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Croizier, Edme Casimir de, marquis La jr'erse et les ir'e rsans.

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LES INTERETS EUROPEENS EN ASIE.

LA PERSE ET LES PERSANS

LE NOUVEL IRAN ET L'ÉQUILIBRE ASIATIQUE

DU MEME AUTEUR

EN PREPARATION

L'Art russe, les peintres, les sculpteurs, les graveurs et les musi- ciens. 3 vol. in-8o.

Les chevaux russes, étude historique, anecdotique et statistique. 3 vol. in-8o.

L' Indo-Chine et les intérêts français, i vol. in-8.

L'Egypte politique, sociale, agricole, industrielle et commerciale.

1 vol, in-8.

Les .\rtistes portugais, 2 vol in-8.

lirniMKP, lE i>i;GK NE HEIITIK K T (; ' , A SAINT GERMAIN.

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LES INTÉRÊTS EUROPÉENS EN ASIE

LA PERSE

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LE NOUVEL IRAiN ET L'ÉQUILIBRE x^SIATIQUE

Le C" de CROIZIER

PARIS

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E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR %5»^*

PALAIS -ROV.VI., 17 ET 19, GALERIE D ORLEANS

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LES INTÉRÊTS EUROPÉENS EN ASIE

LA PERSE ET LES PERSANS

U\(lQASTl-E1)T)IV\(i-SCHQ4H

« Je n'examine pas si moi ou mes successeur» « serons plus ou moins heureux, je me préoc- tc cupe seulement de savoir si mes peuples seront (■ plus fortunés et plus prospères. »

(Nasr-Eddin-Schah.)

I.

I.E VOYAGE DE NASR-EDDIN-SCHAH EN EUROPK. SON IMPORTANCE.

Dans un ouvrage que M. Villemain appelait avec beaucoup de justesse « le plus profond des livres fri- voles, » Montesquieu, tout en jugeant avec une témérité d'examen poussée souvent jusqu'au paradoxe, les in- stitutions, les mœurs et les lois de son siècle, retrace le voyage imaginaire de deux Persans à Paris, et, ne perdant pas de vue un seul instant ses héros, montre à chaque page leurs étonnements dans la « capitale de F Europe. » Ils passent leur temps à examiner; ils écrivent ce qu'ils voient, ce qu'ils entendent ; tout les intéresse et

6 les étonne. " Nous sommes peut-être, disent-ils, les pre- « miers, parmi les Persans, que Tenvie de savoir ait fait « sortir de leur pays et qui aient renoncé aux douceurs << d'une vie tranquille pour aller chercher laborieuse- « ment la sagesse ; nous sommes nés dans un pays flo- «( rissant, mais nous n'avons pas cru que ses bornes « fussent celles de nos connaissances et que la lumière (( orientale dût seule nous éclairer. »

Ce qui dans les Lettres Persanes n'était qu'une ingénieuse fiction, le souverain actuel de la Perse a voulu en faire une réalité en s'éloignant de ses peuples pour venir visiter l'Europe.

Un tel voyage, si contraire au génie oriental, est un fait considérable qui peut avoir dans l'avenir, pour la Perse et pour la politique générale , des consé- quences immenses.

II

CARACTÈRE DE N ASR- ED D I N - SC H A H.

Les souverains asiatiques n'avaient jamais quitté leurs États que dans un but de guerre ou de conquête. Les réformes ne les i^réoccupaient pas. Pourquoi eus- sent-ils désiré des changements? N'avaient-ils pas tout en partage : puissance suprême, richesse, prestige? Toute modification dans le gouvernement n'eût donc pu que leur être préjudiciable.

A leurs yeux pouvait-il y avoir, en dehors des pays mahométans, des sciences, des arts, des dogmes véné- rables ? Les mœurs européennes pouvaient-elles être

7 comparées aux mœurs orientales, les vertus chrétiennes être mises en parallèle avec les vertus musulmanes ?

Les croyants sont-ils pas souillés par le contact des infidèles, et le Koran n'enseigne-t-il pas que les peuples musulmans sont d'une essence supérieure à celle de toutes les autres nations ?

Quel est donc le caractère de ce prince, qui, se plaçant au-dessus des intérêts de son trône, surmontant les ré- pulsions de sa foi, heurtant les préjugés de ses sujets, brisant les oppositions d'une partie de son entourage, ne s'est souvenu qu'il est « la Majesté élevée comme la planète Saturne, le Souverain à qui le Soleil sert d'éten- dard, dont la splendeur, la magnificence sont pareilles à celles des cieux, le Souverain sublime, le Monarque dont les armées sont nombreuses comme les étoiles, dont la grandeur rappelle celle de Djimschid, dont la munificence égale celle de Darius, l'héritier de la cou- ronne et du trône des Keyaniens, l'Empereur sublime de toute la Perse, le centre de l'univers, le puits de science, le lieutenant du prophète, le marchepied du ciel, le Roi des Rois\ » que pour s'arracher à sa quiétude et remplacer sa raison par celle des Francs?

A coup sûr, un tel prince est animé d'un esprit supé- rieur.

I. Voir pour l'explication de ces titres le chapitre vu.

III.

POLITIQUE DE N A SR-E DD IN - SCH AH. SES GUERRES. SITUATION DE LA PERSE VIS-A-VIS DE l'anGLETERRE ET DE LA RUSSIE,

Nasr-Eddin-Schah a Tétoffe d'un réformateur et d'un conquérant. Arrivé au trône en 1848, par la mort de son père Mohammed, il s'est tracé au début de son règne, un programme de gouvernement dont il ne s'est jamais écarté.

Pénétré de la nécessité d'adopter la civilisation dans ses applications les plus multiples, pour arriver à cons- tituer son empire en un Etat puissant et riche, il s'est constamment appliqué à introduire le progrès dans toutes les branches de l'administration, cherchant sans trêve à coordonner les divers éléments de prospérité que possède la Perse, exerçant par lui-même une active sur- veillance et n'accordant sa confiance qu'à l'intelligence et au mérite. Les relations nous le montrent occupé à transformer son armée par l'introduction de la discipline et des méthodes françaises, et favorisant l'établissement des institutions les plus modernes.

Ses armes n'ont pas été sans gloire ; il a triomphé de différents peuples asiatiques. Après avoir battu l'iman de Mascate, il a renouvelé les incursions des Iraniens, de Cyrus et des Parthes dans le Turkestan, c'est-à-dire dans l'ancienne Bactriane et l'ancienne Sogdiane ; on se rappelle que l'immixtion de la Russie devait laisser ces avantages sans résultat, de même que l'influence an-

glaise devait paralyser les succès qu'il remporta dans r Afghanistan et le Kaboul.

La Russie et l'Angleterre, tels sont en effet les deux ennemis naturels de la Perse, ennemis dont l'influence jalouse, se contrebalançant et admettant par cela même l'existence de l'Iran comme indispensable à leur sécurité réciproque, a jusqu'ici sauvegardé l'empire.

Nasr-Eddin-Schah est trop sage pour affronter ouver- tement, désormais, d'aussi terribles adversaires ; avec une habileté qui fait honneur à son tact politique, le mo- narque persan a su profiter de leur constante rivalité pour leur faire respecter l'indépendance et l'autonomie de ses provinces, et il a été assez prudent pour résister aux dangereuses suggestions des événements '. C'est ains que, dès le début de la guerre d'Orient, il se déclarait pour la neutralité entre les parties belligérantes.

Prévoyant toutes les éventualités, ayant conscience de rinfluence marquée que la Perse doit avoir sur la politique, il a su se ménager de précieuses alliances et s'assurer des amitiés puissantes.

Peut-être, une des raisons déterminantes de son voyage en Europe, a-t-elle été le désir de compter ses amis et de savoir ce qu'il pourrait réclamer, le jour la question de l'équilibre asiatique, qui est la véritable question d'Orient, s'imposerait à l'attention des puissances occi- dentales.

I. Si, autrefois. Nasr-Eddin-Schah n'a pas craint d'affronter une rup- ture avec l'Angleterre, c'est qu'il voulait, comme nous le disons à la page 53, affirmer vis-à-vis des puissances l'indépendance de ses États.

lO

IV.

LA PERSE ET L EQUILIBRE ASIATIQUE.

Le moment est venu pour la Perse de trouver des appuis en Europe; nous ne sommes plus au temps l'Angleterre et la Russie prenaient seules une part active aux affaires de TAsie.

Les différents cabinets sont aujourd'hui tous pénétrés de cette vérité proclamée par le testament de Pierre le Grand : ^< que le commerce des Indes est le commerce du monde, et que celui qui peut en disposer est le sou- verain de TEurope; » et sentent tous de même la néces- sité d'ouvrir des relations et d'engager de nouveaux rapports avec les peuples asiatiques.

Par sa situation géographique, la Perse ne serait-elle pas destinée à reprendre le rôle qu'elle a occupé autre- fois et à redevenir le grand entrepôt commercial de l'Europe et de l'Asie, et pour sauvegarder leurs intérêts divers en Orient, les puissances ne pourraient-elles pas faire de son autonomie et de son indépendance l'objet d'une convention internationale ? Ce serait donner un contrepoids à la prépondérance toujours croissante de l'Angleterre et de la Russie, et ménager au commerce européen des débouchés dans l'Asie centrale.

La France, la Hollande, l'Espagne et le Portugal, parmi les puissances qui ont gardé des possessions en Asie-, l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, les États-Unis, parmi celles qu'inquiète l'extension débordante de l'An- gleterre et de la Russie, la Grèce comme la première

des nations maritimes marchiindes, ne se rallieraient- elles pas à une semblable con\ention?

V.

I.KS INTKRF.TS KIIUOI'F.KNS F, N ASIK.

Et tout d'abord, la France, renouant depuis quelques années la chaîne de ses traditions coloniales rompue sous le premier empire par des défaites maritimes et le blocus continenal, peut-elle oublier ses possessions de rinde, Pondichéry, Karikal, Mahé, Yanaon, Chander- nagor, etc.. ;, sa nouvelle conquête de Cochinchine, son protectorat du Cambodge et celui qu'elle cherche, en ce moment même à établir sur Fempire d'Annam, peut-elle renoncer aux relations commerciales qu'elle veut nouer avec le centre de la Chine par le Ton-Kin', avec celles qu'elle a déjà avec la Chine orientale et le Japon ; enfin, peut-elle ne pas songer à ses possessions d'Océanie ?

Et la Hollande, et TEspagne, et le Portugal, qui ont tant à redouter pour leurs possessions asiatiques, et TAutriche, et TAllemagne, et Tltalie, qui ont des flottes et pas de colonies, et la Grèce qui, depuis que les ports français lui ont été fermés par la dénonciation des traités de commerce et la surtaxe de pavillon, a été amenée à délaisser en partie le cabotage de la Méditerranée

I. Une grande expédition d'exploration du tleuve et de la province du Ton-Kin, est en voie d'accomplissement sous la direction de M. le lieutenant de vaisseau Louis Delaporte; les départements de la marine, des affaires étrangères, de l'instruction publique et la Société de géo- graphie ont accordé à M. Delaporte des crédits spéciaux; ancien membre de la commission d'exploration du Mékong, M. Delaporte nous a fait connaître par de nombreux dessins les remarquables ruines d'Angcor.

pour les voyages au long cours, et les Ktats-Unis, qui n'ont pas vu sans un certain sentiment de crainte et de jalousie le commerce européen accaparer les richesses de l'Asie, et qui, dès maintenant, s'efforcent de prendre une place importante sur les marchés de la Chine et du Japon, ne saisiraient-ils pas avec empressement Toc- casion qui leur serait offerte de ne pas renoncer à toute influence dans Textrême Orient? Cette solution aurait pour la Perse un immense avantage : elle la mettrait à Tabri de toute agression et lui permettrait de diriger toutes ses forces vives vers le grand œuvre de sa régénération , Si plus tard, la Perse est appelée à revendiquer, au nom du principe des nationalités, ses provinces cas- piennes, la souveraineté du Bélouchistan et de TAfgha- nistan, la suzeraineté des khanats turcomans de Khi va, Bokhara et Khokand, la navigation de la Caspienne et de TAral, et, dans le cas la question d'existence de Tem- pire ottoman viendrait à être posée devant la diplomatie, ses anciennes possessions du Tigre et de TEuphrate, de la mer Noire et delà Méditerranée, il est certain qu'au- jourd'hui elle ne peut aspirer qu'à la paix au dehors pour obtenir la prospérité au dedans.

VI.

I, A PKRSK PHYSIQUE ET S K S F O R C R S PRODUCTIVKS.

