde, on ne retrouve plus les figures nues de l’homme et de la femme, ou d’Adam et Eve, tirées de l’Epitome.Le livre P”' contient 7 planches. Les trois squelettes de face, de profil et de dos (le premier présente une incurvation de la colonne lombaire qui le fait partout reconnaître), sont inversés sans inconvénient, comme toutes les figures des organes qui sont symétriques. Les asymétri¬ ques ont été forcément redressés. Les planches 4, 5, 6 (os séparés de Vésale) et la planche 7. (cartilages du larynx, de la trachée et des bronches) sont nouvelles, c’est-à-dire qu’elles ne se trouvent pas dans Gemini. Les 16 planches de mus¬ cles du livre II sont les mêmes, sauf la première, et encore on voit qu’on a eu recours à la 3® planche des muscles pour la dessiner. C’est une figure à effet. Elle représente un écor¬ ché tenant sa peau, qui a été enlevée d’une seule pièce, dans la main droite, et un couteau dans la main gauche. Pour quel¬ ques autres, de légères modifications. Elles sont toutes in¬ versées, excepté la 15'. Dans la 16', les muscles du pénis, in¬ versés dans Gemini, ont repris la position normale, tandis que les figures du larynx de lamêrae planche ont fait le contraire. Le IIP livre reproduit les 5 planches de Gemini. Ce sont en général des torses pour montrer les organes de l’abdomen. Ces organes ont été copiés, mais on a ajouté par ci par là des têtes, des bras, des espèces de vêtements romains. Ici se trouve une 6® planche qui est réellement nouvelle, c’est la femme grosse dont parle Eloy, un Corps de femme nu dans
l’attitude de la Vénus marine. En bas les enveloppes du fœtus qui appartenaient à la planche précédente dans Gemini. Il îiut noter cependant que ces quatre petites figures de Gemini avaient été prises dans l’édition de 1543 de Vésale, et que celles de Yalverde ont été empruntées à l’édition de 1555. La planche unique du livre IV est aussi celle de Gemini ; seulement^ des deux premières figures l’une a été redressée et on lui a donné des bras pour fouiller dans la poitrine de t’aut!’e, qui est restée dans la position horizontale. Les
2 planches du livre V contiennent les cerveaux, qui occupent
3 planches et demie; aussi ces figures sont-elles infiniment trop petites. 1”“ planche: fig. 1, 2, 3, 4, 5, 6. 2“ planche : 7, 8, IX, X, XI, XII, XIII, XIV, XV, XVI, XVII, XVIII, XIX ; il a supprimé avec raison XX, XXI, XXII, XXIII, XXIV, qui se trouvent ailleurs. La 3® planche de ce livre, les figures de l’œil, le cochon, la table avec les instruments, est pareille. Dans les trois planches du livre précédent, les figures sont toutes inversées. Elles ne peuvent plus l’être dans le livre VI, qui donne exactement en quatre planches les cinq planches de Gemini; elles sont précédées d’une planche propre à Valverde, où sont représentées d’une façon absolument fan¬ taisiste les veines superficielles dans deux figures que j’appel¬ lerais volontiers les arlequins, à cause de leurs poses. Enfin, dans le VIP livre, les planches des nerfs sont absolument pareilles: les trois dernières sont inversées.
Ainsi, excepté la première, toutes les planches de Gemini ont été reproduites par Valverde. Son ouvrage contient 6 planches différentes. Mais 2 seules ne sont pas dans Vésale, la Vénus marine (la femme grosse) et les 2 arlequins (les veines superficielles). Les 4 autres sont les os séparés et les cartilages, qui n’avaient pas été représentés par Gemini. En somme, 42 planches (7 _+ 16 6 -j- 1 -j- 3 -j- 5-4-4
= 42). Le texte est bien imprimé avec de belles lettres illus¬ trées, grandes et petites. A- la fin : Imprimiose la présente obra en Roma, en casa- de Antonio Blado, impresor de Su Santidad. Anna de M. D. LVI. Puis une page AErrata.
Ces planches ont été tirées à part avec ce titre dans le même frontispice : Compendio de la anatomia hécho por Joan de Valverde, dirigado al Illustriss. S. don Frai Joan de Toledo, C. de Santiago (s. 1. n. d.). Cabinet des estampes, à la Bibliothèque nationale.
Les mêmes planches se retrouvent dans la traduction en langue italienne de l’ouvrage de Valverde parue en 1559, petit in-folio dontle titre, Anatomiadel corpo humano compostaper
— —
ül, Giovan Valverde, de Humasco, et da luy con moite figure di rame, et eruditi discorsi in luce emendata in Roma per Ant. Salamanca et Antonio Lafreri, 1560, est contenu dans l’ovale d’un frontispice que soutiennent deux squelettes de profil; parmi les ornements on remarque en haut un singe à gauche, un cochon à droite; au-dessous une leçon d’anatomie, et de chaque côté un petit dessin analogue, qui semblent em¬ pruntés à un ouvrage plus ancien. Nous avons vu que H. Bot- terus , dans l’édition de Cologne (1 601 ), avait reprodui t ce fron¬ tispice inversé et agrandi, porté de 25 à 83 centimètres. Dans la dédicace alla S. G. R. Maesta del ReFilippo, et datée de Rome le 20 mai 1559, Valverde nous apprend qu’il s’est fait aider par son jeune élève Antonio Tabo da Albenga. On com¬ prend qu’il n’ait pas fait faire une traduction latine, car on avait déjà l’ouvrage de Vésale et celui de son maître Real- dus Colombus, qui venait de paraître.
L’exemplaire de la Bibliothèque nationale, qui a appartenu àFalconet, est magnifiquement imprimé sur un beau papier. Les lettres illustrées, plus rares, sont aussi fort belles. Les figures, peut-être moins énergiques, sont plus claires et par¬ tant tout aussi bonnes^ A la fin, on lit : In Vinegia, appresso Nicolo Bevilacqua, Trentino.
En 1607 la vogue de cet ouvrage n’était pas éteinte, puisque Michael Columbus en donna une traduction latine qui fut imprimée à Venise par les Junta, afin qu’elle pût se réppdre chez les nations étrangères : « in externarum potissimum gentium gratiam ». Nous verrons tout à l’heure que les plan¬ ches ont été fort peu réussies. Dans l’ovale d’un frontispice pareil au précédent est le titre : Anatome corporis humani, autore Joanne Valverdo, nunc primum a Michaele Columbo latine reddita, et additis novis aliquot tahulis exornata. Dans la moitié inférieure de l’ovale est une marque d’impri- meuravecles lettres L. A.(l), et au-dessous une vuede Venise. Sur la bordure du frontispice, en bas: «Venetiis, studio et industria lUNTARUM. M. D. G. VII », et en dehors : « Cum licentia et privilegiis. » Grand in-folio de 340 pages.
La dédicace ; « serenissimo Sabâudiæ duci » , etc. (Charles- Emmanuel, surnommé le Grand), est signée : « Michael Columbus Gentallensis medicus et philosophus. »
Ce duc de Savoie, Charles-Emmanuel, surnommé le Grand (1562-1636), étaitfils d’Emmanuel-Philibert, qui avait épousé en 1559 Marguerite de France, fille de François 1", morte en
i, L’ancienriè marque do Luc Antoine Junta.
1574. Charles-Emmanuel avait épousé en 1585 Catherine d’Au¬ triche, fille de Philippe II et d’Elisabeth de France, sa troisième femme, morte en couches à trente ans, en 1597. Leur fils Victor-Amédée (1587-1537) épousa, en 1619, Christine de France, fille de Henri IV, morte en 4663. C’était madame Royale, pendant la minorité de ses deux fils jusqu’en 1648. Charles-Emmanuel était savant, ami des ' gens de lettres, et parlait le français, l’espagnol et l’italien.
Après une préface où il est beaucoup parlé de Galien et pas du tout de Vésale, on a mis un portrait de Joannès Valverdus Hispanicus signé NB., comme les 4' et 5® pl. de muscles des éditions espagnole et latine.
Les planches de ce livre sont très-défectueuses. Les quatre nouvelles, assez mauvaises, représentent des muscles (p. 172, 173, 175, 177); les autres sont les planches de Valverde si maladroitement inversées que dans la figure de la veine porte, par exemple, la rate se trouve à droite; dans celle des veines caves, ces vaisseaux se trouvent à gauche; dans celle de la grande artère, la crosse de l’aorte est à droite ; dans la der¬ nière, le cœur est à droite, le foie à gauche et les autres rganes séparés en sens opposé aussi de ce qu’ils devraient être. La figure première -des muscles n’a rien perdu de son air tragique dans cette inversion générale, au contraire; le poignard se trouve dans la main droite et la peau est ' soulevée par la main gauche. L’impression du texte est très- belle. A la fin ; « Venetiis apud Juntas, M.D.G.VII. »
Dans le temps où André Wechel publiait à Paris, en i 565, une imitation des planches de Gemini, Christophe P lantin à Anvers, s’occupait d’une imitation des planches de Valverde, Vivæ imagines partium corporis humani œreis formis expressce. Antverpiæ. Ce titre est dans un frontispice très- orné, fort bien gravé sur cuivre. En haut on lit : «. Dominus mihi adjutor» ; en bas, la devise : « Labore etconstantia » ; du côté gauche, un homme (Adam) tenant une pomme dans la , main droite; de l’autre côté, une femme (Ève), avec une longue chevelure; dans la partie inférieure de ce frontispice (il manque dans l’exemplaire de la Bibliothèque nationale, mais il existe dans celui de la* Bibliothèque Mazarine, n® 4442) : « apüd Christophorum Plantinum, anno MLLXV » . Petit in-folio dont la dédicace «Clarissimo prudentissimoque Senatui Antverpiano » est datée d’Anvers, mars 1565, et est signée; «Civis atque cliens vesler, Christophorus Plantinus».. Il cite Valverde et ensuite Vésale, qu’on ne peut dépasser pour les planches anatomiques.
TURNER. . 2
Après l’avis « Artis raedicinæ studiosis » viennent les planches de Valverde, divisées en 7 livres avec leurs expli¬ cations traduites en latin, explications d’ailleurs fort peu différentes de celles de Vésale.
Les 42 planches de Valverde sont copiées, mais elles ont été gravées de nouveau. Quelques-unes sont malheureusement inversées, ce qui a eu le grave inconvénient, pour les plan¬ ches III et IV du livre VI, de mettre la rate et l’aorte à droite. Les planches I du même livre et IV du livre VII ont pu être transposées sans produire un changement aussi fâcheux. En tout, 153 pages. Plantin donne ensuite le texte de l’Epitome de Vésale, avec la description des parties extérieures et le fragment sur le nombre des os que nous avons déjà vu dans les livres de Gemini et de Wechel; puis «Jacobi GreviniClaro- montani Bell, medici Paris, partium corporis tum simplicium tum compcsitarum brevis elucidatio», qui se termine par le xiP chapitre, « De hominis procreatione » , et enfin le tableau de Grévin, qui résume toutes les parties du corps humain. C’est une nouvelle forme de l’Epitome de Vésale où les plan¬ ches de Valverde ont remplacé celles de Gemini. Le livre de G. Plantin est composé des planches de Valverde et du texte del’édition de Wechel annotée par Grévin. Eloy {Dict. , IV® vol.), qui parle de cet ouvrage à propos de la bibliographie d’André Vésale, dit que « c’est Christophe Plantin, célèbre imprimeur d’Anvers, qui a fait graver les planches dont cette édition est ornée. On y a- mis le plus grand soin et la plus grande exacti¬ tude pour les bien rendre; mais le montant de la dépense surpassait la fortune de Plantin, qui aurait été arrêté au milieu de l’ouvrage si le magistrat de la ville d’Anvers ne lui eut donné des secours en argent pour l’achever. » Pour moi, il est douteux que la copie toute simple des planches de Val¬ verde ait coûté si cher. On ne s’est pas même donné la peine de refaire les planches si malheureusement inversées. Le privilège de S. M. I. Maximilien II, placé à la fin du livre, est daté de Bruxelles, le 28 janvier 1565.
Trois ans après, Plantin donnait une nouvelle édition du même livre en langue néerlandaise ; Anatomie, oft Levense brelden Vande dulen dès menschelulcen lichaems, met de Verclarnighe van dien, inde neder duytsche spraecke. TAntverpen. Ce titre est dans un frontispice semblable au pré¬ cédent, au bas duquel se trouve : By Christoffel Plantün, M.D.LXVJII (petit in-fol. de 197 pages, magnifiquement imprinié, qui se trouve à la Bibliothèque nationale). La dédi¬ cace « à très-lionorable, vertueux et prudent seigneur Gérard
Grammay, seigneur de Sgrevenwegel, trésorier des Etats pour le laid de guerres», est en français: ce qui ferait croire à la vérité de celte allégation de Balzac que Pianlin ne savait pas le latin. Il écrit là dans sa langue maternelle, car il était né près de Tours, à Saint-Avertin, en 1514. Après être resté quelque temps en France, il avait été s’établir à Anvers en 1550, où il était devenu architypographe du roi d’Espagne, Philippe IL II y mourut en 1589. Dans cette longue dédicace, à propos « de lafabrique du corps humain et de ceux qui nous ont donné la description d’icelle», il dit : « D’entre ceux de notre temps, Vésalius est célèbre devant tous autres, tant pour son expérience que pour avoir été le
premier qui, à bon escient, y a mis la main . Il s’en est
après trouvé d’autres qui, regardant soigneusement les pre¬ miers pourtraicts et descriptions, y ont amendé et déclaré beaucoup d’articles nécessaires. Or, les plus savants m’ayant, passé quelques années, affirmé que Valverde y avait le mieux besongné, je fis tailler les figures en cuivre et traduire en latin l’explication d’icelles; et puis, ayant mis le tout en lumière sous l’autorité du très-prudent sénat de ceste tant renommée ville d’Anvers, je n’ai maintenant seu adviser personnage, la faveur duquel je deusse plus tost desirer ne requérir, pour bien auctoriser ceste autre impression en vulgaire, que la vôtre. » Pourquoi choisir Valverde? Mais il ne pouvait en être autrement. Si Plantin s’était servi des planches de Gemini, son ouvrage eût été complètement pareil à celui dé Wechel; tandis qu’en prenant les planches de Valverde, qui sont plus petites, il avait l’avantage d’offrir l’Epitome de Vésale avec les figures du Grand ouvrage, dans un format moins cher et plus commode pour les étudiants.
F. Plater. — Avant de parler des auteurs qui se sont servi en partie des planches de Vésale, je dois encore faire la description du livre de Félix Plater, qui a donné aussi une reproduction presque complète des planches du Grand ouvrage de l’édition de 1555 : De corporis humani structura et usu Felicis Plater i Bas. medici antecessoris libri III, tabulis methodice explicati, iconibus accurate illustrati, ex officina FrobenianaperAmbrosiumFrob.M.D.LXXXlII. Petitin-folio dont les deux premiers livres (ensemble 197 pages), dédiés au généreux et illustre seigneur Egenolf de Rapolstein, petit roi de Hohen-Gerolseck, sont composés de tableaux contenant le premier les parties simples (os, muscles, vaisseaux, etc.), et le second les parties composées du corps humain (ventre, thorax, tête, memWs). Le troisième livre, le seul qui nous
intéresse ici, renferme les planches. Il a nn litre particulier qui permettait de le séparer du reste de l’ouvrage : Liber tertius. Corporis humani partium per icônes delineatarum explicatio. Il est dédié au généreux seigneur Eberhard de Rapolstein, fils du précédent. Plater, dans l’avertissement au lecteur, dit qu’il n’y a pas de meilleures planches anatomiques que. celles de Vésale et qu’il a obtenu la permission de les reproduire {hasce ah hæredibus coemendi), seulement il les a réduites en un format plus petit pour la commodité des étu¬ diants. Elles ont 25 centimètres, 2 de plus que celles de Valverde ; ce sont de très-bonnes et belles figures, fort bien arrangées, gravées finement et avec grand soin, où l’on a supprimé aussi souvent que possible les lettres sur un côté, aux grandes figures, pour laisser mieux voir les détails du dessin sur l’autre côté. Il y a 50 pages d’explications et 50 planches ; les planches II, III et L seules ne sont pas de Vésale. Plater n’a donné que le squelette vu de face : il a compris qu’il valait mieux insister sur les os sépai'és. Il a ajouté quelques figures relatives à la structure de l’oreille interne (pl. Vil et XLIX). La IIP planche des os du fœtus, que Lauth {Hist. de l’anat., p. 576) lui attribue, est de Wol- cherus Coiter; la IP, le squelette au sablier vu de trois quarts, et la L% les veines superficielles, seulement sont nouvelles.
Une deuxième édition, tout à fait semblable, a paru dans la même ville, apud Ludovicum Kônig, 1603. Félix Plater y est désigné avec le titre de premier médecin (archiatri) et professeur. Il était né à Bâle en 1536, l’année où le grand Erasme y mourait. Il va étudier la médecine à Montpellier en 1553. Reçu docteur le 28 mai 1556, il prend de nouveaux degrés, comme dit Eloy [Bict., IIP vol.), à Bâle, en 1557. Professeur de médecine en 1560, il enseigna pendant cin¬ quante ans dans l’Université, et mourut le 28 juillet 1614. La dédicace de son livre d’anatomie (1583) nous apprend qu’il avait déjà disséqué depuis trente ans plus de cinquante cada¬ vres humains et beaucoup d’animaux.
LES AUTEURS.
Le premier auteur qui s’est servi en partie des planches de Vésale est un Espagnol qui mérite à peine d’être nommé. Le titre de son ouvrage, Libro de la anathomia del hombre, nuevamente compuesto por el doctor Bernardino
Montana de Monserrate . Impreso en Valladolid en. casa
de &. Martinez y ano de 1551, est trop long pour l’écrire tout
entier. C’est assez de la traduction : « Livre de l’analomie de l’homme, nouvellement composé parle docteur Bernardin Montagna de Monserrat (en Catalogne), médecin de Sa Majesté, très-utile et nécessaire aux médecins et chirurgiens qui veulent être parfaits en leur art, et agréable à tous ceux (los otros hombres discretos) qui aspirent à savoir les secrets de la na¬ ture, Dans ce livre il est traité de la structure et de la com¬ position (fabrica y conipostura) de l’homme, de la manière dont il est engendré, comment il naît, et des causes pour lesquelles il doit nécessairement mourir; conjointement avec une exposition (declaracion) d’un songe qu’eut {que sono) le très-illustre seigneur Don Luys de Mendoça, marquis de Mondejar, etc., placé à la fin de cet ouvrage, lequel songe, sous une forme amusante, traite brièvement de ladite structure de l’homme, avec tout le surplus qui est contenu dans cet ouvrage, dédié audit seigneur marquis. » Avec le privilège impérial, imprimé au dos du litre et signé Juan Vasquèz.
C’estun petit in-folio de 135 feuillets, qui donne douze figures sur lesquelles nous allons revenir. Je dois dire d’abord que le titre est surmonté d’une sorte d’écusson sur lequel est écrit : AYE MARIA, BVENA GVIA (bon guide). Après les tables, la lettre dédicatoire au seigneur Don Luys Hurtado de Mendoça, marquis de Mondéjar, avec ses autres titres, comte de Tendilla, seigneur de la ville de Almoguera. et de sa province, des conseils de guerre et d’état de Sa Majesté, et son président dans le conseil des Indes, etc. Il n’y est pas question de Vésale. Le premier livre, divisé en deux parties, contient 73 feuillets, et le deuxième, avec 129 feuillets, a un titre à part : c’est le dialogue entre le marquis et le docteur concernant la concep¬ tion igeneracion), la naissance et la mort de l’homme.
A la fin sont quelques figures nécessaires pour entendre plus clairement les choses les plus importantes qui ont été traitées dans le livre précédent (passado) de l’anatomie de l’homme, comme on l’avait promis. Ce sont des gravures sur bois. Les trois premières (fig. I, Il et IX des muscles de Vésale) ne sont pas trop mal reproduites, quoique trop petites (16 centimètres de hauteur); les trois suivantes, les veinei, les artères et les nerfs de tout le corps, sont de plus en plus mauvaises, le dernière surtout est d’une fantaisie incroyable : on reconnaît la planche de Vésale, bien que le dessinateur ait ajouté unetête, et quelle tête! Les deux planches qui essayent de donner une idée des cavités thoracique et abdo¬ minale ont les contours des figures de Véshle, mais les organes contenus sont impossibles. La planche des sept paires
cérébrales est un peu moins mauvaise. Le squelette vu de face avec sa bêche, le premier de Vésale, est assez bien dessiné. Le squelette vu de dos est horrible ; il a été emprunté à Béranger de Carpi, ainsi que la main et le pied qui viennent ensuite.