Telle que l'ont faite les traités, la Perse est encore restée, après la Chine et les territoires russes et an- glais, le plus grand État de l'Asie, Sa superficie est de i,65o,ooo kilomètres; elle est près de quatre fois plus étendue que la France, et trois fois plus vaste à elle

seule que Tempire d\\llemai;ne, c'esl-a-dire que la réu- nion de quatre royaumes, sept grands duchés, six du- chés, huit principautés et trois villes libres.

Les autres royaumes asiatiques, Siam, Annam, Bir- manie, Japon, avec leurs 5 ou 600,000 kilomètres car- rés ne lui sont donc pas comparables.

On comprend que dans un aussi vaste territoire, les différences de configuration du sol, de climat, de condi- tions économiques sont très-sensiblement accentuées '.

Cependant, on peut dire que Faspect général de la Perse oftre un large plateau, entouré de montagnes qui se relient au système de TAltaï et de THimalaya; des plages basses sur le golfe Persique et la Caspienne, des rangées successives d'élévations boisées ; entre elles des vallées spacieuses, des plaines fertiles, de vastes déserts incultes, de gras pâturages.

Tandis que les provinces du nord sont soumises à des vents froids et vifs, celles du sud aux chaleurs de FHindoustan, les provinces du centre jouissent d'un ciel incomparable et d'un climat tempéré'^.

Une des principales causes ciu peu de fécondité certaines parties de la Perse doit être attribuée à la rareté des cours d'eau-, comme dans les déserts de l'Algérie^ les ruisseaux qui découlent des montagnes vont se perdre dans les lacs ou dans les sables avant d'être devenus rivières ou fleuves ; à part le Tigre, la Dyala et la

1 . Voir Recueil de voj'ages et de iiienioires de la Société' de idéogra- phie^ l. II : Mémoire sur la géographie de la Perse.

2. C'est ce que disait déjà Néarquc, quatre siècles avant notre ère; voir la relation du périple du célèbre voyageur grec dans les Indiques. de l'auteur grec Flavius Arrien,

14 Kherkha ses affluents, le Chat-el-Arab, la Kouren et la Sua Regiaii, dans le bassin du golfe Persique ; TAraxe, le Kizil Ouzen et T Atrek, dans celui de la mer Caspienne, il n'y aque peu dévoies fluviales dans ces immenses régions.

Le sol, malgré sa sécheresse, produit en abondance des plantes de toute nature, des essences de toute sorte, des fruits de toute espèce.

Le blé, Torge, le millet, croissent presque partout. Le riz, la canne à sucre, ce roseau qui, selon les vieux auteurs orientaux, produit le miel sans le secours des abeilles ; le pavot à opium, que la Chine a emprunté à la Perse; le coton, le chanvre, le lin, tous les textiles, les mûriers blancs si précieux pour Télève des vers à soie, le figuier, la vigne, le caféier qui, sur les bords du golfe Persique retrouve le sol deTYémen^le sésame, etc., etc., abondent sur les terres cultivées.

Les fruits de la Perse ont une saveur inconnue sous nos climats. Le melon, importé en Occident lors des premières expéditions des Romains contre les Perses, est à Kaschan dans son pays d'origine ; dans les terrains du Ghilan et du Mazandéran, les pastèques acquièrent un volume considérable ; les raisins de Chiraz et de Baran, les dattes du Kerman et du Laristan, les grenades et les figues de Yedz, les prunes du Khorassan, les pistaches de Kasbin, les poires de Tlrak-Adjémi, Torange, la pomme de Perse, pomme de Médie, pomme d'or des. poètes, sont justiement renommés.

Comme le melon, le pistachier et l'oranger, le citron- nier a pris naissance en Perse -, un traité d'Ebembitar, de 1 1 87, traduit de l'arabe en latin, dit que cet arbre a été apporté d'abord de la Médie en Grèce; c'est pourquoi

ces fruits sont appelés, en latin, inala mcdica ou encore mala assyria.

Le chêne, le hêtre, le platane, les peupliers, le jujubier introduit en Italie au temps d'Auguste, le cyprès, le pi- nastre, Forme, le noyer, sont les principales essences des forêts qui renferment encore des citronniers, des oran- gers, des mûriers et des ceps qui atteignent la hauteur vraiment extraordinaire de 80 pieds.

La partie la mieux boisée est celle qu'occupent les provinces du nord et du nord-est. La plupart des districts montagneux sont couverts de magnifiques fo- rêts \ les régions du sud, sans être dénuées de toute vé- gétation forestière, présentent cependant le spectacle de quelques espaces complètement arides.

Les richesses minérales de la Perse doivent être immenses ; elles n'ont pu être évaluées même approxi- mativement : on trouve en beaucoup d'endroits , et en quantités considérables, le cuivre, un des métaux les ' plus anciennement découverts dans l'Iran; le fer, le plomb, l'argent, la houille, le naphte dont il existe des sources sur les bords du Tigre -, le pétrole, naturellement déposé dans certaines couches de sable, d'argile ou de calcaire ; les granits, les porphyres, les marbres, les agates qui se rencontrent dans les déjections volcaniques, les onyx, les calcédoines, les pierres fines, et parmi elles la turquoise pierreuse ou orientale, qui n'existe pas ailleurs : elle est d'un bleu céleste tirant un peu sur le céla- don-, c'est la pierre précieuse, combinaison de silice et d'oxyde de fer, elle raye le verre, les acides ne l'attaquent pas et le feu n'a pas d'action sur elle.

Le sel est partout; la terre en est tellement imprégnée

que tous les lacs sont salés, et que les amas d'eau qui s'y forment le deviennent insensiblement.

La faune est des plus nombreuses. Outre la plupart des espèces de nos pays, le lion, le tigre, le léopard, Fonce, Tours, Tonagre, la gazelle se propagent en Perse; sous le ciel iranien, tous les animaux sont plus beaux et plus forts qu'en Europe. De toute antiquité, les chevaux de Perse ont été estimés parmi les meilleurs. Les mou- tons fournissent une laine très-fine, et les chèvres du Kerman une soie qui ne le cède qu'à celle des chèvres du Thibet.

L'espace nous fait défaut pour présenter le tableau détaillé des forces productives cie la Perse, mais ce rapide aperçu doit suffire à montrer combien sont grands les éléments de richesse que possède cet empire.

VIL

l^Ol'ULATlON LA RACE IRANIENNE. SON HISTOIRE- SA VITALITÉ.

Lct population est évaluée à onze millions d'habitants^ plus un million sept cent mille nomades turcs, kurdes, arabes, soit,j douze oii treize millions d'âmes.

Par suite des dittérentés invasions' dont la Perse à été le théâtre, par suite de sa grandeur même, qui fit, à certaines époques, de ses capitales successives"^ des cen- tres d'attraction vers lesquels tous les peuples conver- gèrent, une grande diversité existe dans cette population

1. Invasions assyrienne, .soythe, hcllcno-macédonienne. taftare- tur- que, mongolique, arabe.

2. Nishapour. Rages. Amol, Ecbaianc. Susc, Persépolis. Ispahan et Téhéran.

17 formée de ditférentes races qui, à la longue, se sont agré gées sur son territoire*.

Cependant Tancienne famille iranienne, qui vint co- loniser à une époque des plus |reculées les régions com- prises entre T Indus et le Tigre, le golfe Persique et la Caspienne, sortie, comme les familles indienne, pelasgo- hellénique, romane, germanique et celtique, des hauts plateaux de F Asie, berceau de la race blanche ouariane-, s'est perpétuée à travers les âges depuis cinq mille ans, édictant les grands principes constitutifs des sociétés modernes, dirigeant les migrations des peuples qui ont formé l'Europe, imposant à ses vainqueurs eux-mêmes ses usages, ses lois, ses sciences et ses arts et leur faisant oublier jusqu'à leur nom, triomphant des influences chamite, sémitique ettartaro-linnoise, et finalement, après onze cent quarante-deux ans^ de luttes héroïques, de dé- chirements intérieurs de toutes sortes, se reconstituant en monarchie nationale sous la dynastie des Kadjars.

C'est bien la même nation qui a pu affronter ainsi l'œuvre des siècles : types, costumes, croyances, ten- dances, idées , n'ont pas changé ^ les bas-reliefs de Persépolis, les inscriptions cunéiformes de Suse, les pierres gravées d'Ecbatane, les traditions guèbres, les poèmes « Nameh, » les documents parsys, arabes, in- diens, grecs et romains, attestent que les sujets de Nasr- Eddin-Schah sont bien les descendants directs de ces Ariens qui, sous la conduite du « Djim » dont parlent le

1 et 2. Voir les travaux ethnographiques de Blumenbach, Camper, et ceux de leurs continuateurs; entre autres, le Mémoire de M. INicolas de Khanikoff, publié par la Société de géographie,.

3. 652-1/94, de l'invasion arabe à l'avènement des Kadjarj.

i8 Vendidad^ des Guèbres, la Bible des Hébreux, les Védas- des Hindous et les Sagas ^ des Scandinaves, vin- rent fonder le premier empire iranien.

Entré en Perse, trente siècles avant l'ère chrétienne, Ife peuple iranien introduit dans le pays la féodalité que la France et la plupart des États de F Europe ont adoptée quatre mille ans.plus tard, se constitue en une fédération des chefs de famille réunis sous le commandement de Tun d'eux, le Roi des autres Rois, et jouit pendant huit cents ans, sous ces Keyaniens dont les Schahs se vantent d'être les successeurs, d'une entière indépendance et d'une liberté illimitée ; soumis pendant dix siècles à l'As- syrie, il ne se fond pas avec la nation dominatrice et se maintient en insurrection continuelle, ébauche l'œuvre de sa libération sous Ferydoun-Phraortès et ses succes- seurs, et finit par recouvrer son indépendance avec Cy- rus. A partir de Xerxès, les Achéménides veulent éta- blir le pouvoir absolu, il sont renversés par les grands qui appellent Alexandre et abandonnent la cause de Da- rius IIÏ pour se ranger autour du héros macédonien^

1 . Le Vendidad. l'une des parties du Zend-Avesta, livre sacré des Guèbres, écrit en langue zend. dont la rédaction est attribuée à Zoroas- tre, a été apporté en France et traduit en latin par Anquetil-Duperron. Paris, 1771, 3 vol in-40. Eug. Burnoufa publié, avec une traduction française et un commentaire, le texte original du Vendidad, 1829-43, in-40.

2. Les Védas, livres sacrés des Indous, en langue sanscrite, dont une traduction abrégée fut faite en persan par ordre d'un frère d'Aureng- Zeyb, au xvne siècle, puis traduite elle-même en latin et publiée en fran- çais, par fragments, par M. Langlois, en 1848.

3. Les Scaldes, ou bardes Scandinaves, du xi" au xvii' siècle, ont con- signé dans les Sagas les traditions mythologiques et historiques du Da- nemark, de la Suède, delà Norwége et de l'Islande.

4. Pour les historiens orientaux, Alexandre est un Achéménide, il est fils d'Ochus et d'une tille de Philippe de Macédoine; élevé à la cour de

Alexandre continue Tœuvre de Cyrus et de Darius I' •", et laisse Tlran plus puissant que ne fut jamais aucun État ; après lui, les nobles iraniens, impatients de la domi- nation étrangère des Séleucides, se groupent autour des Parthes, celui des peuples de leur race qui avait conservé le plus fidèlement les anciennes coutumes, combattent pour leur liberté et mettent à leur tête cette dynastie des Arsacides parthes qui devait tenir en échec le monde romain, et dont les chefs continuèrent à n'être que les premiers des grands; les Sassanides prolongèrent jusqu'à Tinvasion arabe Tenchaînement des traditions nationales. La conquête musulmane n'anéantit pas la famille ira- nienne; après un siècle et demi de domination, la Perse recommence à posséder une existence propre. L'empire arabe perd successivement ses provinces ; des E^tats in- dépendants se forment sur divers points; c'est encore la féodalité qui reparaît. Au milieu du bouleversement de toutes choses, la Perse de loin en loin retrouve quelques reflets de sa grandeur passée ; le fondateur de la dynas- tie des Sophis réunit sous son sceptre l'empire tout entier; Abbas mérite le nom de Grand; après les in- vasions des Afghans, des Turcs et des Russes, au milieu d'une série d'usurpations, Kérim-Khan vient jeter quelque

son grand-père, il serait venu en libérateur de sa race mettre fin au despotisme de Darius Codoman. Ce qui est certain, c'est qu'Alexandre fut reçu en Perse en triomphateur, qu'à part Tyr et Gaza toutes les villes s'ouvrirent devant lui, qu'il traita avec les plus grands honneurs la famille royale, fit au dernier des Achéménidcs des funérailles magni- fiques, fut reconnu comme héritier légitime du trône de Perse, maria 3,000 Macédoniens à des filles iraniennes, prit lui-même comme temmes Statyra, fille aînée de Darius, Puymatès, fille puînée d'Ochus, et Roxane, fille d'Oxyartès, confirma la plupart des satrapes dans leurs gouverne- ments, reconnut les privilèges féodaux des nobles Iraniens, enfin prit les habits, les coutumes et les lois de l'Iran.