Ambroise Paré est véritablement le premier et le seul auteur qui se soit servi convenablement des planches de Vésale. Il en a pris des fragments pour ses démonstrations anatomiques, et il les a reproduits exactement sans les dimi¬ nuer ; ainsi dans la première partie de sa « Méthode curative des plaies et fractures de la teste humaine. . . , par M. Ambroise Paré, chirurgien ordinaire du roy et juré à Paris, 1561, se trouvent dix-neuf figures, « lesquelles, dit-il dans l’avertis¬ sement au lecteur, j’ai extrait du livre d’André Wésal, auquel la république est grandement atténué, tant pour sa grande diligence que pour les grands frais qu’il a soutenus en l’œuvre de son Anatomie ». Cette première partie contient cxiv feuillets et a pour titre ; L’anatomie de la Teste humaine, illustrée par les figures de ses parties. La première figure est, en effet, la première du VIP livre de Vésale, à la page 755 de l’édition de 1555; la seconde aussi, p. 757; la troisième, p. 767; la quatrième, p. 760; la cinquième, p. 511 ; la sixième, p. 761 ; la septième, p. 766; la huitième, p. 771 ; la neuvième, p. 512; la dixième, p. 221 ; la onzième, p. 224; la douzième, p. 285; la treizième, p. 523 ; la quatorzième, p. 43; la quinzième, p. 238; la seizième, p. 246; la dix-septième, p. 248; la dix- huitième, p. 221 (répétée); la dix-neuvième, p. 232. Ce sont aussi de fort belles gravures sur bois très-fidèiement repro¬ duites. Elles sont coloriées dans le magnifique exemplaire de la Bibliothèque nationale.
Cet ouvrage, qui avait été achevé d’imprimer le 28 février 1561, a été refondu dans un autre, publié peu après, la même année : Anatomie universelle du corps humain, composée par A. Paré, chirurgien ordinaire du roy et juré à Paris, reveue et augmentée par ledit auteur, avec I. Rostaing dM Bignosc, Provençal, aussi chirurgien juré à Paris. C’est un in-8 'de cclxxvii feuillets sans les dédicaces et la table. Dans l’avertissement au lecteur, il parle encore des figures « de l’invention desquelles je ne me veuil pas par une gloire desmesurée si hautement eslever, que je n’en recon¬ naisse une bonne part extraite du livre d’André Vésale, homme autant bien versé en ces secrets qu’autre de notre temps, ainsi qu’en mon espitre des playes de la teste je. te l’ai voulu aucunement dissimuler. »
L’anatomie générale de tout le corps humain, illustrée des
figures de ses parties, a été divisée par A. Paré en quatre livres. Ils ont été reproduits exactement dans les œuvres com¬ plètes, texte et figures.— Le premier livre donne les figures du V' livre de Vésale (organes de la nutrition et de la génération); les parties naturelles contenues dans le ventre inférieur, treize figures qui se trouvent dans l’édition de Vésale de 1555 aux pages 555, 556, 568, 569, 561, 567, 572, 577, 575, 392, 505, 581 . — Le deuxième livre, lequel contientles parties vitales, contenues dans le thorax, nommé des Français poi¬ trine; trois figures des veines, des artères et de la trachée artère ou chiflet, p. 450, 483, 523. — Le troisième livre, contenant les parties animales situées en la teste. Dix figures, pages 755, 757, 767, 760, 761, 766, 511, 512, 771, 526; cette dernière est la spinale médulle. — Le quatrième livre, auquel sont contenus principalement les muscles et les os de tout le corps avec descriptions de toutes les autres parties des extrémités. Dix-huit figures, pages 203, 205, 241, 173, 71, 161, 221, 224, 232, 285, 244, 246, 238, 240, 248, 527. Quelques-unes de ces planches, destinées à des vues d’en¬ semble des os, des vaisseaux et des nerfs, ont été réduites à de petites dimensions, p. 581, 450, 483, 71, 527, 203, 205. Celles qu’A. Paré a fait dessiner lui-même et qui ont été ajoutées à celles de Vésale, deux au commencement et deux à la fin de son livre, sont aussi beaucoup trop petites, surtout les dernières, celles qui ne sont disséquées que d’un côté.
Quelques figures des os d’après Vésale se trouvent encore dans t^iæ livres de chirurgie, 1564, et cinqlivres de chirurgie, 1572. Deux in-8 qui sont la Bibliothèque nationale.
Ces fragments des planches de Vésale, si bien reproduits par Ambroise Paré, se retrouvent dans les livres d’anatomie et de chirurgie de foutes les éditions de ses œuvres complètes : Paris, 1575, 1579, 1585-, 1598, 1607, 1614, 1628; Lyon, 1633, 1641, 1652, 1664, 1685. Et aussi dans la traduction latine de Jacques Guilleraeau ; Paris, 1582; Francfort sur le Mein, 1594. De même dans la traduction en langue néerlan¬ daise : Amsterdam, 1615, 1636. La traduction anglaise par Th. Johnson : Londres, 1634, 1678, donne les planches de Vésale d’après Valverde, et surtout d’après Félix Plater. Je , ne connais pas de traduction allemande.
Les planches empruntées à Vésale par A. Paré illustrent L’anatomie pacifique nouvelle et curieuse, conforme à la doctrine d’Hippocrate et de Galien, qui donne les moyens d'accorder les récents avec les anciens par des expériences nouvelles, principalement touchant les actions du cœur e t
despoulmons,parD. Fournier, ilf. C. juré à Paris, chez l’auteur, rue desEcouffes, Au divin Hippocrate, et chez Sébastien Cramoisy, rue Saint-Jacques. Je croirais volontiers que pour les figures de ce livre on a utilisé les bois mêmes d’Ambroise Paré. Si l’on veut bien se reporter à la dernière édition de Paris des œuvres complètes, 1628, on verra qu’on a aussi conservé les en-tête aux armes royales et une partie de l’encadrement du titre de cette édition.
Les ouvrages d’anatomie de Jacques Sylvius, l’ennemi acharné de Vésale (4478-1555), de Jean Fernel (1506-1558), de Léonard Fusch (1501-1566) n’ont pas de planches. Realdus Colombus (-p 4559), Gabriel Fallope (1522-1562), Jérôme- Fabrice d’Aquapendente (1537'1619), successeurs du grand anatomiste dans la chaire de l’université de Padoue, n’ont pas cru devoir en donner après lui (1). Ingrassias (1510-1580), Arantius (1530-1589), Cabrol ont fait de même. G. Varole (1543-4575), emporté par une mort prématurée, n’a laissé que deux figures dans le livre publié par J.-B. Cortesius , Anatomia sive de resolutione corporis humani libri IV, Padoue, 1575 (ce que M. Chéreau appelle une anatomie ornée d’excellentes figures!) (Dict. encycl. d. sc. m., t. IV, p. 226). Les quatre planches d’Archange Piccolomini : Anaiomiæ prœlectiones, etc., Rome, 1586, fol. 414, sont insignifiantes. Je reviendrai sur celles d’Eustachi, l’émule de Yésale, qui sont restées ensevelies dans l’obscurité de¬ puis 1552 jusqu’en 1714, époque à laquelle elles furent découvertes et publiées par Jean-Marie Lancisi, méde«in du pape Clément XL
Volcheriis Coïter, élève de Fallope (1534-1576), dont l’ou¬ vrage Externarum et internarum principalium humani
corporis partium tabulœ . Norinbergæ, 1573, gr. in-foL,
contient de grandes .et belles figures représentant le crâné, des squelettes de fœtus et de singes, n’a emprunté que deux planches à Vésale ; le squelette vu de face, dont la bêche a été remplacée par une faux, et le squelette, vu de dos, aux, mains jointes.
John Banister, dans sa compilation The History of man, etc., London, 1578, fol. min. 112 feuillets (exemplaire à la Bibliothèque Mazarine, n° 4477), donne seulement cinq planches, toutes empruntées à Vésale ; le squelette de face avec la bêche ; le squelette aux mains jointes, f. 38 ; la pre -
(1) Les planches de Fabrice sont relatives aux organes des sens et ne regardent pas seulement l’anatomie humaine.
mière planche des- muscles, f. 41 ; la neuvième (partie posté¬ rieure), f. 63, et la planche des instruments de dissection, tout à fait à la, fin du volume. Elles sont un peu réduites dans leurs dimensions mais fidèlement copiées, quoi qu’en dise Douglas (ouvr. cit., p. 145).
Jacques Guillemeau (1550-1609), qui avait publié en 1582 l’édition en latin des œuvres complètes d’Ambroise Paré, son maître, avec les fragments des figures de Vésale, se sert de la contrefaçon de Valverde pour illustrer son propre livre : Tables anatomiques avec les portraicts et décla¬ rations dTcelles, ensemble une démonstration de cinq cents maladies diverses ; au Roy , par Jac. Guillemeau,- d'Orléans, chirurgien du Jioy et juré à Paris. Chez J. Charron, à VArche, rue Saint-Jacques, 1586. Petit in-folio de 106 pages. Le titre est renfermé dans l’ovale d’un frontispice très-orné et fort bien gravé : Hippocrates à gauche ; Galenus à droite; au-dessus, CHIRVRGIA; autour, quatre petits tableaux avec chacun un animal approprié aux quatre élé¬ ments : aer (caméléon), aqua (dauphin), ignis ( ? ), terra (taupe); quatre figures allégoriques pour les quatre hu¬ meurs; sanguis (Vénus), pituita (Diane), choiera (Mars), melancholia ( ? ) ; enfin, au-dessous, l’arche avec cette
inscription : Hic salus. Après la dédicace « au Roy » est une longue pièce de vers d’A Paré à la louange de Guillemeau, son élève pendant huit années; j’en détache seulement ce passage :
Toi de nouveau, ayant enrichi tes propos De visibles portraicts, tailles ingénieuses.
De figures et traicts de mains industrieuses,
Sans y rien espargner : en cela beaucoup mieux Tu contentes l’oreille et l’esprit et les yeux.
Ainsi pour le loyer que tu as mérité.
Toujours loué seras de la postérité!
Après d’autres éloges en vers français et latins, vient un beau portrait de Jacques Guillemeau par A. Vallée, le peintre qui avait fait celui d’Ambroise Paré, la même année 1585. Le portrait de Guillemeau porte ; Anno œtatis 35; celui d’Am¬ broise Paré ; Anno œtatis 75.
Dans l’avertissement au lecteur, Guillemeau nous apprend que longtemps auparavant il avait résumé l’anatomie eri six tables « illustrant le tout par portraicts convenables, mis chacun en son ordre et lieu, avec une ample déclaration et illustration d’iceux, lesquels pour la plupart j’avais fait tirer
sur les planches et dessins de Vésale. C’est à l’imitation des mouches à miel, dit-il, qui tirent des fleurs la plus douce liqueur, et de Galien, qui confirme avoir rédigé en Epitotne les Commentaires que Marinus avait faits de la dissection du corps humain, qu’il a composé son ouvrage. » h’Anatomie universelle du corps humain en tables méthodiques... est divisée en 7 livres, avec 19 planches d’après Valverde. Livre I (os) : planche 1, squelette de face avec un bâton au lieu de bêche ; planche 2, squelette de profil, planche 3 des os séparés. Livre II (ventre inférieur) ; quatre planches, la troisième est la femme grosse (Vénus marine). Livre III (Vei¬ nes) : une seule planche, celle de l’Epilome, avec les organes séparés, maladroitement inversée, de sorte que le cœur est à droite, le foie à gauche, etc. Livre IIII (ventre moyen ou poitrine) : la planche de Valverde, encore inversée. Livre V (ventre supérieur ou tête) : deux planches de Valverde, cha- • cime avec six figures du cerveau. Livre VI (les nerfs) : deux planches. Livre VII (les muscles) : six planches seulement, toujours d’après celles de Valverde, dont elles ont exactement les dimensions (23 centimètres); elles sont encore inver¬ sées; mais ici l’inversion ne fait rien. On devine qu’elles ont été calquées. Ces 19 planches se retrouvent dans les Œuvres de chirurgie de Jacques Guillemeau, gr. in-fol. de 8C3 pages, Paris, chez Nicolas Buon, l’éditeur des œuvres d’A. Paré, 1612; Rouen, 1649.
André Dulaurens (1560-1609) a aussi donné 26 planches qu’il a fait placer au milieu de son livre pour qu’il fût plus commode au lecteur de les consulter. Historia anatomica humani corporis etsingularum ejus partium, multis contro- versiis et observationibus novis illustrata, aùctore Andrea Laurentio, Regis consiliario et medico ordinario ejusdemque in Monspeliensi Academia professore, ad Henricum IIU, Galliœet Navarræ regem Christianissimum (1 600) , gr . in-fol. , splendide exemplaire à la Bibliothèque nationale. Le titre est dans un beau frontispice gravé par C.-D. Malleri. En bas : Parisiis excudebant Jametus Mettayer et Marcus Ourry. Sans date; le privilège porte celle du 4 octobre 1599; l’aver¬ tissement au lecteur aussi l’année 1599. Après de nombreux éloges en vers grecs et latins, parmi lesquels je signale le distique de son élève, Jean Aubry de Moulins (1) :
Qui vivis hominum depinxit membra figuris,
Æteriium vivis vivet imaginibus.
(l) Son livre, L’antidote de l’amour, imprimé à Délit en 1663, est dédié à Dulaurens (Elovl- '
Se voit un magnifique portrait d’André Dulaurens dans sa trente-neuvième année, ce qui, pour le dire en passant, reporte la date de sa naissance en 1560. Or les auteurs le font naître en 1532 pour le faire mourir en 1619, à quatre- vingt-sept ans (Douglas) : ces deux dates sont fausses. Eloy, d’après Guy-Patin, fixel’époquedesa raortenl609. On ne peut se ranger ài’opiniond’Astruc, bien qu’il réfute vigoureusement Guy-Patin à cet' endroit. Ce qui m’a frappé dans cette discus¬ sion, c’est que Dulaurens était allé étudier la médecine à Montpellier en 1583; à ce compte-là, il aurait commencé ses études médicales à cinquante et un ans. Pourquoi ne pas admettre la date du portrait comme la véritable? Né en 1560, il était étudiant à Montpellier à vingt-trois ans, et lorsqu’il fut appelé à la cour, grâce à la protection de la comtesse de Tonnerre, en 1594, il avait trente-quatre à trente-cinq ans.'
Mais je reviens aux 26 planches, placées après le V® livre (p, 213 à 268). Dulaurens avertit le lecteur studieux, qu’il a fait représenter les principales figures d’après les planches des autres, parce que ses occupations à la cour ne lui ont pas permis d’en faire dessiner lui-même, ainsi qu’il en avait eu le projet. Pour les nouvelles {novas addidi), les erreurs qui s’y trouvent doivent être attribuées aux artistes {pictori et sculptori), comme on le verra bien par le texte de son livre. Les planches des autres (aliorum icônes) sont les 19 planches de Guillemeau gravées de nouveau. Deux sont signées : J. de Weert. Guillemeau en copiant Vâlverde avait ajouté aux planches de muscles quelques figures isolées prises dans une autre planche : c’est à cela qu’on peut facilement les reconnaître. Dulaurens a pris soin de faire redresser les figures inversées; les deux figures nues de la première planche et celles des veines superficielles de Valverdç (les arlequins) ont été prises dans l’ouvrage de Guillemeau publié en 1594 : La chirurgie française recueillie des anciens médecins et chirurgiens avec plusieurs figures nécessaires pour Vopération manuelle, in-folio qui contient au commen¬ cement «quatre figures du corps humain, deux desquelles montrent toutes les parties externes en iceluy et les deux autres les veines saignables qui sont semées soubz le cuir. » Les squelettes des fœtus sont' de Félix Plater d’après Coi-, ter.
Restent quatre planches, la moelle avec une vraie queue de cheval, — vasa spermcitica a nemine adhuc descripta, — la veine porte de Vésale et ses communications avec la veine cave et la veine azigos, — le cœur et les gros vais-
seaux du fœtus (la veine artérieuse de Vésale s’y trouve) qui appartiendraient à Dulaurens. ’
Telles quelles, ces 26 planches ont eu une grande vogue et, quoi qu’en dise Jean Aubry, toute la gloire en revient à Vésale.
On les retrouve à leur place (p. 153 à 210) «in medio fere operis», dans l’édkion si commune de Francfort, 1600. Même titre : Historia amtomica . , dans un autre fron¬
tispice où se: voit, en haut, le portrait de Dulaurens toujours dans sa trente-neuvième année. Apud Matthœum Beckerum, impensis Theodorici de Bry viduæ et duorum filiomm,
Îetit in-folio. Les figures sont moins nettes. La signature . de Weert n’y est plus.
Elles reparaissent avec cette signature dans Toutes les œuvres d'André Du Laurens... traduites en français par Théophile Gelée, médecin ordinaire de la ville de Dieppe, Paris, 1613, in-folio. Frontispice de l’édition de Paris, 1600, signé : Maller. sc. Beau papier. Magnifique impression de Raphaël du Petit-Val, imprimeur à Rouen, 385 feuillets, avec plusieurs autres traités du même auteur traduits en français. La pré¬ face est datée de Dieppe, 1613. On y trouve aussi la cor¬ respondance de Dulaurens avec le traducteur de 1605 à 1606.
Une deuxième édition, 1611, est tout à fait pareille : Les œuvres de maître André Du Laurens, traduites par Gelée et revues par E. Sauvageon, d. m., agrégé au Collège des médecins de Lyon. Paris, chez Jean Petit-Pas, 1639. 597 pages et 395 d’autres traités, sans frontispice, moins belle impression, contiennent aussi les mêmes figures mais plus petites, pareilles à celles de l’édition de Fràncfort. On a •-eu le soin de corriger les planches inversées.
Une autre édition, 1646. Paris, chez Taupinart. Les trois premières figures portent au bas : Humbelot fecit.
Ces 26 planches de Dulaurens, avec les explications qui les accompagnent, reparaissent au xviii® siècle dans Y Ana¬ tomie universelle de toutes les parties du corps humain, représentée en figures et exactement expliquée par **% Paris, chez F. Gérard Jollain, 1731. Ouvrage curieux et utile aux étudiants en .médecine, chirurgie, sages-femmes, et aux peintres et sculpteurs. In-folio de 55 pages, gravé. La plan¬ che 19 a été ajoutée. Le squelette de face et la quatrième planche des muscles ont conservé la signature J. de Weert.
Deux autres éditions de Paris, l’une chez Antoine Humblot, 1741, l’autre chez Crépy, 1748, mais portant sur la dernière
planche, comme la précédente : Humblot ex., sont pareilles à celle de 1731, avec ce petit changement dans le titre :
« Expliquée parle célèbre André Dulaurent, revue par M. H*“, chirurgien juré de Saint-Côme. »
Tous ces livres se trouvent à la Bibliothèque nationale. Gaspard Baühin, de Bâle (1560-1624), a reproduit aussi presque toutes les planches de Vésale; mais il les a prises dans Yalvérde et Félix Plater. C’est ce qu’on peut constater dans le Theatrum anatomicum novis figurisœneis illustratum et in lucem emissum opéra et sumptibus Theodori de Bry, p. m.relictæ viduœ et filiorum Joannis Theodori etJoannis hraelis. Francofurti ad Mænum, typis Matthœi Beckeri, 1605. In-8 de 1314 pages. Ce titre est dans un petit fron¬ tispice orné de chaque côté de deux figures de Valverde, à gauche une des figures des veines superficielles (l’arlequin qui a un bras replié derrière le dos), et à droite la femme grosse; au revers un portrait de Bauhin, professeur d’ana¬ tomie et de botanique (œtat. 45, ann. 1605), est signé : lo. Théo, de Bry fec. La dédicace au landgrave Maurice de Hesse, dont on a fait imprimer les armes, est du mois d’août 1605. L’ouvrage est divisé en quatre livres : ventre, thorax, tête, membres, et les figures sont mêlées au texte ; les premières seules ont des explications. Ce sont : les deux figures de Guiilemeau pour les parties extérieures, et qu’on retrouve dans les planches de Casserius; les deux figures des veines superficielles de Valverde, aussi d’après Guiilemeau . Vient ensuite l’écorché de Valverde, qui tient sa peau dans une main et un poignard dans l’autre. Elles n’ont que 16 cen¬ timètres de hauteur. Les quatre livres donnent successive¬ ment, et conformément au texte, les planches de Vésale mêlées à quelques autres des auteurs qui sont venus ensuite, Valverde, F. Plater, A. Paré, V. Coiter, A. Dulaurens et Fabrice d’Aquapendente. Presque toutes sont malheureuse¬ ment réduites à de trop petites dimensions.
Bauhin les a publiées ensuite séparément dans un recueil qui a pour titre ; Vivœ imagines partium corporis humani œneis formis expressœ. Francofurti, 1621 . In-4 de 265 pages. On a mis cette fois en regard des figures les explications qui étaient dans un appendice à la fin de la première édition du Theatrum anatomicum de 1605. L’auteur avertit dans la préface qu’on pourra les joindre à la nouvelle édition du Theatrum qui est sous presse ou les garder séparément pour servir à la lecture des institutions anatomiques et aux dis¬ sections. Il nomme le jeune étudiant en médecine très-
distingué qui a dessiné quelques planches nouvelles d’après nature : c’est Jo. Huldricus Frolich, de Bâle. Il lui en a fait corriger d’autres.