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lustre sur la dynastie des Zend ; enfin, Aga-Mohammed- Khan fonde la dynastie des Kadjars-, son successeur, Feth-Ali-Schah reconstitue l'ancien Iran qui aujourdliui, sous le gouvernement éclairé de Nasr-Eddin-Schah, semble appelé à reprendre la place que lui assignent dans les affaires de TAsie, et son histoire et sa situation géographique.

VIII.

LA RACE IRANIENNE COMPARABLE A LA RACE HELLENIQUE. CE QUI A SAUVÉ LA GRÈCE, CE QUI SAUVERA LA PERSE.

Toutes les calamités se sont successivement abattues sur la Perse, et la Perse n a pas disparu. « Qu on se fi- gure, dit Voltaire, la guerre de Trente Ans dans TAlle- magne, les temps de la Fronde, les temps de la Saint- Barthélémy, de Charles VI et du roi Jean en France, les guerres civiles d'Angleterre, la longue dévastation de la Russie entière par les Tartares, on aura quelque idée des fléaux qui ont désolé la Perse ^ »

Pour quun peuple ait survécu à de semblables épreuves, il faut qu'il porte en lui des principes bien puissants de vitalité; la race hellénique offre seule un semblable exemple de longévité.

La plupart des agglomérations humaines qui ont oc- cupé, dans Tantiquité, Thistoire du monde du bruit de leurs exploits et de leurs conquêtes sont tombées sans retour, les empires ont disparu, les villes se sont écrou- lées-, institutions, mœurs, lois, tout a été englouti dans

1 Voltaire. Histoire de Russie.

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un cataclysme général. L'ancien emplacement de Troie n'a pu être retrouvé par les archéologues ; la Lydie qui, sous Crésus, fut si grande, n'a pas laissé de traces de son existence: quelques pierres calcinées marquent seules le point précis fut Ninive -, les Turcs, race agonisante, campent sur les ruines de Carthage; de gigantesques monuments attestent qu'il y eut une civilisation égyp- tienne, mais est le peuple qui les édifia? Ce n'est pas à coup sûr le fellah, ce bétail humain courbé sous le bâton du khédive.

Les Etats qui n'ont pas été totalement anéantis ont été absorbés, les peuples qui n'ont pas entièrement péri sont disséminés à travers la terre. Rome n'est plus dans Rome; sur les ruines du monde romain, s'est élevé le monde chrétien; le pouvoir des Arabes a été renversé par les armes persanes, puis par les races turques et mongoles en Orient, et par la race latine en Espagne. Des empires d'Alaric, d'Attila, de Gengis-Khan, de Timour, que subsiste-t-il? Et les Syriens? Et tant d'au- tres peuples dont tout s'est perdu, tout, jusqu'au nom !

Au milieu de cet effondrement général, loi immuable de la nature, seules la Perse et la Grèce sont restées debout ; ces deux nations ont eu la rare fortune de sur- vivre à la plupart des peuples dont elles avaient eu à souffrir dans le cours des âges : la Perse, aux Assyriens, Scythes, Macédoniens, Tartares, Mongols et Arabes ; la Grèce, aux Romains, aux 'Visigoths, aux 'Vandales, et à cette superbe république de Venise, devenue chef- lieu de province d'un royaume moderne. Les plus gran- des cités de l'antiquité sont réduites en poussière, mais Nishapour, Amol, Mesched, Ecbatane (Hamadan),Suse

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(Chouster), Rages fRagi), chez les Perses; Athènes, Co- rinthe, Sparte, Thèbes, Chalcis, Mégare, chez les Grecs, continuent à exister. Il est encore un fait digne de re- marque, c'est que la Grèce et la Perse n'ont pu s'asservir entre elles ! Tous les efforts des Grands Rois vinrent se briser au Mont-Athos, à Marathon, à Salamine, à Platée, à Mycale contre le patriotisme grec, qui à la suite des guerres médiques, des guerres civiles, d'entre- prises comme celles des Dix Mille et d'Agésilas, et enfin de la conquête d'Alexandre, vengea au Granique, à Issus et à Arbelles, ses longues injures. L'hellénisme à son tour ne put rien asseoir de durable en Perse, et dis- parut avec les Séleucides renversés par les Parthes iraniens.

Si. la Perse et la Grèce ont survécu aux plus grands peuples de l'univers, si elles n'ont rien pu Tune sur l'au- tre, si elles tendent aujourdhui à redevenir ce qu'elles ont été, c'est qu'à Tencontre de la plupart des peuples qui a^'aient établi leur puissance sur la force, la force qui ne fonde rien parce qu'elle ne résoud rien, ces deux nations ont toujours cherché le secret de leur grandeur dans le monde des idées et des principes, et que profon- dément attachées à leur individualité, à leur sol, à leurs traditions, à leur liberté, elles n'ont jamais désespéré de leur avenir et sont demeurées convaincues qu'elles doi- vent reprendre un rôle prépondérant dans les affaires du monde.

Toutes deux, en effet, ont une mission à remplir. La Grèce, qui dans l'antiquité a sauvé l'Occident des invasions des peuples de l'Orient, doit le préserver main- tenant des invasions des peuples du Nord; elle doit se

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substituer à la Turquie, « ce cancer qui ronge TEurope *, » et arrêter Textension du panslavisme ^ la Perse, de son côté, doit contrebalancer en Asie l'influence toujours croissante de TAngleterre et de la Russie, devenir Ten- trepôt du commerce général et faire circuler, de Textréme Orient en Occident, les notions élucubrées dans chacune de ces contrées.

La Grèce est aujourd'hui à la hauteur des nations les plus avancées ; le peuple hellène a doublé sa popu- lation en moins de quarante ans -, a quintuplé ses reve- nus '^ a relevé ses villes et ses villages, a couvert ses terres de cultures et ses mers de navires, exploite par son commerce jusqu'aux extrémités de la terre, s'est créé une littérature et se sent étouffer dans ses limites trop étroites.

Pourquoi la Perse ne serait-elle pas capable d'accom- plir les mêmes efforts et de réaliser les mêmes prodiges dans la mesure de ce que peuvent lui permettre et sa religion et ses facultés? Les aspirations, les ambitions, les instincts de civilisation son peuple ne furent-ils pas autrefois aussi grands que le sont ceux de la Grèce moderne ? Comment l'Iran ne se ranimerait-il pas comme l'Hellade ressuscitée dans le sang de ses enfants et les cendres de ses murs?

1. La Solution de la question d'Orient, par R***. E. Dcnlu. 1867.

2. La Turquie et la Grèce, par R***. Paris, E. Dentu.

3. Rapport sur l'état de la statistique en Grèce ^ présenté au congrès international de statistique de Saint-Pétersbourg,' par Alex. Mansolos. Athènes, 1872.

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IX.

LES PERSANS. LEUR PARENTE AVEC LES PEUPLES EUROPEENS.

QUALITÉS PHYSIQUES, MORALES ET INTELLECTUELLES. SUPÉRIORITÉ SUR LE TURC. RELIGION. LOIS. ÉDUCATION.

LITTÉRATURE. GRANDS ÉCRIVAINS. ARCHITECTURE. PEINTURE, MUSIQUE.

Comme tous les peuples indo-européens, les Persans ont porté à leur perfection les lettres, les sciences et les arts, et sont admirablement propres à s'assimiler les mœurs, la politique et les procédés scientifiques, com- merciaux et industriels des autres nations.

Leur esprit s'adaptera certainement à nos concep- tions modernes et en saisira facilement le mécanisme ; malgré le cours des âges et les différences nombreuses graduellement introduites en toutes choses, ils retrouve- ront dans notre existence sociale, politique et matérielle, la plupart des éléments qui ont présidé à leur organi- sation primitive.

Et en effet, comme Ta fort bien dit un auteur mo- derne', les Persans nous sont parents, et par Torigine première et par des alliances successivement renouvelées jusqu'à des époques assez basses avec les tribus ariennes d^où sont sortis les Germains. Les analogies physi- ques, entre eux et nous, sont indéniables -, comme les Européens, ils ont la figure ovale et régulière, le nez droit, les lèvres minces, les cheveux longs et lisses. Lear teint est légèrement basané, comme le devient le

I. Le comte de Gobineau, Essai sur l'inégalité des races humaines, in-8, 2 vol., Paris. Histoire des Perses, 2 vol. in-8, Pion. Voir aussi Cari Ritter : Propylées d'une histoire des peuples de l'Europe avant Hérodote, sur les rives du Pont-Euxin et autour du Caucase.

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nôtre sous un soleil brûlant. Ils sont restés grands, forts, vigoureusement constitués comme Tétaient nos ancêtres. La polygamie, en leur permettant de choisir leurs femmes parmi les plus belles de tous les peuples, les a préservés de la décrépitude qui atteint les races qui s'allient indéfiniment entre elles.

La ressemblance morale et intellectuelle est tout aussi frappante. Ils vivent, sentent et parlent comme nous le faisons, admirent ce que nous admirons : courage, abné- gation, générosité, persévérance, énergie ; recherchent comme nous la gloire et Thonneur, respectent la vieil- lesse, la femme, Tenfance ; méprisent et condamnent ce que nous rejetons.

Autant leur caractère se rapproche du nôtre, autant il diffère de celui du Turc, peuple complètement dégénéré et abâtardi. Chardin ' dont on a reconnu depuis long- temps la justesse des observations, fut frappé de ce contraste dont il retraça le tableau. Tandis que le Turc est vain, dédaigneux, inhospitalier, cruel, le Persan est doux, poli, affectueux. Tous deux, sous un gouvernement absolu, soumis aux lois du Koran, habitent une contrée également favorisée des dons de la nature-, mais, autant les Persans sont actifs et industrieux, autant les Turcs sont ignorants et apathiques. Les Ottomans méprisent les autres peuples; le Persan, au contraire, reçoit avec em- pressement les étrangers et accueille Tinstruction de quel- que part qu'elle lui vienne-, il est religieux sans fana- tisme, et, s'il se fait quelque scrupule de manger avec une personne d'une autre religion, il permettra à un

I. Voyage en Perse, par le chevalier Jean Chardin, ministre du roi Charles II en Hollande. 4 vol. in-40. Londres, ib86.

chrétien, à un guèbre ou à un bouddhiste d'entrer dans ses mosquées -, si Ton parle avec irrévérence du Pro- phète devant lui, il n'égorgera pas le téméraire, comme le feraient encore les Ottomans des eyalets d'Asie, il se contentera d'adresser des vœux au ciel pour que la vérité pénètre cians le cœur de l'incrédule '. Il ne lui parlera plus de religion, mais il lui conservera sa bienveillance; moins vindicatif que le Turc, il sait pardonner à ses en- nemis.

La confession chiite à laquelle appartient la grande majorité du peuple persan est essentiellement tolérante ; les musulmans sunnites de l'intérieur de l'Asie traver- sent toute la Perse pour se rendre à la Mecque, sans être jamais molestés, tandis que la colonie persane de Cons- tantinople est exposée à des vexations continuelles de la part des Turcs ; selon les sunnites, les chiites sont faits pour être vendus comme des ânes et des chevaux. Les Khans turcomans invitent chaque année leurs guerriers à faire, comme un acte pieux, « tchpao » en Perse, c'est-à- dire à mettre tout à feu et à sang ; il y a quelques années, le Khan de Khiva qui était ^'enu faire « tchpao » sous les murs de Méched, fut poursuivi et tué par Nasr-Eddin- Schah, qui l'envoya dans l'autre monde recevoir la ré- compense due à son ardeur religieuse.

Jusqu'à l'introduction de la doctrine de Zoroastre, les Iraniens adoraient la nature entière ^. Ce n'est qu'à compter de l'adoption du mazdéisme ^ qu'ils commencè-

I. Doctrines religieuses et philosophiques des Perses. (Dictionnaire des sciences philosopliiques.j

1. Religione persarum^ Thomas Hyde.

3. Zoroastre (Encyclopédie nouvelle); De Zoroastris vitâ. Meniers.

- 27 rent à élever des temples et à accomplir des rites définis. Le mazdéisme fut une religion entièrement nationale, aussi ne s'est-il jamais éteint, et, aux environs de Yezd et de Kerman, peut-on voir encore des Guèbres entre- tenant pieusement le feu sacré. Le bouddhisme qui, à une certaine époque, fit tant de prosélytes, a complète- ment disparu. Les autres religions dominantes sont le judaïsme et les différentes communions du christianisme. Le judaïsme compte environ 160,000 sectateurs-, il jouit d'une liberté tout aussi grande que sous Cyrus, alors que le temple de Jérusalem était reconstruit; que sous Xerxès, alors qu'Esther et Mardochée firent périr 75,000 Iraniens, accusés d'être entrés avec Amman dans un projet de Saint-Barthélémy contre le peuple de Jacob ; que sous Artaxerxès qui réédifia le second temple.