En 1640, Jean-Gaspard Bauhin fit paraître une troisième édition des planches de son père : Vivæ imagines partium corporis huniani œneis formis expresses et ex theatro ana- tomico Caspari Bauhin Basilien. archiatri desumpto, opéra sumptibusque Matthœi Meriani. Francofurti, 1640. In-4. Ce titre est dans un frontispice pareil à celui de la deuxième édition du Theatrum anaiomicum de 1621. De chaque côté une figure de Valverde : la première planche des muscles à gauche, la femme grosse à droite; en bas le cochon attaché sur la planche à vivisection avec des instruments de dis¬ section, le tout de provenance Vésalienne; en haut, entre deux squelettes assis (de profil et de dos aux mains jointes), le portrait de Gaspard Bauhin, de 1614, dans sa cinquante- quatrième année, lorsqu’il avait été nommé premier médecin de la ville de Bâle, en même temps qu’il demeurait professeur ordinaire de l’Académie de la même ville. Ce portrait diffère du précédent par sa collerette plissée serré.
Jean-Gaspard Bauhin, dans l’avertissement cc lectori et spectatori », glorifie la mémoire de son père, publie de nou¬ veau ses planches, comme lui, à part, « quo iis seorsim in dissectionibus, et conjunctim cum nova theatri editione uti, ne institution ibus anatomicis autoris jungere possis : hacce tertiatione quo fieri potuit emaculatas. »
Peter Lowe, dans son ouvrage : A discourse of the whote art of Chirurgerie. London, 1612; 3“ édition, 1634; exem¬ plaire à la bibliothèque Mazarine, n° 15500, in-4 de 447 pages, caractères gothiques, ne reproduit que le squelette de face de Vésale réduit à 13 centimètres et assez mal dessiné (p. 349). L’autre figure a été empruntée à la planche des veines superficielles de Valverde (les arlequins). Les instru¬ ments de chirurgie ont été pris à d’Ambroise Paré.
Les figures prises à Vésale sont plus nombreuses dans un in-8 paru à la même époque, à Onolsbach (Brandebourg) : Disputationes anatomicœ et psychologicœ, recens editœ et plurimis in locis locupletatœ figuris etiam variis et novis illustrâtes, additis humani corporis affectibus præcipuis... auctore Tobia Knoblochio Marcobrettana... 1612. Je me borne à dire que ces copies, faciles à reconnaître, sont pour¬ tant loin d’avoir la netteté des figures originales.
Dansl’Ars medicinalis, qui contient les œuvres de Vidus ViDius, publiées à Venise en 1611 par son neveu Vidus Vidius
le jeune, se trouve à la fin du tome III le traité d’anatomie du premier professeur de médecine au Collège royal (Collège de France). Les planches qui ont été ajoutées à ce traité demandent à être examinées avec plus de soin qu’on ne l’a fait jusqu’à présent.
Vidi Vidü Florentini De anatome corporis humani, libri VU, nuncprimum in lucem editi; atque LXXVIIl tabulis in incisis illustrati et exornati. Ce titre est dans un fron¬ tispice signé : « Franc® Vallegio et Catarin Dolno sculpsit. » On reconnaît dans les deux figures principales, à gauche et à droite, des imitations des planches deValverde. Dans la partie inférieure : Venetiis, apud Juntas, MDCXL
Les figures de cet in-folio, de 342 pages, sont groupées en 78 planches (tabulœ). Au premier abord elles paraissent nouvelles, et Douglas (ouvr. cit., ç. 2Q2) a pu dire que quelques-unes seulement avaient été empruntées à Yésale, « ex iis tamen paucæ ex Vesalio desumptæ sunt. » Lauth {Hist. anat., p. 253) et M. Chéreau ÇDict. encycl., t. IV, p. 227) n’en disent rien. Cependant l’artiste qui a été chargé de les dessiner a pris aux imitateurs de Vésale plus encore que ne le laisse supposer Douglas ; il suffira pour s’en convaincre devoir : livre III, nerfs, veines, artères (tab.XVIII ad XXYIl) ; livre IV, muscles (tab. XXVIII ad XXXy, livre V, organes de la digestion (tab. LXI ad LXXI) ; livre VII, cer¬ veau, œil, langue (tab. LXXVI ad LXXVIIl).
Les planches des os (livre II) sont peut-être les plus mau¬ vaises. Les squelettes de face et de dos ont des colonnes verté¬ brales à inflexions impossibles, et le nombre des vertèbres a été singulièrement augmenté. Les muscles séparés,, et surtout ceux de la tête et du cou, ne sont pas beaucoup meilleurs. Si, parmi ces figures, quelques-unes paraissent se rapprocher de la nature, on peut être sûr qu’elles ont été copiées en totalité ou en partie. C’est ce qu’il est facile de constater encore dans la planche des instruments, reproduite dans le premier livre.
Vidus Vidius, de Florence, professeur au collège royal et médecin de François L'' (1542-1547), revint dans sa patrie, où il enseigna pendant vingt ans à Dise, comblé des bienfaits de Corne de Médicis. Il avait accepté les découvertes d’André Vésale et de Gabriel Fallope, auxquelles s’opposa si obstiné¬ ment Jacques Sylvius, son successeur au Collège de France.
On reconnaît aussi quelques figures d’après les imitations de Vésale, et surtout Plater, dans les trois planches où Jean Remmelin, d’Ulm en Souabe, a grossièrement fait représenter les parties extérieures et intérieures de l’homme et de la
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femme avec une multitude d’accessoires grotesques. G’esl une sorte de traité d’anatomie à l’usage des gens du monde avec des planches composées d’organes découpés et super¬ posés comme dans certains ouvrages modernes.
Stephan Michelspacher, du Tyrol, les imprima pour la première fois en 1613, avec ce titre : Kâvonrpov ptxpoxéfffzocov absolutam admirandœpartium hominis creaturarum divina- rum prœstantissimi fabricœ, eximio artijicio sculptam strucluramrevidendamexhibens : cum enarrationehistorica brevi et perspicua et explicationis et indicis vice addita. Visio prima, secunda, tertia. J. jR. inventor. In-fol. Dans l’édition de 4639, le graveur (sculptor) signe L. K.
L’année suivante, 1614, le même Stéphan Michelspacher publia un in-4 avec ce titre : Elucidarius, tabulis synopticis, microcosmi laminis incisi œneis, admirandam partium fabricam reprœsentantis; catoptri litteras et characteres explicans, nunc primum luci publicæ datus, divulgatusque a Stephano Michelspachero Tirolensi.
Et enfin, en 1615, un autre in-4 avec le titre : Pinax microcosmograficus, hoc est, admirandœ partium homi¬ nis, etc. Historia brevis et perspicua enarratio, microcosmico tabulis sculpte œneis catoptro lucidissimo, explicationis vice addita, impensisque maximis Stephani Michelspacheri, divulgata.
Douglas (ouvr. cit., p. 219) dit avec raison que l’in-fol. de 1613 contenait les planches de l’invention de Jean Rem- melin; que les in-4 de 1614 et 1615 en étaient l’explication payée par Michelspacher.
Le véritable auteur explique dans la préface comment il fu conduit à revoir son ouvrage, auquel il avait réfléchi pendant quatorze ans, et à le publier sous son nom ; Joannis Rem- melini suevo-ulmensis, philosophiæ et medicinæ doctoris catoptrum microcosmicum suis œre incisis visionibus splen- dens, cum historia, et pinace, de novo prodit Augustœ Vinde- licorum, 1619.
Cette édition d’Augsbourg se trouve à la Bibliothèque Nationale, et celle qui parut à lllm en 1639 « sumptibus Johannis Gerlini Bibliopolæ » est à la Faculté. C’est un grand in-folio de 28 pages, avec le titre Cum Deo Johannis Remel- lini... Çatoptr on microcosmicum, etc., dans un frontispice assez ridicule. L impression du livre ne fait pas honneur au typographe Balthazar Rhüne.
Après la dédicace à Dieu le père et créateur, vient le texte {Historia... ac brevis et perspicua enarratio)', à la page 9,
Visio prima, l’homme de face et la femme de dos, pour montrer les parties extérieures et similaires par couches superposées, peau, muscles, os. Cette première planche est signée ; J. R. inventor, L. K.sculptor, Slephan Michelspacher exeudit. A la page 15, Visio secunda, l’homme, et à la page 21 , Visio tertia, la femme, pour montrer les organes intérieurs situés dans les trois ventres, tête, thorax, abdomen.
Autre édition entièrement semblable : Francofurti ad Mœnum. Hœredes A. Hermmen, 1660. In fol.
Elov indique une édition en allemand, Augsbourg, 1632- 1661.''
En 1634, le Pinax microcosmographicus de Stephan Michelspacher, à l’usage des médecins, chirurgiens et phar¬ maciens, est publié à Amsterdam en langue néerlandaise par un certain I. F. L. M. Q., qui dédie son opuscule à Nicolas Fontayn {Fontanus). Les figures ont été gravées de nouveau par Cornelis Dankersz. On a fait précéder les trois planches de Jean Remmelin de celle des veines superficielles de Val- verde(les arlequins), d’après Guillemeau ou Dulaurens. Un exemplaire très-complet de cet ouvrage se trouve au cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale, J f. Outre les trois visiones avec leurs organes superposés, on y voit les trois feuilles où sont représentés, pêle-mêle, les organes destinés à être découpés et mis en place.
Cet ouvrage ne m’aurait pas arrêté si longtemps s’il n’avait donné lieu à de nombreuses erreurs qu’il était important de relever. La première, que n’a pas su éviter M. Chéreau, c’est que Michelspacher et Remmelin ne font qu’un ; on . ne peut prétexter un lapsus : la chose est répétée deux fois, p. 226 et 227 (Dict. encycl. des sc. méd., t. IV). Si M. Chéreau y avait regardé d’un peu plus près, il n’aurait pas mis l’éditeur Michelspacher parmi les médecins ; il ne l’aurait pas fait aider du burin de Cornélius Daneker (Cornéîis Danckersz) et il ne l’aurait pas appelé Spach ou Spacherus, en prenant la pre¬ mière moitié du nom propre pour un prénom. Il y aussi de la part de M. Chéreau une confusion de dates : 1615 est celle de la première impression du Pinax microcosmographicus
{)ar Stephan Miichelspacher, et 1634 celle de sa traduction en angue néerlandaise, avec la collaboration de Cornéîis Danckersz, Amsterdam, chez Joost Broersz.