L'Eglise chrétienne persane appartient à l'âge apostoli- que. — L'apôtre Thomas futle premierévéque de Séleu- cie. La plupart des chrétiens de Perse sont Arméniens ou Nestoriens : ces derniers, au nombre de 2 5 0,000, sont établis sur les bords du lac d'Ourmiah ils se réfugièrent pour échapper aux persécutions des empe- reurs de Constantinople.

Il existe en Perse quelques sectes de fanatiques reli- gieux à peu près semblables aux nombreuses sectes rus- ses, et comparables à ces Assassins ^ ou Ismaéliens qui, au XI'' siècle, tinrent tous les palais de l'Asie sous la menace de leur poignard, et furent exterminés, en Perse

I. Hammer, Histoire des Assassins (en allemand). Tubingue, 1818. Voir aussi les travaux d'Am. Jourdain, Rashid-Eddin, Aboulféda, de Sacy, Malte Brun, Quatremère de Quincy, MaroJen, Wilken, Ritter, etc., etc.

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par les iMongols, et en Syrie par le sultan Bibars. Une de ces sectes, celle des Babis, attenta en i852 à la vie de Nasr-Eddin-Schah, niais l'Empereur fut sauvé par sa présence d'esprit et son sang-froid, et les régicides furent arrêtés et châtiés. Cette Internationale religieuse tend heureusement à disparaître \ il en est de même de la secte des Sophis, fondée au vni^ siècle par Abou- Saïd-Aboul-Cheir- elle s'est reportée dans Tlnde elle est encore aujourd'hui très-répandue.

En Perse, on confond toujours dans une même pensée la religion, la justice, la charité et la science.

Le clergé n'est pas seulement le gardien du culte, il est encore chargé de l'instruction, il est le dépositaire des lois, des sciences et de la littérature.

Le Schah est le chef de la religion-, chaque centre important a un Iman-djome, qui est à la tête du clergé. Les imans ^ jouissent d'une grande considération, et sont toujours appelés dans les affaires de famille, car le Koran étant aussi bien un code civil et pénal qu'un recueil de préceptes religieux, on commence par le consulter dans toutes les contestations en matière d'intérêts, avant de porter l'affaire devant le cadi \ on peut en appeler des décisions des .imans, avant d'aller devant la justice ci- vile, au tribunal ecclésiastique, qui prononce en dernier ressort. Dans les cas extraordinaires et importants, la décision du Schah peut-être invoquée. Au-dessous des imans sont les akous -, ces derniers ont sous leurs ordres les mollahs, qui appellent à la prière, ont mission de cir-

I. Voira ce sujet: Voyage en Perse^ fait en 1812 et i8i3, par Gaspard Drouville, 2. vol. in-8. Paris, 1823.

29 concire, de marier et d'enterrer; il y a encore les seïds, les derviches et les fakirs, religieux d'ordres ditîerents.

Chaque mosquée renferme dans son enceinte, à côté des cellules des prêtres, des salles on accueille les pauvres et les voyageurs, on les nourrit s'ils ont faim, on les soigne s'ils sont malades ou in- firmes; des logements pour les étudiants nécessiteux, des bibliothèques et des médressehs (écoles ou collèges .

La charité est un des premiers préceptes du maho- métisme. Mohammed, à chaque verset du Khoran, pres- crit l'aumône, les largesses : « Faites le bien » , dit-il au verset 191 du chapitre de la Vache^, « car Dieu aime ceux qui font le bien. »

Croire et pratiquer les bonnes œuvres, voilà les deux grandes lois de la religion musulmane.

L'enseignement, tel qu'il est pratiqué dans les mé- dressehs, renferme l'étude de la langue persane, l'his- toire de la Perse depuis la création du premier Iran, l'histoire générale y compris celle de la Chine, de l'Eu- rope et de l'Amérique, le Koran et ses commentaires, la science géographique, l'histoire naturelle, les principes de la métallurgie, la botanique, les éléments d'Euclide et Talgèbre d'Abou-Hafz-Omar-el-Kheiami, les traduc- tions arabes des Sections coniques d'Apollonius de Perga et du Lipre de la sphère de Théosius, les commentaires de ÏAlmageste de Ptolémée, la métaphysique, l'alchi-

1. Le Koran ^ traduction faite sur le texte arabe. A. de Biberstein Kasirairski. Paris, Charpentier, 1844.

Le chapitre que nous citons a été intitulé la Vache, parce que, entre autres choses, il s'agit de la vache que Moïse avait ordonné aux Israélites d'immoler.

3o - mie, Tastrologie, Tastronomie et Ténoncé des lois de Kepler, quelques notions de médecine pratique ^ de musique et de dessin.

C'est à peu de chose près le même enseignement qui se pratiquait en Perse après la conquête de Babylone par Cyrus, alors que cette ville était devenue, au v^ siècle avant notre ère, le foyer intellectuel et le centre scientifique du monde, que ses prêtres et ses docteurs réunis en collège, étudiaient la nature externe, la nature métaphysique et la nature physique, et fondaient cette grande école de philosophie qui a donné naissance aux écoles occidentales.

L'enseignement est resté libre et si l'éducation est confiée de préférence aux mollahs comme chez nous aux frères, aux jésuites et aux ecclésiasfiques, chacun peut en Perse, quelles que soient sa nationalité et sa religion, se livrer à l'instruction. Ainsi nos mission- naires ont à Ourmiah une école catholique qui est en pleine voie de prospérité, et l'honorable représentant de S. M. Iranienne en France, le sympathique général Nazare-Agâ, avant d'embrasser la carrière diploma- tique^ a occupé dans un des médressehs de .Téhéran une chaire d'histoire et de géographie.

Les principaux centres d'éducation sont : Téhéran avec ses 48 collèges, Ispahan avec ses nombreux mé- dressehs et, entre tous, ce merveilleux Collège de la Mère du Roi^ un des monuments les plus admirables

I. D'après le Vendidad, lorsqu'on voulait professer la médecine, sous les « Djim, », il fallait faire un essai sur les dyws ou noirs autoch- tones, si l'on en tuait trois de suite, on était déclaré indigne d'exercer l'art de guérir.

3i de la période arabe, les écoles de Ballrousch, celles de Kaschan, de Chiraz et de Méched.

Les Persans sont de véritables péripatéticiens; c'est dans des jardins embaumés, arrosés par des eaux vives, sous de frais ombrages, qu'ils aiment à donner leurs le- çons.

La plupart des médressehs renferment des biblio- thèques composées d'excellents ouvrages arabes sou- vent très-anciens et des manuscrits guèbres et parsys ^ nous savons par M. de KhanikotF', que la mosquée de riman Ali-Ryza renferme 3,664 volumes ; le catalogue en a été dressé d'ailleurs par le gouverneur du quartier saint de Méched.

La langue persane a beaucoup d'affinité avec les langues germaniques -, c'est une des plus harmonieuses de l'Orient : elle a été appelée Vitalien de l'Asie, comme les Persans en ont été nommés les Français; son génie consiste dans la simplicité et l'harmonie : c'est la langue de la poésie par excellence. Il n'est pas de Persan qui n'ait quelques vers ou quelques sentences gravés dans la mémoire, et les poètes, comme ils l'étaient à Athènes^ sont honorés à l'égal de demi-dieux; l'on va à Méched tout aussi bien pour visiter le tombeau de Sàdi que pour prier à la célèbre mosquée de Timan.

La littérature persane est des plus riches, et lors- qu'on sera arrivé à déchiffrer couramment les écritures cunéiformes'^, syriaques et coufiques, on pourra puiser^

1 . Communication à la Société de géograpliic.

2. L'écriture cunéiforme composée des combinaisons diverses d'un signe unique qui a la forme d'un coin {ciineus)^ ne parait avoir été era-

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dans l'étude des monuments et des manuscrits iraniens, une masse inattendue de nouveaux matériaux qui Jette- ront une lumière nouvelle sur Thistoire primitive des races et des peuples.

Les plus grands écrivains se rencontrent parmi les poètes et les historiens K Ce sont, parmi les poètes : Ferdoucy, l'auteur du Châh-Nameh (histoire des pre- miers rois), traduit en français par MM. Vallenbourg et Mohl; Sàdi, dont les travaux de Duryer en 1634, d'A- ligre 1704, Gaudin 1791, Garcin de Tassy i832, Se- melet 1834, ont fait connaître les principales produc- tions ; le poëte lyrique Hàfiz surnommé VAnacréon de la Perse ^ dont M. de Hammer a publié les odes; Djamy dont la Bibliothèque de Paris possède le commentaire sur la Kafiah, grammaire arabe \ Ferid-Eddin-Atthar, à la fois poëte et moraliste, auteur d'un Traité de Con- seils traduit par M. de Sacy; Hoçain Waëz, commen- tateur du Koran, traducteur des fables de Calila et Dimna ; parmi les historiens, Mhirkhond et son fils Khondémir. Le premier écrivit une histoire universelle de rOrient depuis la création, connue par les extraits de MM. S. de Sacy, Jourdain, Frémery, Jenisch et Wil- ken ; le seconda continué et condensé l'œuvre de son père.

Le Khilasset el Akhbar (pureté des histoires) de Mhir- khond et le Habib Essayyar l'ami des biographes) de

ployée que dans les inscriptions des monuments et des pierres gravées. Grotefend, Saint-Martin, Eug. Burnouf, Lassen, qui se sont occupés de cette écriture, n'ont pu tomber d'accord sur la valeur phonétique des combinaisons du signe. L'écriture syriaque, écriture des Syriens, se composait de vingt-deux caractères raides et anguleux. L'écriture cou- tique est la plus ancienne forme de l'écriture chez les Arabes.

I. Voir l'étude de Garcin de Tassy. la Poésie philosophique et reli- gieuse che^ les Persans.

33 Khondémir, forment un cours complet d'histoire ira- nienne.

Les qualités dominantes de la littérature persane consistent dans la richesse et la variété des images, la hardiesse des métaphores, la clarté du style, sa grâce et son éclat, l'élévation et la profondeur des pensées, le parallélisme des phrases et la cadence des mots.

A toutes les époques, les écrivains iraniens ont été animés d'un vif patriotisme. Ce sont eux qui transmi- rent au peuple le tableau de ses grandeurs passées, pour lui donner l'énergie de renverser les différentes domina- tions étrangères qui s'abattirent sur lui. Comme la re- ligion, la littérature persane est une littérature nationale.

En architecture', les Persans ont condensé, en un tout merveilleux, les différentes beautés des architec- tures grecque, assyrienne, égyptienne, arabe, indienne, khmer et chinoise \ leurs monuments tiennent du Parîhé- non d'Athènes, du Kars de Babylone, de l'Alhambra de Grenade, des temples de Karnack, de la Djoumnah de Delhi, de la grande pagode d'Angcor-Watt, et de la Tour de porcelaine de Nang-Kin. La polychromie sous toutes ses formes est le principe de leur ornementation, à la- quelle concourent les briques vernissées, les carreaux émaillés, les glaces taillées à facettes, les marbres de toutes couleurs, les métaux et les peintures à fresques. Des dorures de tons différents se pendant aux stalac- tites, s'accrochant aux voûtes, courant le long des mu-

1. Voir Eug. Flandin et Pascal Coste, Voyage en Perse ; Monuments de la Perse ancienne; Vues pittoresques de la Perse moderne. Gide et Baudry, iSSi.

3

railles et recouvrant les lambris rehaussent de leur éclat les édifices à Textérieur comme à Tintérieur.

Les monuments persans ont conservé quelque chose de ces « aywans » ou palais ouverts des djims qui pré- sentaient une grande salle, fermée seulement de trois côtés, et entourée de corps de logis. Cette même disposition existe toujours, et dans les solennités, le peuple entier peut contempler à la fois son Maître assis sur un trône élevé et entouré de toutes les pompes d'une cour brillante.

Moins idéalement beau que Fart grec, plus humain que Tart égyptien, aussi majestueux que Tart assyrien, aussi complexe que les arts chinois, khmer et indien, aussi élégant que Fart arabe, l'art persan n'a pas été sans exercer une influence plus ou moins directe sur le développement de Tarchitecture du moyen âge.

La peinture persane a gardé une tournure hiératique qui n'exclut pas Toriginalité. Elle excelle surtout dans la décoration et traite heureusement les fleurs, les grandes scènes de chasse et de combat. Quand elle ne se renferme pas dans la miniature, il lui faut les grandes compositions ; ce que demandait Géricault, des baquets de couleur pour recouvrir des murailles de géants.

L'école de peinture d'îspahan passe pour l'emporter sur celle de Téhéran.

Les beaux-arts sont aujourd'hui professés en Perse par des hommes de talent qui ont étudié en Europe, principalement à Rome, et ont rapporté de leurs voya- ges à travers les muses et les écoles de Fïtalie et de la France, les notions les plus exactes sur les lois de la

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p2rsp:.'Ctive, les principes du dessin et Kart du coloriste.

En musique, les Persans n'ont pas seulement des exécutants, chanteurs ou instrumentistes^ ils ont aussi et ont eu à toutes les époques des théoriciens. Je citerai parmi les plus connus : Abdul-Cadir, qui a donné un Traité des modulations qui existe en manuscrit à la bibliothèque de Leyde-, Abou-Aloufa, auteur d'un Traité de musique pour le chant et pour les instruments qu'on joue avec la bouche et avec les doigts, et Aviceiine, également auteur d'un Traité de musique.

La doctrine de ces écrivains est la division de Toc- tave en vingt-quatre parties ou quarts de ton. La mu- sique, selon eux, est une ville divisée en quarante-deux quartiers dont chacun a trente-deux rues (circulations ou gammes j ; d'où il suit que le nombre des modes fondamentaux et dérivés de la musique persane est de treize cent quarante-quatre.

Nos instruments ont été importés il y a longtemps en Perse ; cependant, on retrouve parmi les instruments encore en usage des flûtes doubles, des théorbes et des guitares à archet, (\m semblent copiés des bas-reliefs de PersépoHs et de Ninive.

X

AGRICULTURE. INDUSTRIE. COMMFRCE. ADMINISTRATION. FINANCES. GOUVERNEMENT.

Les Persans ne sont pas seulement portés aux choses de l'intelligence, ils le sont encore à l'agriculture, au commerce et à l'industrie.

36 L'agriculture a toujours été en grand honneur parmi les sujets des Djims, des Achéménides, des Arsacides, des Sassanides et des Kadjars ; c'est par l'agriculture que riran s'est formé, c'est dans les castes agricoles qu'il s'est perpétué. La religion de Zoroastre éleva le travail des champs à la hauteur d'une vertu ennoblissante et le recommanda à l'égal d'un acte religieux, proclamant ce dogme que les actes les plus agréables à Dieu sont de faire un enfant, de labourer un champ et de planter un arbre. La terre avait été déifiée par les Iraniens de la première formation : « Quand la terre se réjouit-elle ? disaient-ils. Quand une culture assidue fait regorger les moissons, les herbages et les arbres fruitiers ^ » Le mazdéisme, à son tour, sous le nom (XHaypataty divinisa la richesse agricole.

Tous les auteurs parlent avec admiration de la beauté des cultures de la Perse ancienne : il faut lire les descriptions d'Hérodote, de Xénophon, d'Eschyle, de Ctésias, de Plutarque, d'Ammien Marcellin, le livre dCEsther, les annalistes Arabes, qui se résument tous dans cette appréciation de Justin : <' La Perse est une " contrée majestueuse et charmante » .

L'industrie a pris de bonne heure naissance dans l'Iran, et, pour certains produits^ la Perse qui compte encore aujourd'hui une population d'un million d'artisans est restée sans égale. On suit avec intérêt, dans les ou- vrages de Mhirkhond, les progrès constants des industries extractives et des différentes fabrications. Sous les Djims,

I. Le Vendidad.

avant la conquête assyrienne, les Iraniens connaissaient déjà Tusage des métaux, et avaient appris à les façonner, à les fondre, à les graver et à les repousser. Djim-Schid avait une coupe d'or et un trône orné de pierreries. Au temps des Achéménides, les vases d'or et d'argent fabriqués en Perse étaient renommés du monde entier. La tradition a conservé le souvenir des mines d'or de THelment et des mines de fer du Damawend. En même temps, les Iraniens s'appliquaient à tisser la soie et le lin, qu'ils teignirent en les mêlant à la laine et en les brodant, et à cuire Targile pour en fabriquer des briques émaillées, des vases, des poteries. Les auteurs grecs et bibliques décrivent à l'envi le développement de. l'in- dustrie sous Darius, et nous savons par des écrivains plus récents que sous les Arsacides, sous les Arabes, à toutes les époques, cette branche de l'activité nationale s'est perpétuée vivace pour se transmettre avec toute son originalité à la génération actuelle.

Les étoffes de Perses sont restées inimitables. En France, sous Henri IV, une commission fut nommée dans le but d'organiser une manufacture de tapis dirigée par des ouvriers persans; sous Louis XIII, on créa la Savonnerie, avec l'intention d'y appeler également des tisseurs d'Ispahan ; mais ces tentatives restèrent sans résultats. On fabriqua des tapis, il est vrai, mais de qualité inférieure, l'on ne put jamais arriver à obtenir la souplesse, le moelleux, la solidité, le velouté, l'har- monie et la finesse de tons des tapis de Perse, et au- jourd'hui encore nous ne sommes pas parvenus à égaler les étoffes persanes. C'est qu'il ne suffit pas d'em- prunter aux Persans leurs procédés de tissage, il fau-

38 drait avoir encore leurs laines exceptionnelles, leurs soies admirables, leurs couleurs vives et éclatantes.

Les Persans excellent toujours à fouiller les métaux, ils aiment à sculpter les bois odorants, à damasquiner l'acier, à appliquer For, Targent, la nacre et Tivoire sur le laque, savent animer leurs faïences de vifs reflets, recouvrent le verre d'arabesques émaillées et apposent à toutes choses un cachet artistique ; c'est ainsi que leurs objets usuels semblent imités des vases et poteries assy- riennes que nous avons au Louvre.

Les manufactures et teintureries de soies unies et brodées, de damas, de brocarts d'or et d'argent, de châles cachemires, d'étoftcs de coton, de velours, de draps, de tapis, de feutres, de couvertures, de lainages, de toiles, de tissus en poils de chameau et de chè- vre, etc., etc., sont nombreuses en Perse. Les plus importantes sont celles de Téhéran, Ispahan, Kaschan, Kasbin, Asterabad, Recht, Kirmanschah, Chouster, Chiraz, Kerman et Méched.

Les maroquins, les cuirs et les fourrures préparées, viennent dlspahan, Hamadan et Méched. Les verre- ries, les fabriques de porcelaine et faïence, de ces jolies poteries qui simulent l'émail, des ustensiles de cuivre, de peintures sur verre, de carreaux vernissés destinés à orner les habitations et semblables à ceux qui déco- raient les monuments de Ninive, les papeteries, les cartonneries, les raffineries, sont réparties entre l'Irak- Adjémi et le Khorassan.

Les manfactures d'armes et les fonderies sont à Té- héran, Ispahan, Kirmanschah et Kasbin,' célèbre par ses vins qui valent ceux de Chiraz; l'essence de roses

-39 - est distillée à Kerman et à Firouzabad, la garance vient à Baifrousch ; les perles sont recueillies dans les mers du golfe Persique.

Les outils, les instruments de toutes sortes^ les cail- liaux que les Persans fument même à cheval, se fabri- quent un peu partout.

Les imprimeries sont nombreuses, 'comme il con- vient à un pays aussi civilisé. Des ouvrages d'un fini remarquable sortent de Timprimerie lithographique de Kaschan, et l'atelier typographique de rimprimerie im- périale de Téhéran n'a rien à envier à nos établisse- ments de même nature -, le Vekâyâ, journal de Tempire, qu'il édite, est parfait sous le triple rapport de la com- position, de la mise en pages et du tirage, rendu plus difficile par Fadj onction fréquente d'un bois représen- tant un palais, une mosquée, un jardin, un caravansé- rail ou encore les armes de F Iran, un lion au naturel couché dans un soleil d'or.

L'industrie minière, qui se développe de jour en jour, est dirigée par d'anciens élèves des écoles spé- ciales de Paris et de Londres.

Les sujets de Nasr-Eddin-Schah ne sont pas moins aptes au commerce " qu'à l'agriculture et à l'industrie, et leur histoire montre que le centre de gravité de l'empire a toujours été attiré vers les points les relations avec l'étranger se multipliaient, augmentaient la richesse générale et créaient des intérêts complexes.

Le Persan aime les voyages, la vie nomade et les lon- gues pérégrinations à travers les déserts du centre de l'Asie ont pour lui un irrésistible attrait; les traversées pénibles

40 et les dangers de la route ne Teffrayent pas ; j'ai eu sou- vent à constater, alors que je voyageais en Orient, cet amour de la locomotion qui porte le marchand persan à quitter pays, famille, bien-être, pour poursuivre un gain souvent chimérique -, à Constantinople, à Alexandrie, comme en Chine et aux Indes et dans toutes les échelles du Levant, on rencontre, mêlé à la foule des tarbouchs, turbans, coufys et coiffures de toutes sortes, le bonnet persan.

La Russie, l'Angleterre, Tlnde, la Turquie, la Syrie, le Turkestan, l'Afghanistan, le Bélouchistan, le Kaboul, rÉgypte, le sultanat de Zanzibar et la Chine sont les principaux pays en relations avec la Perse.

La ligne de caravanes la plus importante est celle d'Abouscher sur le golfe Persique à Balfrousch sur la Caspienne, par Chiraz, Ispahanet Téhéran.

Le port d'Abouscher est le principal entrepôt com- mercial de la Perse avec Tlnde, l'extrême Orient et l'Afrique \ il exporte, comme au temps Marco Polo * le visita, chevaux, cachemires, tapis, pierreries, parfums : après Abouscher, viennent, dans le golfe Persique, Mo- hamérah sur le Chat-el-Arab, dont l'importaiiice a beaucoup augmenté depuis que des lignes régulières de paquebots remontent l'Euphrate, et Bender-Abbas dans le Maghistan. Dans ces parages, le Kerman et le Laris- tan font un commerce actif avec le Khorassan, la Tur- quie, la Bukharie, l'Hérat, et l'Hindoustan.

Dans la région de la mer Caspienne, le port de Bal- frousch, est l'entrepôt du commerce avec la Russie.

1. Voyages de Marco Polo, d'après le manuscrit SyGy de la Biblio- thèque de Paris, édités par la Société de Géographie. 1S24.

41 Recht, avec son port d'Enzelli d'où le Schah est parti pour son voyage en Europe, station des bateaux à vapeur russes, fait des échanges constants avec Astra- khan, et reçoit une grande partie des caravanes qui se sont réunies à Tauris, cette station importante de rintérieur. Sous la domination assyrienne, Recht, alors Zybag, était déjà l'entrepôt du commerce de la Caspienne et expédiait aux Scythes les produits de la Mésopotamie; Férabad sert de port à Sari, capitale du Mazendéran ; Senghir est le port du Daghestan.

Les autres caravanes se dirigent vers les ports de la mer Noire ; elles portent à Trébizonde ou à Poti, en passant par Erzeroum ou Tiflis, les cotons, les soieries, le tabac, le café, les fruits secs, et les autres produits du pays et en rapportent toutes les marchandises de TEurope; de Méched, dans le Khorassan, des caravanes rayonnent à travers l'Asie entière, remontant le cours de rOxus, s'acheminant vers la mer d'Aral, perçant à travers le désert pour aller gagner Bokhara, le Khokand et la Chine.

Encore aujourd'hui, il n'est pas une contrée de TAsie qui ne soit en rapports plus ou moins suivis avec la Perse.

La société persane se divise en quatre classes : i^ les fonctionnaires civils et militaires et la noblesse ; 2^ la bourgeoisie des villes:, les paysans; les nomades. Ces classes ne sont pas des castes comme celles de l'Egypte et de l'Inde qui, en immobilisant des généra- tions entières dans une même profession, arrêtèrent l'essor de la civilisation, perpétuèrent les imperfections des méthodes, entretinrent l'insouciance et rendirent les

nations stationnaires pendant des siècles ; il appar- tient à tout Iranien d'abandonner sa tente pour vivre à la ville ou de quitter la ville pour s'en aller aux champs, La noblesse n'a pas le monopole des emplois publics, mais, en Perse comme partout, elle jouit d'une supé- riorité réelle qu'elle doit à son mérite et à sa valeur. Son origine remonte à Ferydoun 1 177 av. J.-C, ; elle fut longtemps constituée comme notre chevalerie fran- çaise, qui lui a emprunté ses mœurs et ses usages prin- cipaux : l'emploi des armoiries, des titres et des sur- noms -, les armures, les costumes de soie et de velours brodés de pierreries, etc., etc. L'art héraldique tout entier nous est venu de la Perse en passant par le Bas- Empire : Taigle, le croissant, le lion, le sanglier, l'étoile, les tètes de noirs, le griffon ', brillèrent sur les étendards des grands feudataires de l'Iran avant de devenir figures ou meubles dans notre blason.