C’est d’après l’édition d’Amsterdam que Clopton Havers a publié à Londres, en 1702 : A Survey of the microcosme, Wherein ail the viscera are accurately delineated, and so disposed by pasting as that ail the parts of the said bodies
TURNER. 3
are cxictely nprcsenled in their proper site by Michael Spacher of Tirol and Remelinui. Correcled... Il ne contient que quaire planches sans texte, les trois ümowes et la planche (les veines superficielles.
Ici se place l’ouvrage de Helkiali Crooke, London, 1615 in-fol. de 1111 pages; 1631, 1012 pages ; MIKPOKOSMO-
rPA$IA ; A description ofthe Bodyof Man . (Description
du corps humain, d’après les meilleurs autheurs et particuliè¬ rement Gaspard Bauhin et André Dulaurens.,.). 13 livres. Le premier, qui traite de l’excellence de l’homme, prouvé qu’il s’est aussi servi d’Ambr. Paré. Mauvaise impression; quantité de figures dans le texte, très-grossières, empruntées à Ambroise Paré, au Theatrum anatomicum de Bauhin et à l’Histoire anatomique de Dulaurens, c’est-à-dire aux tablés anatomiques de Guillemeau, qui elles-mêmes avaient été prises à Valverde et à Plater, c’est-à-dire de Vésale.
Pierre Paaw (1564-1617) a mis aussi quelques planches de Vésale dans une édition de l’Epitome qu’il a accompagnée de notes et commentaires, Lugd. Batav. (Leyde), ex officina Justi a Colster, ann. 1616, in-4 de 226 pages; savoir :1a lète avec une dent de moins qui se voit dans l’édition du Grand ouvrage de 1555, à la page 46; la colonne vertébrale, p. 71; le sacrum et le coccyx, p. 98; le thorax, p. 107; les muscles du dos, moitié supérieure de la figure de Vésale, p. 231; l’estomac, p. 569; le cœur, p. 702 (maladroitement inversé, figure mal comprise); la dure-mère, p. 755; les organes génitaux internes de l’homme, p. 575; de la femme, p. 581. — Quelques autres figures de Vésale, mais en petit nombre, se trouvent encore dans les Primitiœ anatomicæ du même auteur. De hamani corporis ossibus. Lugd. Batav. , 1615; Amstelodami, 1633, in-4, 172 pages; et dans : Succinturiatus anatomicus continens commentariain Hip- pocratemde capitis vulneribus, 270 pages; Additæindliquoi capita lib. VU C. Celsi e.xpUcationes, 128 pages; Lugd. Batav., 1616, in-4. Ainsi le cerveau de la page62. De capitis vulneribus, et page 115 deux têtes, appartiennent à Vésale (fragments des pl. IIP et IV® des muscles)..
En 1627, Daniel Bdcretius, de Breslaw, publia l’ouvrage posthume de son maître Adrien Spiegel, de Bruxelles : De humani corporis fabrica, libri decem. Jules Casserius, de Plaisance (1545-1615), le prédécesseur d’Adrien Spiegel (1578-1625) dans la chaire d’anatomie et de chirurgie de l’école dePadoue, avait laissé 78 planches qui devaient faire partie d’un traité d’anatomie que la mort ne lui permit pas
d’achever. Daniel Bucretius jugea à propos de les mettre à la suite de l’anatomie de Spiegel avec ce titre : Julii Casserii Placentini olim in Patavino Gymna<io anatoniiœ et chimr- gÛBprofessorisceleberrimiTabulæAnatomicœLXXIlXomne novcB nec ante hac visœ. Daniel Bucretius Vratislawensis PhiL et med.D. XX quædcerantsupplevit et omnium expli- cationes addidit. Venetiis, anno 1627. Grand in-folio.
Le frontispice est pareil. En haut, trois figures allégoriques ; an milieu anatomia; à gauche diligntia; à droite ingenium. Sur les côtés : à gauchele squelette vu de face et la première planche des muscles de Vésale à droite. îu-dessons une table avec des instruments de dissection. Enfin, sur le piédestal des colonnes où se trouvent à gauche un singe et à droite un cochon, on lit le nom du graveur Franc. Valésius et celui du peintre Edoardus Fialetus.
Après une préface, Daniel Bucretius donne la table des vingt planches qu’il a ajoutées à celles de J. Casserius. Celle table nous permet de constater que les planches empruntées à Vésale sont parmi celles de Brucretius. Elles ont été conser¬ vées dans leurs dimensions premières (34 centimètres); ainsi feuillets 3 et 4, les squelettes de face et de dos aux mains jointes sont ceux de Vésale (p. 203 et 205, édit, de 1555), on n’a pas même oublié le lézard qui est sur cette der¬ nière. Valesio, qui les a gravées de nouveau, les a inversées, mais cela n’a aucune importance. Feuillet 58, les veines caves et leurs branches, page 450; feuillet 60, la grande artère et ses ramifications, page 483; feuillet 61, les sept paires céré¬ brales avec les ramifications du nerf pneumogastrique, page 512; feuillet 62, les paires médullaires antérieures,
Sages 527 ; feuillet 63, postérieures Ou dorsales, page 528.
utre ces sept planches copiées sur celles de Vésale, Daniel Bucretius semble s’être servi des figures isolées des os du premier livre pour en faire encore huit planches. Il n’y aurait donc, à vrai dire, que cinq planches sur vingt qui n’auraient pas été prises à Vésale.
Le même ouvrage a paru dans un format plus petit, grand in-4, même titre, dans le même frontispice un peu rapetissé.
On a remplacé : « Jussu authoris in lucem profert . » par
Francofurti, impensis et cœlo Mattœi Meriani.., anno 1632. » Anciennes dédicaces. Ce sont les mêmes planches, mais réduites à 18 centimètres pour les grandes figures; les autres ont conservé leurs dimensions premières ; elles occu¬ pent en tout 108 feuillets. Exemplaire à la Bibliothèque Nationale (réserve).
Les planches de Bucrelms sont reproduites exactement dans leurs dimensions premières dans Andriani SpigelU Bruxellensis... opéra omnia, ex recensione John. Anlonidæ Vanderlinden. In-fol. Amsterdam, apud Joannem Blvev. 1645. Le frontispice est pareil. Signé : Franc. Valesius sc. et Edoardus Fialatus delin. Un portrait de Spiegel dans sa quarante-sixième année, peu de temps avant sa mort. Les œuvres complètes de Spiegel ont été publiées avec les veines lactées d’Aselli, le mouvement du sang de Harvey et le mouvement du sang et du chyle de Walæus.
En 1614, à l’exeifPlDle de Vidus Vidius pour les ouvrages de son oncle, Thomas Bartholin a ajouté des planches à celui de son père : Casp. Bartholini D. et profess. regii Insti-
tutiones anatomicœ . figurisque auctæ ab auctoris filio
Thoma Bartholino. Lug. Batavorum, apud Franciscum Hackium, 1641. C’est un bel in-8 de 496 pages, sans compter les tables et les préfaces, magnifiquement imprimé sur un beau papier, et dont les gravures, de J. Voort-Kamp, sont admirables par leur netteté. Sept seulement sont originales, pages 29, 33, 161, 231, 257, 261, 279. Le dessin en est mé¬ diocre. Soixante-cinq reproduisent les planches mêmes de Vésale; elles sont absolument exactes, mais souvent séparées en plusieurs morceaux. Puis trois ont été prises à Bauhin, pages 59, 81, 95; uneàAzelli, page 353; une autre à Spiegel, page 175. Aussi Th. Bartholin a-t-il pu dire dans sa préface: « Partira ad ipsius naturæ veritatem expressæ, parlim ad imi- tationemaccuralissimarumVesalii,Bauhini, Spigelii,Aseliique Ogurarum elfectæ. » Mais Vésalè a la grosse part, il faut en convenir.
JaesTnêmes planches se retrouvent dans la traduction fran¬ çaise du même ouvrage, Paris, 1647, chez Mathurin Hénault; Institutions anatomiques de Gaspard Bartholin, augmen¬ tées et enrichies pour la seconde fois tant des opinions et observations noucelles des modernes, dont la plus grande partie n'a jamais esté mise en lumière, que de plusieurs figures en taille douce par Thomas Bartholin, fils de V auteur , et traduites en français par Abr. Du Prat, doc. en méd. de Paris. In-4 de 656 pages, moins beau papier, impression moins belle. Le même frontispice, formé d’une série de portraits. En haut, Casp. Barth. ; au-dessous, de chaque côté, Hippocrates, Galenus, — Vesalius, Riolanus, C. Bauhinus, Spigelius, — Pavius, O. HeurniuS. En bas, A. Falcoburgius, professant l’anatomie. Puis, après la préface.
un portrait de Thomas Bartholin, œtat. 28, ann. \Q4l, fils de Gaspard et d’Anna Finck.
Les figures sont les mêmes, un peu moins nettes quoique fort belles. Les lettres de Jean Valæus sur le mouvement du chyle et du sang ont été reportées à la fin du livre.
Les Opéra omnia^ Vesalii de Boerhaave et Albinüs avaient paru en 1725 à Leyde. Ils contiennent toutes les planches de l’Epitome et du Grand ouvrage d’anatomie gra¬ vées de nouveau par Wandelaer. Peu après, en 1728, fufim- primé dans la même ville le livre suivant : Andreæ Vesalii Bruxellensis tabulœ ossium humanorum edidit eorumque explicationemadauxüEduardus Sandifort. Lugd. Batav., apud Luchtemam. In-fol., 52 pages, qui contient 24 planches gravées sur cuivre d’après celles de l’édition de Boerhaave et Albinus. L’ordre seul a été interverti.
Enfin, dans les planches anatomiques attribuées à Pierre de Cortone et publiées en 1741 à Rome par l’imprimeur Faustus Amideus sous ce titre : Tabula) anatomicœ a celeber- rimô pictore Petro Berettino Cortonensi, delineatæ et egregie œri incisæ nunc primum prodeunt et a Cajetano Petrioli, romano,doctore regis Sardiniœ chirurgo, pu- biico anaiomivu vl inier arcades Erasistrato Cao, notis illustratœ. Grand in-folio. A côté de la figure principale, on a dessiné dans une autre manière (comme complément) un grand nombre de planches de Vésale d’après Valverde ou un autre imitateur. Sur la première planche on a écrit au bas : «Petr* BerreP Corton® delin. » A côté, le signe L, répété sur une autre planche encore, doit être le monogramme du gra¬ veur. 11 y a en tout 27 planches (tabulœ) ; 7 seulement (XI, XII, XXI, XXII, XXIII, XXIIII, XXV) n’ont rien de Vésale. Les ' trois squelettes, de face, de dos, de profil, sont mal imités dans la planche XXVI ; mais on reconnaît très-bien dans le corps^de femme dont le ventre est ouvert (planche XXVIP et dernière) la figure de l’Epitomft de Vésale d’après Gemini ou ses imitateurs. La planche XXIIII (veines superficielles pour la saignée) avait déjà paru ajoutée dans le recueil des planches de Dulaurens, publiées à Paris par Jollain, 1731. Voyez plus haut la planche 19.