La bourgeoisie forme une classe nombreuse de la population-, elle est composée de petits rentiers, de commerçants ou d'industriels retirés qui vivent loin du souci des affaires publiques; elle fournit des gens instruits et intelligents.

Le régime administratif est celui des anciennes sa- trapies. Les onze provinces de l'empire ont chacune à leur tète un gouverneur ; elles se subdivisent en dis- tricts administrés par des beglierbeys. Ce sont nos pré- fectures et nos sous-préfectures.

I . Mémoires des savants étranf^ers. Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XVII; Hévodolc. Scythie ; G. Erman, Annales ÔlQ Pog- gendorf; A.-L.. Millen, Monuments antiques inédits.

- 43 -

Les impôts sont recueillis par ces fonctionnaires. Ils les perçoivent en prélevant des contributions directes sur les produits de l'agriculture .'^jusqu'à 25 p. loo de leur valeur) et des droits sur les animaux domestiques, enfin une cote personnelle et un impôt des marchands jusqu'à 20 p. 100 de leurs recettes. Le rendement est de cinq millions de tomans ou de cinquante millions de francs, provenant de l'impôt en argent exigé des pro- vinces, des douanes, etc., et du revenu payé en nature : orge, blé, riz, paille, pois, son, etc.

Les recettes en nature servent à l'entretien de l'ar- mée et cie la cour.

Les dépenses ne sont que de quatre millions de to- mans ou quarante millions de francs : elles se répar- tissent sur l'armée, les apanages, traitements des fonc- tionnaires, pensions des prêtres, dépenses privées du Schah et dépenses extraordinaires.

L'excédant des recettes, soit un million de tomans, est versé au trésor de la couronne.

Tandis que la Turquie doit trois milliards six cent soixante -huit mille francs, l'Egypte quarante millions cinq cent mille livres sterling, la Tunisie cent vingt-cinq millions de francs, pour ne parler que des Etats orien- taux, la Perse n'a pas de dette publique, et le trésor impérial renferme plus de cent millions en tomans, du- cats et impériales, de la vaisselle d'or, des diamants et des pierreries de toute sorte pour des sommes inesti- mées.

Le gouvernement est confié à neuf ministres, qui assurent, dans leurs différents départements, l'exécution des ordres du Roi.

44

Le Schah est qualifié Empereur sublime et absolu de toute la Perse, et Schahynuschah, ou Roi des Rois. Il est le souverain maître de toutes choses, le suprême dispensateur des faveurs et des grâces, Tunique arbitre des destinées de son peuple.

Une semblable omnipotence, entre les mains d'un prince de la valeur de Nasr-Eddin-Schah, est bien faite pour assurer l'avenir de la Perse.

XI

LE SCHAH. SES ACTES. SES PROJETS. LES PROGRES ACCOM- PLIS. — VOIES DE COMMUNICATION. PROTECTION ACCORDEE AU COMMERCE, A l'iNDUSTRIE, A l'aGR I C ULT URE, CHEMINS DE FER. TÉLÉGRAPHES, ARMÉE, MARINE. CENTRALISATION, DIMI- NUTION DES IMPÔTS. TOLÉRANCE. ATTITUDE VIS-A-VIS DES CABINETS RUSSE, ANGLAIS ET TURC. l'iNFLUENCE FRANÇAISE.

Au physique, Nasr-Eddin-Schah est d'une taille plu- tôt élevée que moyenne ; son visage, régulièrement beau, animé par de grands yeux noirs au regard pénétrant, respire la dignité froide et la noblesse ; ses traits sont un peu secs, sinon aigus; ses membres sont vigoureux; l'ensemble rappelle dans tous leurs caractères les phy- sionomies royales ou militaires des sculptures de Per- sépolis et de Béhistoun.

Cette ressemblance avec les plus beaux types que nous ait conservés Tart irano-assyrien est frappante, et on serait tenté en la considérant d'adopter le dire des généalogistes persans qui ont cherché à établir que Nasr-Eddin est le descendant 'direct du Djim qui fonda le premier Iran. Quelle que soit l'origine de la maison

45 des Kadjars, elle appartient certainement, à en juger par les traits de son représentant actuel, à Tantique race iranienne.

Le prince Soltykotî', ambassadeur de Russie à la cour de Mohammed-Schah, admis en i835 à Thonneur de voir Nasr-Eddin, alors âgé de cinq ans, admirait déjà à cette époque la beauté de ce visage classique et faisait pressentir chez ce jeune prince, dont Tintelligence Tavait frappé, une pensée élevée et une âme vaillante.

L'envoyé du czar avait bien jugé : à Tâge les en- fants persans ne s'occupent que de leurs chevaux et de leurs armes, Nasr-Eddin se sentait déjà porté vers l'étude ^ son éducation fut dirigée par son oncle maternel Khane- Khanan, Iranien de la vieille roche, qui apporta un soin jaloux à lui apprendre le persan le plus pur et lui fit en- seigner, en outre, des connaissances qui constituent l'en- semble des études des plus célèbres médressehs, l'histoire ancienne et moderne de chacun des Etats de l'Europe, les langues turque, anglaise, française et russe, et la géographie politique,

Pierre le Grand, Frédéric, Charles Xll et surtout Napoléon P"" devinrent les héros préférés de Nasr-Ed- din, qui est resté rempli d'admiration pour ces grands hommes.

Les mâles passe-temps de la chasse et du cheval ne furent pas négligés par Nasr-Eddin, qui est réputé le plus beau et le meilleur cavalier de son empire, de même qu'il en est le plus infatigable chasseur. En véri- table successeur des Arsacides, le Schah porte le ger-

I, Voyage en Perse par le prince Alexis Sokykofl". Paris, Curmcr. I vol. grand in-8.

- 46 - faut sur poing et ne craint pas de s'attaquer au lion et à la panthère *.

Les arts d'agrément entrèrent dans le programme de cette éducation royale : Nasr-EJdin est musicien de talent et dessine avec goût .

Placé par la grandeur de sa naissance dans la fami- liarité des affaires publiques, il en apprit la pratique au gouvernement de TAderbidjan, qu'il occupa jusqu'à son avènement.

Lorsque la mort de Mohammed-Schah Tappela,, en 1848, à la direction de Tempire, il connaissait les hommes et jugeait bien des événements, avait des no- tions étendues et exactes en politique et en adminis- tration, et était prêt à accomplir Toeuvrc de réforme et de régénération qu'il avait rêvée.

Ne rien négliger pour donner à la nation persane des formes et des usages européens, assurer sa domination par tous les mo3^ens possibles du côté de l'Afghanistan et du golfe Persique, profiter habilement de la rivalité de la Russie et de l'Angleterre, entrer dans le concert des puissances européennes et se ménager une part dans le partage futur de l'empire ottoman, se servir de l'ascendant de la religion sur les chiites répandus en Turquie, en Russie, en Egypte, aux Indes et dans Tintérieur de l'Asie, ouvrir des relations d'amitié et de commerce avec les nations les plus lointaines : tel a été en substance le programme suivi par Nasr- Eddin.

A l'intérieur^ le Schah s'est appliqué principalement

!. Voir le Tour du monde, 18G2, 20 semestre, les Chaises en Perse, par le commandant Emile Duhousset.

à ouvrir des voies de communication, et à refaire Tœuvre de Darius, qui avait établi des routes entrete- nues par des corvées, des stations de poste avec cara- vansérails et corps-de-gardc ; il a eu Flionneur d'intro- duire en Perse la première ligne de chemin de fer qui y ait été construite, et a relié les différentes parties de son vaste empire par un réseau télégraphique.

Ce sont d'excellentes mesures, car le jour la Perse sera sillonnée de grandes artères, la famine dispa- raîtra à jamais, et la richesse publique sera décuplée.

Parmi les lignes de raihvay projetées, les plus impor- tantes sont celles d'Abouscher à Balfrousch et à Recht, et celle de Téhéran à Trébizonde^

Le grand central asiatique de xMM. de Lesseps et Cotard passera également en Perse.

Les encoUrai;ements n'ont pas fait défaut à l'agriciil- tUre, qui n'a besoin que de quelques bonnes pratiques pour retrouver le développement qu'elle avait sous les Arsacides^ le sol, noUs l'avons dit^ est foncièrement pro- ductif, et selon la définition du Vendidad^ il sutîit c[ue les eaux bien dirigées fertiUsent les terrains secs et lais- sent les marécages s'affermir pour que la terre se ré- jouisse; des canaux ont été creusés dans les régions les plus arides, et l'irrigation a été enseignée aux agricul- teurs.

L'industrie, sous la direction intelligente d'ingénieurs élevés en France, comme Mirza-Nizam, est entrée dans une voie féconde.

I. Voir nos articles de la Galette de Paris (janvier 1872) sur les chemins de fer en Perse.

-48 -

Le commerce a pu s'étendre par la sécurité qui a été assurée aux marchands dans Tintérieur de Tempire, et la protection qui leur a été accordée à l'étranger par la création de consulats, dont voici les principaux :

Russie : Astrakhan, Mahomet Taghi-Khan, C. Odessa : J. Zaitchenko, C. Tiflis : Mirza-Taghi- Khan, C. G.

Turquie : Bagdad : Mirza-Buriak-Khan, C. G. Da- mas : Abbas-Kouli-Khan, C. Djeddah : Hadji-Ahmed- Aga, C. Erzeroum : iMirza-Hussein, C. Smyrne : Essedoullah-Bey, C. Trébizonde : Mirza-Hadi, C.

Egypte : Le Caire : Mirza-Houssein-Khan, C. G.

Grande-Bretagne : Liverpool, J. Lynck, C. G. Bombay : N.

France : Paris : Oppenheim , C. G. Rouen : L. Delamarre de Boutteville, C. Bordeaux : H. Car- valho fils, C^ Marseille : J. Deville, C.

Allemagne : Hambourg, L. L. Kœnigswarter, C. Berlin : O. Volckart, C. G. Elberfeld : Gebhard, C.

Autriche : Vienne, E. Goldberger de Buda, C. G.

Belgique : Bernstein, C. Bruxelles : Poncelet, C. G. Liège : V. Gulckers-Magquinay, C.

Le chitfre de Timportation a diminué ces dernières années, et celui de l'exportation s'est considérablement élevé-, l'exportation pour la Russie'^, par exemple, est de seize millions, et Timportation de la Russie en Perse n'est que de quatre millions qui pourraient être réduits à

1. On doit à M. Carvalho d'intéressants travaux sur la Perse.

2. Voir Études sur les forces productives de la Russie^ par M. L. de Tegoborsld; Paris; 4 vol. in-8 ; et Aperçu statistique des forces productives de la Russie, par M. de Buschen; Pans, Lahure, 1867.

49 quelques ceiilaines de mille francs, car la Perse a chez elle la plupart des produits que la Géorgie et le Caucase lui envoient : tels que fer, soie, métaux, cuivre, peaux brutes, tissus de laines, blé et cotonnades. Il en est de même pour les échanges avec les autres nations.

Uarmée a été d'une façon toute spéciale Tobjet des préoccupations de Nasr-Eddin :, elle a été mise sur le pied de nos armées européennes. Elle se compose, en temps de paix, de 'i5i,3oo hommes; cet effectif peut être décuplé en temps de guerre. Ces 1 5 1 ,3oo hommes se décomposent en armée active , réserve et milice ac- tive.

L'armée active (nizam) comprend dix divisions ou 100 régiments d'infanterie régulière, soit 8o,ooo hom- mes ; trois escadrons de cavalerie régulière, qui servent en qualité de gardes du Schah, soit 5oo hommes; dix régiments d'artillerie avec cent canons, soit 5,ooo hom- mes. — La réserve (redif est de 45,000 hommes de cavalerie irrégulière.

La milice active des trois provinces d'Asterabad, de Mazendéran et de Ghilan, est de 20,800 hommes.

Chaque régiment d'infanterie a- 33 officiers, 40 sous- officiers, 700 hommes. L'obUgation du service mili- taire pour tous, que les gouvernements européens n'ont pu encore établir d'une façon définitive , est en vigueur en Perse, mais tempérée par des congés assez fré- quents. — Les régiments correspondent aux diverses tribus ils sont recrutés.

La force militaire de la Perse est donc susceptible

4

5o de devenir plus grande que celle de la Turquie, de FAngleterre, de la France, de l'Italie, de FEspagne et de la plupart des puissances. Telle qu'elle est constituée, elle est numériquement supérieure à celles de la Suède et de la Norwége, du Danemarck, du Portugal, de la - Hollande et de TÉgypte.

Les soldats persans sont braves ; pour eux, comme pour tous les hommes de la race indo-européeruie, le suprême honneur consiste dans la valeur.

La réorganisation de l'armée avait été projetée plu- tôt qu'ébauchée par Nadir-Schah (lySô) ; Nasr-Eddin l'a menée abonne fin, en introduisant une discipline sévère, faisant entrer dans l'esprit des troupes l'esprit de su- bordination, s'attachant des instructeurs européens, dé- clarant l'armée permanente, édictant la peine de mort contre les déserteurs ; réglant la police des camps, les étapes, le service de l'intendance, les réquisitions; don- nant des uniformes distincts aux différents corps, élevant l'armement à la hauteur des perfectionnements moder- nes, créant un état-major instruit et ne confiant les com- mandements qu'à l'expérience et au mérite.

Que ne pourra l'armée persane, aujourd'hui qu'elle est complètement organisée, puisqu'alors qu'elle ne se composait que d'une masse indisciplinée , elle fclisàit déjà trembler les Russes dans leurs possessions asia- tiques !

En 1724, par le traité de Recht, les Russes ne dii- rent-ils pas rendre à la Perse toutes les conquêtes au delà du Kour que le traité de Saint-Pétersbourg leur avait reconnues un an auparavant ; à la fin du règne de la grande Catherine, Aga-Mohammed-Schah ne vint-il pas

31

attaquer les Russes jusque dans leurs derniers retran- chements de TAsie mineure, et Paul I^etrowitch ne dut-il pas renoncer' aux avantages remportés par le comte Zoubot, et signer un traité de paix à Téhéran ?

Ces restitutions sont d'autant plus remarquables, qu'elles sont du petit nombre de celles que fit la Russie depuis Pierre le Grand.

La reconstitution ci'une marine de guerre et d'une marine marchande est projetée par Nasr-Eddin ; une flotille est en voie de construction dans le golfe Persique. La Perse était dans Tantiquité une grande nation maritime. Sous les monarques ariens, un grand nombre de vaisseaux iraniens sillonnaient la Caspienne et cette mer de Khawer, desséchée aujourd'hui, c]ue nous ne con- naissons que par les récits d'Hérodote \ qui nous apprend que Cyrus y entretenait une flotte nombreuse et que Cambyse y faisait embarquer ses armées. Après la conquête de l'Egypte, une population de matelots se forma en Perse ; Darius transporta la capitale à Suse, en vue de sa marine marchande -, une monnaie à son effigie porte au revers une galère naviguant sur une double ligne de flots ^ ; Xerxès avait douze cent sept trirèmes^ fournies, il est vrai, en partie par les Phéniciens, les Cypriens et les Siciliens, mais commandées, c'est Héro- dote qui l'assure, par des Perses.

Les Persans sont donc aptes à être marins; ils ont des bois de constructions, des ouvriers intelligents, des

1 . Hérodote, traduction de Pierre Saliat, par Eug. Talbot. Paris, Plgn, 1864, ou traduction de Larcher, 1786.

2. Essai sur la numismalique des Satrapies et de la Phénicie^ par le duc de Luvnes.

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ingénieurs européens, et ils trouveront dans les pécheurs du Ghilan et du Mazendéran qui montent les ceimel, les macena^ les keseboys, et les kiiyuks\ d'excellentes re- crues pour leurs flottes.

L'administration intérieure de Tempire a été com- plètement réformée.

Une puissante centralisation a succédé à Tancienne indépendance dont jouissaient les gouverneurs de pro- vince \ fonctionnaires grands et petits ont se renfermer dans la sphère de leur droit et de leur devoir; la régu- larité et le bon ordre ont été apportés dans les finances ; Tassiette de Timpôt a été remaniée, toutes les sommes exigées des contribuables sont à présent versées inté- gralement au trésor royal; les ressources de TÉtat en ont été augmentées, et les charges du peuple en sont devenues moins lourdes.

L'action du gouvernement a été simplifiée par la con- centration des neuf ministères en trois sections : guerre, finances, affaires étrangères. De nouvelles divisions, ré- pondant aux nouveaux besoins introduits par l'adoption des inventions les plus modernes, ont été créées dans les diîférents départements. Le ministre du commerce a été chargé de l'instruction publique, de la direction des mines, des manufactures, de l'imprimerie et des télégraphes; le ministre des affaires étrangères a pris la haute surveillance des chemins de fer, etc., etc.

Dans son désir d'assurer la prospérité de ses sujets, Nasr-Eddin-Schah n'a admis aucune distinction, et toutes Jes religions et toutes les races ont trouvé en lui la même

t. Chaloupes non pontées de dimensions diiTérentes.

53 justice, la même sollicitude et la mcme persévérance à assurer leur bonheur. Il a appelé à lui tous les hommes de bonne volonté, et il n'a pas hésité à confier à des chrétiens, comme Malcom-Khan et Nazarc-Aga, les postes les plus élevés de sa diplomatie. Pour faire dis- paraître tous les antagonismes de races et de préjugés qui pourraient exister encore, il a su attirer à Téhéran des professeurs français qu'il a mis à la tête d'un collège dans lequel des enfants, venus de toutes les provinces de Tempire, apprennent notre langue et s'initient à nos arts ; en même temps, il envoyait chaque année à Paris des jeunes gens des meilleures familles qu'il faisait instruire dans nos écoles de droit et de médecine, dans nos établissements professionnels, ou bien encore qu'il faisait placer dans nos grands centres d'industrie, de commerce ou d'agriculture, et qui, revenus en Perse, devenaient les plus utiles collaborateurs de ses idées de progrès.

A l'extérieur, nous l'avons dit plus haut, Nasr-Eddin a fait sentir la force de ses armes aux peuples asiatiques ; il a montré à l'Angleterre qu'il ne serait pas un auxiliaire complaisant de sa politique en Asie, et il a osé affronter une rupture avec le cabinet de Saint-James pour affir- mer, vis-à-vis des puissances, l'indépendance de son em- pire. — Les conséquences qui auraient pu résulter de cette rupture ont été conjurées par l'habileté de ses négo- ciations qui, commencées à Constantinople et à Paris, se terminèrent par un traité signé le 14 avril iSSg à Téhéran, et ratifié le 17 du même mois à Bagdad. Vis- à-vis de la Russie, il a observé une réserve calculée et s'en est tenu à l'observance précise des traités existants.

- 54- La Turquie a trouvé en lui un voisin redoutable, et à plusieurs reprises, notamment en 1869, un conflit a failli éclater dans les plaines de TEuphrate entre les armées sunnites et chiites.

C'est en Europe, chez les grandes puissances, que Nasr-Eddin est allé chercher ses alliés : en Autriche, en Allemagne et surtout en France ; se rappelant que Napoléon P"" avait désiré Tailiance de la Perse, il a pensé que Talliance de la France serait, entre toutes, pro- fitable à ses peuples, et par Fintermédiaire de son premier ministre, Mirza-Aga-Khan, il a conclu, le 12 juillet i855, avec la France, représentée par M. Bourée envoyé ex- traordinaire et ministre plénipotentiaire à Téhéran, un traité d'amitié et de commerce qui assure aux na- tionaux français les droits de la nation la plus favo- risée.

Les Français, malheureusement, n'ont pas profité beaucoup de ce traité qui leur promet aide et protection dans l'empire persan, les autorise à apporter par mer et par terre et à exporter toute espèce de marchandises et de produits, les assure contre toute taxe exceptionnelle, et les laisse à la juridiction de leurs consuls ; au lieu de chercher à créer sur les marchés de la Perse une concur- rence aux produits européens, nos négociants se sont con- tentés d'expédier, par Trébizonde et Poti, quelques draps, des soieries et des sucres qui se sont plus ou moins bien vendus^ mais qui ont été bien vite délaissés pour les marchandises russes et anglaises confectionnées spécia- lement pour le pays. Le jour les industriels français voudront imiter leurs confrères d'Angleterre et de Russie, qui fabriquent chaque article en vue de sa destination,

55 Texportation française prendra immédiatement une grande extension en Perse.

Malgré le peu de rapports d'affaires qui existe entre Mulhouse, Sedan, Lille, Lyon, Marseille et Abouscher, Tauris et Chiraz, la chute de la France a été pleurée dans Téhéran; c'est que le nom français est aimé entre tous en Perse; le caractère gaulois est celui qui se rapproche le plus du caractère iranien, il est particulièrement sym- pathique à Nasr-Eddin-Schah, qui s'est toujours plu à s'entourer de Français et à leur confier, à l'exclusion des autres étrangers, la direction de ses écoles, l'instruc- tion de ses régiments et la conduite de ses exploitations industrielles et agricoles.

Il appartient donc aux Français de mettre à profit les dispositions si bienveillantes du souverain de l'empire persan, et il ne tient qu'à eux de faire prévaloir, dans cette importante partie de l'Asie, leur politique et leur commerce.

XII,

AVANTAGES QUE LA PERSE RETIRERA DU VOYAGE BE SON SOUVERAIN EN EUROPE.

En venant en Europe, Nasr-Eddin-Schah avait un triple but : tout d'abord, appeler l'attention de l'Oc- cident sur la Perse; s'éclairer ensuite par lui-même sur l'organisation des principaux États, sur les rapports des gouvernements entre eux et sur les intérêts des peu- ples; apprendre enfin à son entourage à connaître et apprécier notre civilisation, pour trouver, une fois

56 rentré dans ses États, des auxiliaires conscients de ses réformes.

Ce triple but aura été atteint.

Pendant plusieurs mois, tous les regards de l'Europe auront été tournés du côté de la Perse \ toute l'attention des chancelleries aura été captivée par la rédaction de nouveaux traités de commerce * destinés à assurer, aux cabinets dont elles dépendent, une influence plus ou moins prépondérante dans les affaires de la Perse; le tableau des progrès accomplis en Asie par la Russie et l'Angleterre se sera dressé menaçant devant la poli- tique, et la nécessité de fortifier la Perse, de l'opposer à la prépondérance anglo-russe, et d'en faire le grand en- trepôt commercial du monde, se sera imposée à tous les esprits.

Dès aujourd'hui la Perse est entrée dans le concert des puissances, et il ne se trouverait plus personne pour répéter avec les contemporains de Montesquieu : Peut- on être Persan! Comment parle-t-on de la Perse!

Par ce qu'il a déjà obtenu, on peut avoir la mesure de ce que saura réaliser Nasr-Eddin-Schah. Ce pas- teur de peuples, qui possède, porté à un très-haut degré, l'esprit d'observation, fera certainement fructifier les nombreuses semences de progrès qu'il aura recueillies dans son voyage en Europe.

Quant aux personnages qui l'ont accompagné, choi- sis parmi les plus hautes personnalités de l'empire, ils n'auront pu rester indifférents au spectacle de notre or-

1. Depuis son départ de Téhéran, Nasr-Eddin-Schah a déjà signé un traité d'amitié et de commerce avec l'Allemagne, un traité de com- merce avec l'Angleterre, et un traité d'amitié avec la Suisse.

'^1

ganisation politique, sociale et économique, ils auront indubitablement été amenés à comprendre la pensée de leur souverain, et ils devront sûrement contribuer à la faire passer du monde des idées dans le domaine des faits.

XIII

I.KS UOMMKS POLITIQUKS l'KRSANS.

Ces personnages auront leur part large et sérieuse dans la grandeur nouvelle de la Perse. Leurs noms doivent être conservés ; nous les enregistrons ici en con- sacrant une courte mention aux physionomies les plus saillantes.

S. A. Hadji Mirza Hussein Khan, grand-vizir (Sad'^ Azem et ministre de la guerre (Sepeh Salar) ; diplomate consommé, depuis vingt ans à la tête des affaires; est venu à plusieurs reprises en Europe ; ambassadeur pendant huit années en Turquie, a été con- sul général à Bombay et à Tiflis, puis envoyé en mission ex- traordinaire à Londres pour les affaires de l'Afghanistan; d'une intelligence remarquable, parle avec la même pureté, le français, le turc et le persan ; est à la tête du parti réformateur, aime la France dont il voudrait voir l'influence s'établir définitivement en Perse; appartient à une grande famille; son père joua un rôle important et fut ministre de la justice.

S. A. R. le prince Abdul Samf.d Mirza (Azz-oud-Douleh), frère de Sa Majesté; 32 ou 33 ans; parle admirablement le français; bien connu des Européens qu'il accueille avec une grâce char- mante dans son palais de Téhéran.

S. A. R. Ali Kouli Mirza (Etizad-es-Seltaneh;, ministre de l'instruction publique, fils de Feth-Ali-Schah et grand -oncle de Sa Majesté; grand partisan des méthodes françaises, intelli- gence supérieure, un des hommes les plus savants de l'Asie, veut s'attacher exclusivement des professeurs français et faire en-

-~ 58 -^

trer dans le programme des études persanes, les données les plus récentes de la science.