On a beaucoup discuté sur la provenance de ces planches, attribuées à Pierre de Corfone, et les remarques que je viens de faire sur les XXVI, XXVII et XXIII me font croire que cette opinion est admise un peu à la légère. On sait d’ailleurs que Haller ne l’a pas acceptée : il croit qu’elles ont été dessinéèspar Guillaume Ri va, et suivant d’autres auteurs
— i’Si)-
elles seraient de Jean-Marie Castellano. Ces diverses attribu¬ tions ont été longuement discutées dans la dédicace d’une autre
édition splendide où l’auteur, prétendant que les planches de Vésale avaient été surajoutées, a pris le parti de les suppri¬ mer ; il garde cependant les squelettes du Grand livre d’ana¬ tomie et la femme de l’Epitome. Tabulœ anatomicæ ex ar- chetypis pictoris Pétris Berettini Cortonensis expresses et in œs incisœ, opus chirurgis et pictoribus apprime ne- cessarium. Alteram hanc editionem recensuit, nothcis iconas (sic) expunxit perpétuas, explicationes adjecit Franciscus Petraglia phil. et med. professer. Romæ, impensis Venantii Monaldini, 1788. Grand in -fol. Au- dessous du titre se voit un petit tableau qui était déjà dans l’édition précédente. La dédicace est signée de J.-Ant. Monaldini, bibliopola, le frère de l’imprimeur probablement. Il discute longuement l’origine de ces planches dites de Pierre ? de Cortone ; rien ne prouve qu’elles soient de ce peintre.
A ce propos, qu’on me permette une petite digression. On sait que les planches du célèbre anatomiste de Rome, Barthé¬ lémy Eustachi, de San-Severino dans la marche d’Ancône, gravées, dit-on, sur cuivre en 1552 et restées dans l’oubli près d’un siècle et demi, avaient été publiées par Jean-Marie Lancisi en 1714. La dédicace en avait été faite de concert avec le pape Clément XI. Pinus, élève d’Eustachi, en avait reçu le dépôt après la mort de son maître. Le pape savait que la succession de la famille Pinus était passée dans celle des Rossi ou de Rubeis, et c’est là qu’elle auraient été retrou¬ vées. En 1717, elles parurent de nouveau à Genève à la suite du Theatrum anatomicum de G.-J. Manget. — Nouvelle édition de Lancisi, Rome. 1720. — Rome, 1748, avec expli¬ cations nouvelles de Cajetan Petrioli. Je me bornerai à dire que ces figures n’ont pas la facture duxvi® siècle.
Cette résurrection singulière des planches d’Eustachi et le bruit qui se lit autour d’elles donnèrent sans doute l’idée de publier les planches attribuées à Pierre de Cortone. Le mou- vÿinent, commencé en 1714 par Lancisi et le pape Clément XI, continué par Juslus Amideus en 4747, se termine par la publi¬ cation, en 1750, des huit planclfes que Gaétan Petrioli ajouta encore aux planches d’Eustachi; Le otto tavole... In Borna, 1750. Ces huit figures, élégamment dessinées par Giov. Pesci, ann. 1740, et gravées par Bald Gabbuggiani, portent l’in¬ scription : Orig. di Gaet. Petrioli, romano.
L’édition d’Albinus, 1744, donne le 48 planches de Lancisi
avec des figures au trait en regard. Elle sont vantées ajuste titre. Quelques-unes se retrouvent dans l’Anatomie de Winslow. Mais ici, rien de Vésale.
LES ARTISTES.
Le premier qui fit un ouvrage pour offrir comme modèles aux artistes les planches de Vésale est un peintre de La Haye, Jacob Vander Gracht. Son livre, en langue néerlandaise, a pour titre ; Anatomie der wtterlicke deelen van het Menschelick Lichaem a Dinende om te verstaen ende volkomentlick wt te beelden ail beroerlicheit des selden Lichaems. Aengewesen door Jacob Vander Gracht, Schil- der. Bequaemvoor Schilders, Beelthouwers, Plaetsuyders, als oock Chirurgiens. Wtgegeven door den Auteur in sGraven Hagœ, 1634 (Anatomie des parties extérieures du corps humain, servant à faire comprendre la perfection des formes et des rhouveraênts dudit corps, composée par Jacob Van der Gracht, peintre ; à l’usage des peintres, des statuaires, des graveurs et même des chirurgiens). In-folio. Ce titre est dans un beau frontispice où la figure allégorique principale, ayant une palette à la main gauche, porte suspendu au cou un masque sur lequel est écrit : Imitatio.
Lé texte se compose d’extraits des livres de Dulaurens, de Cabrol et de Vésale, traduits en langue néerlandaise, ainsi que les explications des planches. Elles sont au nombre de 18 : les deux squelettes, de face et de dos aux mains jointes, et les quatorze planches de muscles de Vésale, fort bien reproduites, quoique gravées dans une manière différente. Elles ont leur dimension originale, 34 centimètres. Les deux autres planches, pour l’anatomie de la main et du pied, sont de J. Gasserius.
La plus belle reproduction des planches de Vésale pour les artistes est sans contredit celle de François Tortebat ; Abrégé d'anatomie accommodée aux arts de peinture et de scul¬ pture, mis en lumière par Fr Tortebat, peintre du roy dans son Académie royale de peinture et de sculpture. A Paris, 1667. Grand in-fol. J’en possède un très-bel exem¬ plaire. Il ne porte pas le nom de Roger de Piles, qui passe pour l’avoir inspiré. A la fin, après le privilège, on voit qu’il a été Cl achevé d’imprimer pour la première fois le douzième janvier 1668 ».
Sans discussion, les planches de Vésale sont attribuées à
Titierv, et cette fausse attribution est demeurée jusque dans ces derniers temps. «Pour ce qui est des figures, est-il dit à la fin de la préface, elles sont d’après celles que le Titien avait desseignées pour le livre de Vésale; vous les trouverez assurément fort justes; et je m’en suis servi parce que j’ai cru qu’il était impossible de mieux faire pour le sujet. » L’ouvrage contient, avec leurs explications, douze figures gravées sur cuivre et de tous points fort belles, mais toute s inversées, ce qui est d’ailleurs sans inconvénient. D’abord les trois squelettes du Grand ouvrage d’anatomie : A, de face; B, de dos, aux mains jointes ; G, de profil. Ils ont été agrandis; mesurant 34 centimètres dans l’original, ils ont ici 41 et 42 centimètres. Puis sept figures des muscles ; les IIP, IIIP, VP et VIP, calquées sur celles de l’Epitome, ont 43 centi¬ mètres; les P®, IP, V®, empruntées au Grand livre d’anatomie, ont été agrandies pour atteindre à peu près les mêmes dimen¬ sions. Enfin les deux belles figures nues de l’homme et de la femme sont l’exacte reproduction de celles de l’Epitome. Le sol sur lequel repose chaque figure représente des paysages variés qui ‘proviennent du Grand ouvrage d’anatomie. Les squelettes et les figures I, II, V, ont conservé celui qu’ils avaient. Pour les figures de l’Epitome, on retrouve dansles IIP et IIIP les paysages des planches 13® et 12® des muscles; dans les VP et VIP ceux des planches 5® et 4®, et dans les deux figures nues ceux des planches 10® et 11®. L’auteur dit, à propos de la première figure des muscles, que « Titien l’avait desseignée exprès pour les peintres, comme Vésale le té¬ moigne ». Ce qui n’est pas exact. Après l’explication de la septième : «Je m’arrête ici tout court, mon cher lecteur... Si votre curiosité vous porte à vous instruire plus à fond de l’anatomie, je vous conseille de voir Vésale : les figures que je Titien lui a desseignées sont d’un prix et d’une beauté inestimables. » Enfin cette dernière note : « Pour détromper ceux qui croyent qu’on ne peut pas savoir Fanatomie sans faire dur, j’ai bien voulu vous faire voir à la fin de ce livre les deux figures que le Titien a mises à la fin de l’Epitome de Vésale : vous en jugerez. »
Le recueil de Fr. Tortebat a eu autant de vogue que l’imi¬ tation de Th. Gemini. Il a été reproduit nombre de fois, mais avec dix planches seulement : les sept figures des muscles et les trois squelettes qui portent les numéros 8, 9, 10. Les figures nues de l’Epitome n’existent que dans la première édition de 1667.
C’est dans üh format un peu plus petit qu’ont été faites tes
planches de la traduction allemande publiée en 1706 à Berlin : Kurge Verfassung der Anatomie wie selbige zu der Malhery und Bildhauern, erfordert wird, zum Besten der kdnigl. preussischenAkademie,erstHchauslichtgegebenvonFrançois Tortebat, nun aber in diese bequeme, from gebracht. Berlin by Rüdiger, 1706. Petit in-folio (Court extrait d’anatomie indispensable aux peintres et aux sculpteurs, publié pour la première fois par François Tortebat, maintenant donné dans le format commode). L. Choulant (ouvr. cit., p. 57) l’attribue à Samuel Théodor Geriche, et fait peu de cas des gravures des¬ sinées par Lorenz Beger d’après Tortebat. Elles mesuraient environ 34 centimètres, comme les planches du Grand ou¬ vrage de Vésale. Les quatre planches tirées de l’Epitome seules auraient été réduites dans leurs dimensions.