S. A. R. Sultan Moirad Mujza (Hissam-es-Seltaneh) gouver- neur du Khorassan, oncle de Sa Majesté. M. de Khanikoff dans son ouvrage : Méclied la Ville Sainte et son territoire, dit de Son Altesse : a Manières polies et avenantes ; parle bien sur toutes u. sortes de sujets, la tournure de son esprit est sérieuse; c'est un a honnête homme, il n'a jamais cherché à augmenter sa fortune (( privée au préjudice de celle de ses administrés. » De plus, Son Altesse Royale a conquis l'Hérat en i856 et est entrée à la tête de l'armée persane dans la capitale de ce royaume, enlevée d'assaut.

. S. A. R. FiKOiiz MntzA (Nosret-oud-Doulch), oncle de Sa Ma- jesté et ancien ministre de la guerre.

S. A. R. Imam Kouli Mirza (Emad-oud-Douleh , oncle de Sa Majesté et ancien gouverneur de Kermanschah.

S. Exe. Yahya Khan (Motemed-oud-Moulk , 45 ans, ministre de la cour, frère du grand-vizir et beau-frère de Sa Majesté dont il a épousé la sœur; a été élevé à Paris il a fait son éduca- tion. — C'est l'homme le plus élégant, le plus affable et le plus civilisé de la Perse; il parle le français comme Janin, l'écrit comme Gautier avec tout l'esprit d'Houssaye.

S. Exe. Allah Kouli Khan (Ilkhani;, chef de la tribu des Kad- jars à laquelle appartient Sa Majesté ; ancien gouverneur de Kazwin.

S. Exe. MoHAMMKD Rahim Khan ' Alaoud-Douleh), grand maître des cérémonies.

S. Exe. Hassan Ali Khan, ministre des travaux publics; ancien ministre de Perse en France, plus tard ministre de Perse à Cons- tantinople; chef héréditaire de la province de Guerrouce; colonel à l'âge de 18 ans; en 1848, fait partie de l'expédition contre le pré- tendant Salar dans le Khorassan ; en i85 i , sa belle conduite devant Hérat lui vaut le grade de général; après la prise de la ville il en fut nommé gouverneur; il débuta dans la diplomatie par une mis- sion auprès du roi d'Italie. S'est toujours montré très-empressé d'étudier la civilisation européenne.

S. Exe. Mirza Malcom Khan Nazim-oul-Moulk , ministre des affaires étrangères pendant le voyage et ministre de Perse en Angleterre; 42 ou 43 ans; appartient à une famille chrétienne, a été élevé à Paris à l'école arménienne de Mouradion ; connaît à fond notre littérature; a préparé le voyage de Sa Majesté; homme supérieur, exerce une légitime influence sur l'esprit du souverain ; son nom marquerai! coup sur dans l'histoire du nouvel Iran.

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S. Exe. Reza Khan (Azed-oul-Moulk;, garde du sceau privé (parent de Sa Majesté) .

Docteur Tolozan, médecin de Sa Majesté; un Français qui s'applique à protéger ses compatriotes de la colonie française de Perse, et dont tous les voyageurs parlent avec reconnaissance',

MiRZA Ali Khan (Mouchir-Houzour), c'est-à-dire secrétaire particulier du Schah.

MmzA Ali Negui (Hakim-oul-Memalik), c'est-à-dire médecin du royaume et aide des cérémonies.

Mohammed Hassan Khan (Sani-oud-Doulehy, aide des cérémo- nies, rédacteur en chef de la Galette officielle, historiographe du voyage.

MiRZA Reza Khan, et Mirza Ahmed Khan, de la suite person- nelle du Schah, et aides de camp du grand-vizir.

Mirza Mohammed Khan (Emini-Khalnet;, gentilhomme de la chambre.

Mohammed Ali Khan (Emini-es-Seltaneh', gentilhomme de la chambre.

Aga Reza, photographe de la cour, gentilhomme de la chambre.

GoLAM Hussein Khan, gentilhomme de la chambre.

Mehdi Kouli Khan, parent du Schah, gentilhomme de la chambre.

Aga Vedjih (prince).

Ferroukh Khan.

Sultan Hussein Mirza.

Sultan OvEïs Mirza (Ehticham-oud-Douleh >, sertip de i'*-' classe.

Nasr Oullah Khan.

Ali Kouli Khan (Moukhbir-oud-Doulehi, directeur des télé- graphes persans, sertip de i''« classe.

Hassan Ali Khan, sertip de 2" classe,

Nériman Khan.

Mohammed Baghir Khan (Choudja-es-Seltaneh; , sertip de 3^ classe.

Ibrahim Khan, écuyer.

Aga Ibrahim (Emini Sultan;, écuyer tranchant.

Hadji Mohammed Khan, chef des Kahoidjis.

Aga Reza, garde des portes du Schah.

Général Gasteiger, ingénieur autrichien au service du Schah.

1 Voir Voyage dans l'Asie Centrale, de Téhéran à Khiva, Bokhara et Samarkand, par Arminius Vambéry. savant hongrois, déguisé en derviche. Voir aussi M. de Khanikoff, Voyage dans le Khorassan.

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MiHZA MiKAir, Khan, drogman.

Du LOUCHE, secrétaire.

Djagar KouLi Khan, chef des pages.

Il serait injuste d'oublier dans cette énumération des intelligences les plus remarquables de la Perse, les trois fils duSchah ; Taîné, Muzaffar-Eddin, en i85o, prince héritier et gouverneur de FAderbidjan, régent de Tempire en Tabsence de Sa Majesté ; Dzidal-el-Daulé, gouver- neur d'Ispahan, et Yemin-ed-Daulé, gouverneur de Chiraz, tous trois élevés à Técole de leur père. Il faut citer encore S. Exe. Mirza-Saïd-Khan ,' ministre des affaires étrangères de Tempire, directeur des chemins de fer et chargé des affaires relatives aux sujets profes- sant un autre culte que Tislamisme, à qui Ton doit l'éga- lité religieuse, la suppression de la peine de mort pour les fonctionnaires disgraciés, la diminution des taxes sur les étrangers et la construction des premiers chemins de fer et des télégraphes. A côté de Mirza-Saïd-Khan se place Mirza-Mohammed, secrétaire général et directeur des affaires politiques au département des affaires étran- gères, un des membres les plus méritants de la haute administration persane. Mirza-Mohammed est le père de Mirza-AbduUah-Khan ^, Tancien conseiller de l'ambas- sade de Perse en France , qui a laissé de si bons souve- nirs dans la société parisienne, et du colonel Mirza-Ah- med-Khan'', premier secrétaire de la légation actuelle et

I Voir nos articles du Public sur cet homme d'Etat (janv. et fév. 1869).

2. Mirza-AbJullah-Khan est actuellement premier secrétaire de l'am- bassade de Perse à Constantinople.(Voir nos articles du Paris de i8Gq).

3. Le colonel Mirza-Ahmed-Khan, grand-officier du Lion et du Soleil, commandeur de Charles TIL du Christ, de San-iMarino, de Tunis,

6i un des membres les plus sympathiques du corps diplo- matique étranger.

Enfin, nous ne pouvons clore cette liste sans nom- mer le général Nazare-Aga ', chargé d'affaires de Perse en France. Descendant d'une famille européenne fixée depuis longtemps en Perse et fort en crédit à la cour de Fath-AIi-Schah, le général Nazare-Aga est arrivé au poste élevé qu'il occupe après avoir parcouru rapide- ment une brillante carrière diplomatique. Il est en 1817, à Ourmiah. Sa mère, la pieuse Rachel, célé- brée autrefois par les voyageurs européens, était Chal- déenne et appartenait à la seule famille de son peuple qui se fût élevée au rang de khan. Son frère aîné, le colonel d'artillerie Borzou-Khan, est bien connu de nos missionnaires, auxquels il a constamment rendud'impor- tants et nombreux services. Le général Nazare-Aga parle et écrit couramment le français, l'anglais, le russe, le turc, le persan, l'arménien et le chaldéen; il est ora- teur de talent et écrivain de mérite. Tout dans sa per- sonne est en parfaite harmonie avec la noblesse de ca- ractère et rélévation d'intelligence que l'opinion lui reconnaît. Jeune encore, d'une belle et noble physiono- mie, aux traits expressifs, au regard loyal, aux lèvres finement souriantes, on peut louer chez lui les qualités de l'homme, l'esprit qui éblouit, la grâce qui séduit et le talent qui s'impose. Figure aimable, ce qui frappe en lui, c'est la multiplicité des aspects, la variété des apti-

etc, est venu en France en qualité de deuxième secrétaire de la léga- tion du général Yussuf-Khan ; il a été nommé premier secrétaire en 1870. (Voir sa biographie dans la Galette des Étrangers, de 1871 .)

I. Voir notre étuJe sur le général Nazare-Aga. parue dans V Artiste du it'i' avril iSy'i. et nos articles du Faris-Joiirnal, de 1870.

62

tudes et l'unité de la personne. C'est un Athénien du XIX'' siècle, né, par un caprice du destin, sur les bords du lac d'Ourmiah, à deux mille lieues de notre civili- sation.

XIV.

CONCLUSION.

Aidé de tels hommes, Nasr-Eddin-Schah, merveil- leusement apte comme il Test à accomplir de grandes choses, est assuré de mener à bonne fin Tœuvre de la régénération de la Perse.

11 sera puissamment secondé par son peuple, qui Taime et Tadmire, et qu'une commune origine avec les nations européennes rend si propre à s'assimiler leurs mœursj leurs sciences et leurs arts. L'organisation féo- dalcj nous Tavons montré, a laissé chez tous les peu- ples ariens des institutions, des tendances et des ha- bitudes d'e même sorte^ des formes et des caractères analogues ; en oiitre^ la plupart de nos usages ont eu leur principe dans la civilisation iranienne ; rien de ce que nous concevons ne saurait donc être contraire au génie persan. L'expérience en est déjà faite^ toutes les innovations introduites jusqu'à présent ont été parfaite- iilent comprises et immédiatement adoptées avec leurs développements les plus multiples. N'est-ce pas le hieilleur gage d'avenir que puisse donner un peuple ?

Nous croyons donc fermement que si Nasr-Eddin- Schah ne parvient pas, comme Ferydoun-Phraonès, qui

délivra l'Iran de la domination assyrienne, à reprendre les territoires que Pierre le Grand et ses successeurs ont arrachés à son empire; à repousser, comme le fit Abbas, les Turcs de ses provinces occidentales; à ressaisir dans rinde Tancienne influence que les armes persanes y avaient acquise sous Darius, sous les Ghaznévides et, au siècle dernier, sous Nadir-Schah; à rendre complè- tement à la Perse Tancienne splendeur commerciale dont elle jouissait du temps des Achéménides et des Ar- sacides; à reconstitue! la marine de Xerxès; enfin, à ramener dans ses Etats la richesse agricole du premier Iran et Tactivité industrielle de Tépoque des Sassa- nides, il aura du moins la gloire d'avoir préparé la prospérité et la grandeur nouvelles de cette vigoureuse famille iranienne qui^ après cinq mille ans, se retrouve occuper les mêmes territoires, constituer une nafion ho- mogène, avec son individuaUté propre, et aujoura'hui comme au temps de Cyrus et d'Alexandre^ semble ap- pelée à redevenir l'arbitre de l'équilibre asiatique.

FIN

TABLE DES MATIERES.

r.liapities. rages.

I. Le voyage de Nasr-Eddin-Schah en Europe. Son impor-

tance 5

II. Caractère de Nasr-Eddin-Schah G

III. Politique de Nasr-Eddin-Schah. Ses guerres. Situation

de la Perse vis-à-vis de l'Angleterre et de la Russie. ... 8

IV. La Perse et l'équilibre asiatique lo

V. Les intérêts européens en Asie ii

VI. La Perse physique et ses forces productives 12

VII. Population. La race iranienne. Son histoire. Sa

vitalité 16

VI IL La race iranienne comparable à la race hellénique. Ce

qui a sauvé la Grèce, ce qui sauvera la Perse 20

IX. Les Persans. Leur parenté avec les peuples européens.

Qualités physiques, morales et intellectuelles. Supério- rité sur le Turc. Religion. Lois. Éducation. Littérature. Grands écrivains. Architecture. Pein- ture. — Musique 14

X. Agriculture. Industrie. Commerce. Administration.

Finances. Gouvernement 33

XL Les progrès accomplis. Le Schah. Ses actes. Ses projets. Voies de communications. Protection accor- dée au commerce, à l'industrie, à l'agriculture, chemins de ter, télégraphes, armée, marine, diminution des im- pots, tolérance, attitude vis-à-vis des cabinets ruse, an- glais et turc. L'influence française. , 44

XI I. Avantages que la Perse retirera du voyage de son souve-

rain en Europe 35

XIII. Les hommes politiques persans 57

XIV. Conclusion o3

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