La même année 1706, parut à Augsbourg une autre imita¬ tion de Tortebat, bien que le titre ne le nomme pas : Andrece Vesalii Bruxellensis Zergliederung dess menschlichen Cor- pers. auf Mahlerey und Bildhauerkunstgericht. DieFiguren vonTüiangezeichnet. Auspurg. Gedrucktund verlegt dur ch Andréas Maschenbaur, 1706 (Anatomie du corps humain faite au point de vue de la peinture et de la sculpture. Les figures dessinées par Titien, Augsbourg, imprimées et pu¬ bliées par André Maschenbauer). In-folio, 16 feuillets. L’attribution des planches de Vésale à Titien indique bien François Tortebat. L. Choulant (ouvr. cit., p. 50) décrit ainsi ce livre, que nous ne connaissons pas : «Sur le frontis¬ pice cinq crânes du Grand ouvrage, et cinq autres à la fin ; trois squelettes et quatre figures de muscles ensemble ; quatre autres figures de muscles etles deux figures nues de l’Epitome. »
Une autre édition parut en 1723, avec cette variante dans le texte : « Zergliederung des Menschlichen Côrpers, inso fern sie Mahlern und Bildhauern dienlich ist. Auspurg, Verlep von Maschenbauer.» 14 feuillets. Mêmes planches ; les crânes du frontispice sont à la fin, et des cinq autres trois seulement ont été conservés et mis avec les figures.
Jacques Douglas avait eu aussi l’idée de publier séparé¬ ment quelques planches de Vésale. Dans la première édition de sa Bibliographie anatomique, 1715, il dit qu’il a publié récemment (nuper), avec des explications qu’il a mises sur les planches elles-mêmes, huit figures : trois des muscles 2, 9 du Grand ouvrage), les trois squelettes, et les deux figures nues représentant les parties extérieures (de l’Epi- tome). Je suppose que les planches publiées par J. Douglas ont été copiées sur Gemini plutôt que sur Tortebat.
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Notomia de Titiano, dedicala ail illustriss. signor Franç Ghisilieri, semtore di Bologna, per Domenico Bonaverci. In-folio, sans lieu ni date, et sans texte, a dû paraître vers là même époque. Bonavera, élève de Canuti, était né à Bologne en 1640. Ce sont 18 planches de Vésale attribuées alors à Titien, comme l’avait fait Tortebat. Le même ouvrage a paru en latin avec ce titre ; Liber anatomicus. Titianus invenit et delineaviU Domenicus de Bonavera sculpsit. S. 1. n. d. (Haller, BibL anat., t. II, p. 740). Je ne connais ni l’un ni l’autre.
En 1733, Pierre-Jean Mariette fils réimprime V Abrégé d'anatomie accommodé aux arts de peinture et de scul¬ pture, mis en lumière par F. Tortebat. Il ajoute seulement dans le titre ; par M. de Piles. Même texte absolument; mêmes figures avec les signatures de F. Tortebat. On dirait que les planches de 1667 ont servi à cette édition. Les deux figures nues de l’Epitome n’y sont pas, autrement la repro¬ duction est complète.
Les planches sont aussi absolument pareilles dans la réim¬ pression de Charles-Antoine Jombert, 1765; mais le texte est un peu changé. Certaines notes ont été supprimées. C’est le même titre que dans l’édition précédente avec le nom de De Piles. Le livre est divisé en deux parties : Myologie et Ostéologie. L’Abrégé tiré àn Traité des os de M. Duverney n’est qu’une amplification du texte donné par Tortebat ou De Piles en 1668. Les squelettes sont transportés à la fin, pl. VIII, IX, X; mais dans l’exemplaire de la Bibliothèque Nationale il n’y a que le squelette de face A, les autres ont été perdus.
Dix-neuf ans plus tard (1784), le même Charles-Antoine Jombert, dans sa Méthode pour apprendre le dessin... Paris, chezL. Cellot, libr. impr., gendre et successeur de l’auteur, donne «six planches d’anatomie qui représentent un squelette et un écorché vus de différents côtés. Ces gravures sont faites, dit-il, d’après les planches originales dessinées par le Titien pour le livre d’anatomie de Vésale. » Ce sont les trois sque¬ lettes et les trois figures de muscles de face (1" de Vésale), de dos (9®) et de profil (2®). Elles ont 23 centimètres de hau¬ teur, fort bien gravées par Poletnich. Au lieu de F. Tortebat, on a mis ; le Titien delineavit. Le fils de Charles-Antoine Jombert avait épousé, en 1772, la fille d’Ambroise Didot. Son beau-frère, Firmin Didot, lui succéda.
Quelques années auparavant, en 1760, avait paru chez J.-B. Crépy, rue Saint-Jacques, une édition en plus petit format de l’ouvrage de Tortebat. Le titre est dans un frontis-
pice sans nom d’auteur, qui mesure, comme les planches, 26 centimètres de hauteur. La dédicace de Tortebat manque. L’avertissement aux « amateurs de l’art de peinture et de sculpture » est le mênae que celui des autres éditions «: au lecteur». Puis les trois squelettes et les sept figures de muscles avec leurs explications : rien n’est changé.
Le même ouvrage, absolument pareil de tous points, mais avec une meilleure impression, a été publié chez Jean, rue Saint-Jean -de-Beauvais, 10, sans date, au commencement de ce siècle, peu après la tentative suivante du même éditeur : Traité d'anatomie accommodée aux arts de peinture et de sculpture, par Tortebat. Nouvelle édition. A Paris, chez Jean, éditeur, etc. Grand in-folio. L’ancienne préface est suivie d’un avis de l’éditeur où il est dit que cet ouvrage fut imprimé pour la première fois en 1667, du vivant de l’auteur Roger de Pille (sfc)..., et que « ce fut F. Tortebat, gendre et élève de Simon Vonet, qui se chargea du soin de cette édition; il en grava même à l’eau-forte les figures, d’après l’indication et le choix faits par de Pille, des figures du Traité' d'anatomie de Vésale dessinées par le Tilien. » L’éditeur Jean a fait exécuter les planches dans le genre du crayon, cette manière étant plus favorable pour les Jeunes élèves... P. Thomas Leclère, peintre et dessinateur, s’est chargé de conduire et dè diriger cette nouvelle édition. La gravure est de Petit. Le texte est celui de l’édition de Jombert, divisé en myologie et ostéologie. Sur le dernier squelette, on lit : P. -T. Leclère, an VII (1798). Les figures sont de grande dimension, 43 centimètres. La pièce catalo¬ guée à la Bibliothèque Nationale Ta‘®5, avec la date probable (1826), est le texte de cette édition de l’an VU.
Après Jombert, d’autres libraires qui avaient acheté son fonds publièrent une autre édition du même ouvrage sous leur nom : Barrois l’aisné, libr.,r. de Savoie,23, etMagimel, libr., quai des Augustins, près le Pont-Neuf, 8. Paris, sans date. On imprime encore aujourd’hui de temps en temps, pour les besoins des artistes et des curieux, ces planches de F. Tortebat en feuilles séparées, chez M. Lelogeais, marchand d’estampes, rue de Seine, n® 18, où se trouvent très-bien conservés les cuivres (1) du célèbre graveur du xvii® siècle. Les épreuves sont toujours fort belles.
Le petit format de 1760, publié par J.-B. Crépy, repro¬ duit ensuite par l’éditeur Jean et par ses successeurs P. Ma¬ li) Achetés à la vente de madame veuve Jean, vers 18-46.
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rie et A. Bernard, continue à paraître chez Bernard, 1, rue des Grands-Augustins, ainsi que les grandes planches dans le genre du crayon de Leclère.
Ainsi depuis Tortebat, 1668, jusque dans ces derniers temps, on s’était fort peu occupé de Jean de Calcar, auquel Vasari attribuait les planches de Vésale, et, sans discussion, on continuait à les abriter sous le grand nom de Titien, pour leur donner sans doute plus de poids aux yeux des ar¬ tistes, et des professeurs de dessin.
Mais revenons un peu en arrière. Onze ans après le recueil de Tortebat, en 1679, Giuseppe Montani publia à Venise : Anatomia ridotta (réduite) aW uso di pittori e scultori, dal signor Giacopo Moro, consecrata ail’ illustrissimo ed eccellentissimo signore il signor Gio.- Andrea Raeiborsko, conte di Morstin e gran tesoriero del regno de Polognia. In Venegia, presse G.-T. Valmsense, 1679. In-folio. Dix-neuf planches au trait d’après Vésale : trois contenant les os séparés ; une autre avec les trois squelettes (I de face, II de dos, III de profil, elle est repliée) ; les quatorze planches de muscles et une dernière des muscles séparés des membres supérieurs et inférieurs. Les explications des lettres alphabé¬ tiques qui se trouvent sur les figures sont de Giuseppe Mon¬ tani. Est-ce la reproduction d’un ancien ouvrage? (Cabinet des estampes, J f. 6.)
En résumé, on vient de voir que ces étonnantes planches de Vésale, après avoir servi à illustrer pendant plus d’un siècle les livres d’anatomie, ont été utilisées ensuite, à cause de la perfection de leur dessin, comme modèles pour les artistes jusqu’à notre époque.
Tarin, chargé de l’article Anatomie dans la grande Ency¬ clopédie àeDiderot et d’Alembert, choisit trente-trois planches dans les meilleurs auteurs. Il fait reproduire (Recueil des planches sur les sciences et les arts, 1762, t. I“) les trois squelettes de l’Anatomie de Vésale, donnant ainsi sa part d’admiration à cette œuvre incomparable !
PARIS. — IMPRIMERIE DI E. MARTINET, RUE MlUHON, i
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extrait de la gazette hebdomadaire de médecine et de chirdrcie
AMBROISE PARÉ
(1510-1590)
LA DATE DE SA NAISSANCE — SA FAMILLE — SA DEMEURE SA RELIGION — SES ŒUVRES
M. LE E. TURNER
Membre honoraire de la Société anatomique, etc.
[Ce travail était déposé à la Gazette hebdomadaire, quand elle fit paraître une série d’articles de M. Emile Bégin sur Ambroise Paré. Au sujet de ces articles, je me contenterai de faire remarquer que le voyage d’Ambroise Paré dont il y est question a eu lieu, non kDourdan-sur-Orge (Seine-et-Oise), mais Mon a. Dourlan, Durlentium, Dourlens, aujourd’hui Doullens (voy. Gaz. hebd. , n“ 1 de janvier 1879, p. 6.).]
I- Quand il s’agit d’Ambroise Paré, on est heureux de trouver le monument littéraire élevé par J.-F. Malgaigne à la gloire du grand chirurgien du seizième siècle {Œuvres com¬ plètes, 3 vol., 1840). L’étude si connue et si remarquable sur sa vie et ses oeuvres, qui forme la troisième partie de 1 introduction (pages ccxxiii à cccli), tout en étant digne d’éloges mérités, n’est pas cependant sans quelques erreurs quelques omissions sur les points que je viens d’indiquer.
C’est pour corriger les unes et réparer les autres que ce petit travail a été entrepris.
L’erreur principale a été de fixer l’époque de la naissance d’A. Paré à l’année 1517. Et malheureusement, sous l’auto¬ rité de l’éminent professeur, elle a été <